COMPAGNIES TERRITORIALES
En outre des prazos dont l’étendue, quoique importante, est faible en regard de l’immensité du territoire de la compagnie du Mozambique, le gouvernement portugais a accordé des concessions territoriales à deux compagnies qui possèdent ensemble la presque totalité du territoire : la compagnie du Mozambique et la compagnie du Zambèze. Une troisième compagnie, la compagnie d’Inhambane, avait été conçue sur les mêmes données, mais, faute de capitaux, elle n’a pu aboutir. Une autre société, la compagnie du Nyassa, n’a pu jusqu’à présent donner de bons résultats; mais néanmoins elle s’occupe de l'administration de son territoire.
La compagnie du Zambèze possède des territoires considérables s’étendant entre le Zambèze, la frontière du Nyassa Land, le lac Chirua, le Lurio et le Licougou, avec la petite partie du territoire portugais qui pénètre dans la Rhodésia.
Cette compagnie possède la plupart des prazos qui bordent le Zambèze; elle possède, en outre, le privi-
lége de l’exploitation des mines dans tous les districts, la construction des chemins de fer et du télégraphe; elle a formé sur son territoire de nombreuses concessions qu’elle a données à différentes compagnies. Elle avait vendu à une compagnie française les mines de charbon de Tête, qui n’ont pu être exploitées jusqu’à présent faute de capitaux. Elle a vendu à la North Charterland G0 tous les privilèges de l'exploitation de l’or dans le haut Zambèze, et à une autre compagnie anglaise, l’Oceana Cia, d’autres concessions analogues de mines d’or dans l’autre partie de son territoire. Dernièrement elle concédait à la compagnie du chemin de fer du Zambèze le monopole de tous les chemins de fer à créer éventuellement sur son territoire. Cette compagnie de chemin de fer a déjà commencé les études de tracé entre Quilimane et Bloem Tyr; cette ligne serait appelée à un grand avenir car elle mettra l’Afrique centrale anglaise en communication directe avec la mer. Il est toujours fortement question de l’absorption de la compagnie du Zambèze par la compagnie de Mozambique, plus puissante et mieux outillée.
EXPLOITATION D’UN PRAZO
Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, un prazo est une véritable colonie à la disposition du concessionnaire, qui peut faire sur son territoire tout ce que bon lui semble. Les arendataires possèdent dans certains prazos une maind’œuvre considérable pour rien ou presque rien. En effet, un indigène travaillant sur des plantations est payé de 60 à 80 centimes par semaine et se nourrit
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de riz ou do graines qu’il ramasse dans la plantation. Certains prazos, comme celui de Boror, par exemple, qui possède un territoire de 2.500.000 hectares, compte iO.OOO indigènes. On voit donc de suite quelle énorme exploitation agricole on peut créer sur une propriété semblable, dont les diflérents climats se prêtent à tous les genres de culture. Malheureusement, une des causes qui retardent la mise en train de ces exploitations est le manque de capitaux. Ces affaires sont encore très peu connues en France, et seuls, quelques capitalistes connaissant le pays, y ayant séjourné, peuvent se rendre compte des bénéfices considérables qu’une affaire bien organisée pourrait présenter. La plupart des prazos sont donnés en concession à des Portugais, parce que seuls, ceux-ci se rendent en grand nombre dans le pays et qu’il leur est plus facile qu’aux étrangers d’obtenir des concessions du gouvernement portugais ; mais, par contre, il est très facile à un étranger désireux d’acquérir une concession, d’acheter au Portugais le droit que celui-ci a obtenu du gouvernement. La plupart de ces prazos appartenant à des Portugais ne sont pas mis en exploitation parce que ceux-ci, encore moins que les autres Européens, ne possèdent les capitaux nécessaires. Il arrive donc que de nombreux arendataires, ne pouvant par eux-mêmes commencer l’exploitation de leur concession, s’associent ou vendent leurs droits à des sociétés pour la plupart anglaises. L’arendataire peut et doit combiner l’exploitation de son prazo en faisant à la fois le commerce de marchandises avec les indigènes et en se livrant à la culture des produits les plus rémunérateurs, suivant le sol qu’il a à sa
disposition. Il faut un certain capital pour entreprendre une telle affaire. Les marchandises grevées du fret, des frais de transport et des droits de douane exigent une mise de fonds immédiate importante ; en outre, il faut donner aux indigènes les outils et les graines nécessaires à leur travail, il faut entretenir à ses frais une police armée pour la surveillance et le bon ordre du territoire, il faut aussi avoir plusieurs surveillants européens qui ont chacun sous leur direction une partie déterminée de la concession, il faut posséder également un certain fonds de roulement destine à acheter des récoltes si l’on ne possède pas assez de marchandises, et par dessus tout, si l’on veut installer en grand une plantation de canne à sucre, il faut compter des sommes assez considérables pour l’achat des machines de distillation et de raffinerie. Comme on le voit, un capital relativement important est indispensable pour mener à bien une affaire de ce genre. Pour en donner une idée, un de nos compatriotes, M. Stucky, arendataire du prazo Boror, estime à 500.000 francs le capital nécessaire pour l’exploitation rationnelle et progressive de sa concession. Mais une société formée et conduite d’une manière sérieuse, dirigée par des gérants capables et travailleurs, serait assurée de bénéfices considérables en très peu de temps et récupérerait rapidement son capital. Les principaux produits sur lesquels elle pourrait compter pour l’exploitation de son territoire sont : la canne à sucre, le café, les arachides, le caoutchouc, le riz, les gommes et l’ivoire.
