‹ L'Afrique chrétienneChapitre 158 sur 280 · De anima · texte numérisé non relu

De anima

2. H. Delehaye, Les légendes hagiographiques, dans la lievue des quest. hist., 1903, t. LXXIV, p. 56-122, donne sur les productions de la période médiévale un avis motivé dont le dernier paragraphe nous paraît d'une indulgence périlleuse si elle devenait la mesure de nos jugements. Il ne faut pas oublier, croyons-nous, que les documents hagiographiques falsifiés au moyen âge sont dans une situation très différente de celle des ouvrages des quattrocentisti. Personne ne songe à invoquer à l'heure présente un tableau de l'Angelico ou de Van Eyck, à titre de preuve historique sur un point en discussion. Or il n'en est pas de même pour les légendiers médiévaux et tels écrits récents montrent assez que l'on peut s'attendre à tout, puisque des rapsodies du xiv*' siècle et du xv^ sont invoquées, de la meilleure foi du monde, en preuve historique de faits contestés des trois premiers siècles. S'il y a dans ces compositions légendaires « un degré de vérité plus élevé que l'histoire » (p. 122), c'est donc elles qu'il faudra consulter, et exclusivement. Nous ne croyons pas qu'il y ait des degrés dans la vérité : elle est ou elle n'est pas. Quant « à la beauté de l'âme ornée de la grâce de Dieu », quoiqu'on nous dise que « l'antiquité ne l'a point connue », on pourra faire exception pour la Passio s. Perpetuae, bien qu'elle ne soit pas passée par la Légende dorée. En ces questions, d'ailleurs rigoureusement subjectives, t de la poésie mystérieuse et sublime » exprimant « la beauté de l'âme et l'idéal de la sainteté », c'est affaire d'appréciation.

3. Passio s. Perpetuae, praef. Cf. H. Leclercq, Les temps néroniens et le w^ siècle, in-S", Paris, 1902, p. xiii-xxxviii. Les Actes des Martyrs de l'Église d'Afrique comptent parmi les plus nombreux et les plus sincères. Ceux de la première époque ont été étudiés par P. Moncea«ux, Hist. tilt., t. 11, principalement la Massa Candida, p. 1^4 sq. (et lievue archéol., 1900, p. 400-410); lesactes de Jacques et Marien, p. 153-165; de Montan et Lucien, p. 165-179; de saint Cyprien, p. 179-201; Apollonius,

sont de simples procès-verbaux transcrits au greffe et portés à l'archive de l'église ; mais toutes les pièces n'ont pas la forme dialoguée, ou bien elles renferment des détails qui n'ont pu faire partie du procès-verbal d'audience. Ce sont alors des relations dues aux martyrs eux-mêmes, comme c'est le cas pour sainte Perpétue et pour saint Montan, ou bien ce sont des notes prises à l'audience par les fidèles, le récit de ce qu'ils ont vu de leurs yeux dans l'amphithéâtre. Malheureusement la plupart ont été soumises à un travail de rédaction qui a pu se réduire à très peu, mais qui enlève néanmoins quelque chose à l'autorité des pièces originales.

On voit parfaitement le dessein qui inspirait la confection des Actes et devait provoquer à de légers remaniements dans le prologue de la passion de sainte Perpétue : « Si les anciens exemples de foi qui témoignent de la grâce de Dieu et opèrent l'édification parmi les hommes, ont été mis par écrit, afin que, par leur lecture et leur méditation. Dieu soit honoré et l'humanité fortifiée, pourquoi ne publierait-on pas les documents nouveaux qui peuvent aider à atteindre ce double résultat? Car si maintenant leur autorité est moindre, parce -que l'on porte un plus grand respect à l'antiquité, ils deviendront

ibid., t. ï, p. UIO. On ne peut que renvoyer le lecteur aux volumes suivants de celte Histoire littéraire de V Afrique chrétienne, dans lesquels les pièces concernant les persécutions de Dioclétien, de Geiserich et de llunerich seront étudiées. Il y a lieu également de souhaiter le rapide achèvement de la Gescliiclite der altkirchliche Litteratur, de O. Barden- HEWER, dont la bibliographie ne laisse presque rien à désirer. Enfin il y aurait lieu de dépouiller la Bévue des publications hagiographiques dans les Aiialecta bollandiana depuis 1891, afin de ramasser un grand nombre de remarques importantes qui malheureusement sont difficilement abordables.

vieux à leur tour et serviront la postérité. » Le biographe de saint Cyprien, le diacre Pontius, écrit à son tour : « A de simples fidèles, à des catéchumènes qui avaient obtenu le martyre, nos ancêtres ont fait tant d'honneur, par vénération pour le martyre lui-même, que dans le récit de leurs Passions^ ils ont inséré beaucoup de détails et, pour ainsi dire, presque tous les détails. Ils ont voulu nous transmettre ainsi la connaissance de ces faits, même à nous qui n'étions pas encore nés ^ »

Une autre préoccupation avait inspiré un recueil d'une nature différente. Au plus fort d'une persécution, saint Cyprien, exilé de Garthage, écrivait aux clercs de son Eglise : « Notez sur la liste les jours où meurent les confesseurs, pour que nous puissions célébrer leur anniversaire au milieu des tombeaux des martyrs^. «

Nous pouvons essayer de retrouver quelques-uns de ces natalitia célébrés par l'Église d'Afrique. Il faut toutefois se garder de croire que la forte discipline qui groupait les églises locales sous le gouvernement du primat se soit étendue au férial de ces églises ; aucun texte ne le prouve, aucun même n'insinue rien de semblable. Aussi, en réunissantlesnoms des martyrs honorés en Afrique, nous ne prétendons aucunement attribuer une portée provinciale à des attestations locales.

Nous avons énuméré plus haut les fêtes du temporal qui constituent comme l'ossature de l'année ecclésiastique. Dans les intervalles de ces grandes solennités liturgiques, il faut faire place aux com-

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