LORENZO MARQUES
Lorenzo Marques fut fondée en 1545 par un commerçant portugais qui donna son nom à la ville. Son port donnant sur une baie de 12 milles de largeur donne accès aux plus forts navires et pourrait contenir dans ses eaux toutes les flottes du monde.
Population. — La population de Lorenzo Marques a été officiellement recensée en 1896 et comptait à cette époque 3.692 habitants divisés en 1.544 Européens ou Américains, 764 Asiatiques et 1.384 indigènes. Les Européens se subdivisaient en : Portugais 1.060, Anglais 169, Italiens 69, Français 59, Allemands 41, Hollandais 38, Grecs 27, Espagnols 16, Suisses 14 et Américains 11.
La ville de Lorenzo Marques est une des plus jolies villes de l’Afrique du Sud; malheureusement, le voisinage des marais rend le climat un peu insalubre et il faut prendre des précautions contre la fièvre. Mais des travaux d’irrigation et de dessèchement des marais
sont en voie d'exécution et d’ici peu de temps la ville sera complètement saine. Du reste, les principaux habitants de Lorenzo Marques demeurent sur les collines avoisinantes où de fort jolies villas ont été bâties et où l’air est complètement pur. Lorenzo Marques par sa situation, a acquis depuis les démêlés du Transvaal avec l’Angleterre, une position politique importante. Tous les pays d’Europe y sont maintenant représentés et la France y a envoyé ces dernières années un consul, M. Colomiez, qui a su dans des rapports parfaits , intéresser le commerce français à s’ouvrir des débouchés nouveaux dans cette ville. M. Colomiez a été un très utile auxiliaire du commerce français à Lorenzo Marques. Cependant, pour que cette ville suffise aux exigences du commerce d’importation et d’exportation, il est indispensable que le gouvernement portugais consente à faire rapidement les travaux nécessaires projetés depuis longtemps. Les travaux les plus importants et dont la construction est urgente sont : L’établissement de quais pour le déchargement des navires qui, jusqu’ici, n’est effectué que par des lanches, système très long et très incommode. De nombreuses propositions ont été émises pour faire ces importants travaux. Une concession du môle de Lorenzo Marques a déjà été donnée à une maison française, mais ce môle n’a pu être achevé dans le temps prescrit. Une nouvelle concession a été mise en adjudication pour faire un nouveau wharf en maçonnerie à la pointe de Tamberin, à 6 kilomètres de Lorenzo Marques, avec continuation de la ligne de chemin de fer à ce point. A une heure environ de Lorenzo Marques il y a bien des quais avec voies de chemin de fer,
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mais ils appartiennent à la compagnie néerlandaise de chemins de fer qui s’en sert pour le déchargement de ses matériaux. On a également l’intention de construire un phare en maçonnerie sur un rocher situé à l’entrée du port. On compte, paraît-il, plus de deux cents projets présentés par toutes sortes de compagnies européennes pour l’exécution de ces travaux. Parmi les plus importants on peut citer ceux de MM. Hersent et Cie, de Paris, et les projets de la société du Creuzot qui a envoyé sur place M. Grünberg, ingénieur.
Comme complément à ces travaux de quais, il y aurait à faire d’importantes installations pour les douanes, car il y a toujours une quantité si énorme de marchandises en débarquement que la plupart d’entre elles ne peuvent trouver de place sous les hangars de la douane et qu’on a ainsi à déplorer la perte de nombreuses marchandises qui s’abîment rapidement sous l’action d’un soleil torride. Cependant, la compagnie du chemin de fer a montré une bonne volonté manifeste devant le surcroit de travail qui lui était arrivé depuis deux ans.
En 1895, le chemin de fer de Lorenzo Marques à Johannesburg fut inauguré par le président Krüger. Deux trains par jour pour voyageurs et cinq ou six trains de marchandises circulaient sur la ligne. Maintenant on compte quinze à vingt trains par jour emportant 5 à 600 tonnes de marchandises.
CHEMIN DE FER
Le tonnage des marchandises transportées pendant l'année 1896 a été de 159.745 tonnes contre 88.276 ton-
nés en 1895. Le nombre des trains en circulation à été de 2.357
Le chemin de fer de Lorenzo Marques à Pretoria et à Johannesburg a été commencé en 1880 par une société anglo - américaine qui entreprit les travaux jusqu’à Ramo Belissa. Les travaux furent arrêtés à plusieurs reprises et ce n’est qu’en 1890 que le tronçon a été terminé ; on avait donc mis dix ans pour construire 10 kilomètres de chemin de fer.
De son côté, le Transvaal a commencé les travaux depuis Prétoria jusqu’à Incomati. Finalement, le chemin de fer fut inauguré en juillet 1895, mais la ligne avait déjà fonctionné depuis le mois de décembre 1894.
La construction du chemin de fer de Lorenzo Maripies donna lieu non seulement à de nombreuses difficultés financières et techniques, mais aussi à des difficultés politiques.
Voyant que les travaux n’avançaient pas et que la compagnie concessionnaire n’avait pas tenu les engagements contractés, le gouvernement portugais ne trouva rien de mieux que de s’emparer de la ligne, de la terminer et de l’exploiter pour son propre compte. La compagnie concessionnaire intenta de suite un procès qui dure déjà depuis dix ans.
Après de nombreux jugements, les tribunaux ayant déclaré l’incompétence, les parties se décidèrent à soumettre le procès au tribunal arbitral de Berne, qui vient d’envoyer une commission chargée d’étudier sur place la question. Si, comme il est probable, le Portugal perd son procès, il aura, dit-on, une somme considérable à payer à la société (£ 6.000.000, soit 1 50.000.000 de francs) et l’on se demande comment il se procu-
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rera les ressources nécessaires pour payer cette énorme somme.
Mais prévoyant l’issue du procès, Cécil Rhodes a acheté les droits de la compagnie concessionnaire pour une somme très modeste et le gouvernement portugais deviendrait donc débiteur de Cécil Rhodes; il est probable qu’en faisant cette opération, Cécil Rhodes a eu le but caché de pouvoir offrir au Portugal la quittance de la somme à payer contre la possession reconnue à l’Angleterre de la baie de Delagoa Bay.