Canne à sucre. — La canne à sucre est cultivée jusqu’ici en Afrique avec beaucoup de succès, surtout
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au Natal, et plus récemment dans un grand nombre de vallées du Mashona Land et du Matabele Land. La canne à sucre prospère rapidement dans un sol richeet largement pourvu d’eau. Elle donne des résultats en deux années et reste pendant sept ans sans avoir besoin d’être remplacée. On peut compter que la canne à sucre, dans une plantation bien dirigée, peut rapporter environ 1.Ü0Ü francs par hectare. Indépendamment du sucre, on obtient, par la distillation, du rhum dont la consommation est considérable et assurée, non seulement sur place, mais aussi par l’exportation vers le Transvaal et la Chartered C°, où les produits portugais ne payent, suivant les conventions établies, qu’un droit de transit de 3 p. 100 à la valeur.
Café. — Dos plantations de café ont déjà été établies sur un certain nombre de points de la côte de Mozambique, et jusqu’à présent elles ont assez bien réussi. On peut se baser sur le rendement obtenu dans le Nvassa, dans les environs de Bloem Tyr, où la production annuelle est déjà évaluée à 1.500 tonnes et dont le café a été payé, en 1894, 100sh les 50 kilogrammes.
Thé. — Tou d’essais ont été faits jusqu’à présent dans les plantations de thé, mais il n’y a pas de raison pour que cette plante ne réussisse pas aussi bien au Mozambique que dans le Natal ou dans l’île de Ceylan.
Arachides et copras. — Les arachides et les copras sont les produits du pays les plus abondants et les plus faciles à récolter. Ils demandent très peu de soin et sont d’un bon résultat.
Caoutchouc. — Il serait intéressant d’entreprendre
dans le Mozambique des essais de culture de caoutchouc dont l’usage industriel va tous les jours en augmentant et dont la production ne suffira bientôt plus à la consommation.
Ivoire. — Bien que l’on se livre à une chasse effrénée des éléphants, la région du Zambèze est encore la partie de l’Afrique où l’on trouve ces pachydermes en assez forte quantité. On les rencontre encore par troupeaux de 20 et 40 animaux dans la région du Zambèze, spécialement dans les prazos du Boror et du Massinjere. Le droit de chasse est de 250.000 réis pour les particuliers et de 45.000 réis pour les propriétaires de prazos. La chasse aux éléphants est exercée surtout par des chasseurs portugais qui partent au nombre d’une vingtaine à la rencontre des troupeaux d’éléphants dont ils savent déterminer l’emplacement ; on tue l’éléphant d’un coup de fusil dans l’oreille. Pour attirer les éléphants, on plante des arbres spéciaux qui produisent des fruits dont les éléphants sont très friands et qui ont la propriété singulière de les griser et de les alourdir.
L’ivoire se vend environ 25 francs le kilogramme à Quilimane; une paire de défenses moyennes pèse de 70 à 80 kilogrammes.
Autres produits. — Indépendamment de ces produits, on trouve encore de l’indigo à l’état sauvage qui a déjà été exploité sur une grande échelle; le tabac est en abondance dans le Mozambique, et il est probable que des plantations soigneusement dirigées donneraient d’excellents résultats à cause de la similitude de climat, de sol, de saisons de pluies, etc., avec l’île de Cuba.
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Mica. — On trouve du mica on très grande quantité. Dernièrement une société française vient de se former pour cette exploitation.
Mines. — Les mines de fer sont abondantes dans différentes parties du territoire, mais on n’a pas encore fait de fouilles sérieuses. O11 trouve du charbon et du cuivre dans différents endroits, près do Lorenzo Marques, près de Tête, sur le Monatis, sur les bords de l’Arovonna, etc., etc. Différentes sociétés se sont formées pour l’exploitation de ces mines.
Mines d’or. — • L’or est surtout abondant dans le territoire de la compagnie de Mozambique et vers le nord du Zambèze, entre Tête et Zumbo. Nous étudierons, dans le chapitre consacré à la compagnie du Mozambique, l’exploitation des mines d’or dans la Manica et le Sofala. On le trouve également dans le territoire de Mpseni, sur la rive gauche du Zambèze. Il est alors en alluvion et est recueilli directement par les indigènes dans le cours des ruisseaux. La compagnie du Zambèze, qui avait le privilège de l’exploitation des mines d’or sur son territoire , a vendu récemment son privilège à la North Charter Land C°.