LE MAL CAUSÉ PAR LES SPIRITUEUX EN AFRIQUE ET LES MOYENS D'Y REMÉDIER
L'on ne peut que se réjouir en voyant le zèle déployé aiyourd'hui en faveur de TAfrique, par toutes les nations civilisées de TEurope et de TAmérique. Il semble que tous ceux qui ont le plus à se reprocher — Portugais, Hollandais, Français, Anglais — tiennent à fiedre œuvre de réparation envers les malheureux descendants de ceux qui ont eu tant à souffrir de la traite, et qu'ils veuiUent les relever par tous les moyens en leur pouvoir. Écoles, missions, soins médicaux, commerce, industrie, tout est mis à leur portée, pour les faire bénéficier tout d'un coup des avantages que nos peuples civilisés n'ont réalisés qu'après des siècles d'efforts et de progrès. Il y a devoir de la part des races supérieures, à communiquer aux inférieures les biens matériels et spirituels dont elles jouissent, et nous sommes heureux de voir que cette obligation est assez généralement comprise.
Cependant, en même temps que, de toutes parts, on travaille à réparer les maux causés aux Africains par la traite, à faire disparaître complèteiâent celle-ci de toutes les parties du continent où elle subsiste encore, à supprimer l'esclavage et à lui substituer le travaU libre, à remplacer la polygamie par la famille et le cannibalisme par le respect de la vie et de la personne d'autrui, l'introduction des spiritueux, par 1^ voies ouvertes jusqu'au cœur du continent, peut compromettre tous les travaux entrepris pour le relèvement des indigènes ; elle peut même plonger ceux-ci dans un esclavage pire que celui dont on les avait délivrés, et rendre leur régénération, sinon impossible, du moins extrêmement douteuse et difficile.
Nous connaissons les maux causés à nos sociétés civilisées par les boissons alcooliques, les ruines physiques, intellectuelles et morales qu'elles accumulent dans les familles, dans les communes, dans les États ; c'est au point que la société, menacée d'être replongée dans la barbarie par ceux qui sont devenus les esclaves des spiritueux, doit, pour prévenir un plus grand mal, recourir à des mesures légales contre les abus de la boisson, pendant que des associations et des philanthropes emploient des moyens individuels et collectif pour relever ceux qui
sont tombés. Mais les boissons, alcooliques importées chez les indigènes de TAfrique sont encore plus pernicieuses que chez nous, d'autant qu'elles sont présentées à des êtres moins forts pour résister à la tentation, et dérjà prédisposés à boire avec excès, par Tusage et même Tabus des boissons fermentées qui leur sont propres.
Sous ce rapport, il y a une distinction à établir entre les parties septentrionale et méridionale de l'Afrique, entre les populations sur lesquelles s'est étendue l'influence du mahométisme et celles qui ne l'ont pas encore subie. '
Sans doute, avant la conquête musulmane, les indigènes du nord de TAfrique avaient l'usage du vin de palmier, et, malgré les prescriptions du Coian, des sectateurs de l'islamii^me trouvent le moyen d'abuser de la boisson rafraîchissante qu'ils tirent de la sève du palmier. Cependant Ton peut dire d'une manière générale que, chez les Africains devenus disciples de Mahomet, l'ivrognerie n'apparaît qu'exceptionnellement. Aussi les musulmans exercent-ils, par l'exemple de leur sobriété, une influence heureuse sur les populations du nord du continent, supérieurs à cet égard à beaucoup d'Européens, qui ne peuvent être proposés comme des modèles de tempérance, ni en Algérie, ni en Egypte, ni à la côte de Guinée. L'autre jour encore le Moniteur de V Algérie ^ signalait le progrès continu de l'alcoolisme dans l'élément européen de la colonie, comme une des causes qui contribuent le plus à l'accroissement de la criminalité et de l'aliénation mentale. Quoiqu'il soit assez diflScile d'établir une statistique, même approximative, des quantités de boissons diverses consommées en Algérie, parce qu'il n'y a pas de contrôle sérieux pour les liquides fabriqués sur place, cependant le nombre, tout à fait disproportionné avec le chiffre des habitants, des débits et des cafés, jusque dans les centres les plus petits, et l'importance du chiffre des clients qui fréquentent ces établissements suffisent, pour permettre d'affirmer que le goût de la boibson est très répandu dans la colonie. Le même jouinal fait remarquer que le nombre des aliénés et des criminels tend à s'accroître dans des proportions inquiétantes parmi la population arabe, et que cette augmentation de l'aliénation et de la criminalité correspond au progrès de l'alcoolisme ; il ajoute que, si une consommation exagérée d'un liquide est déjà par elle-mCme une très mauvaise chose, le danger se centuple lorsque ce liquide falsifié est devenu un
* Tous les faits que nous citons dans cet article sont appuyés sur des documents authentiques.
véritable poison. Or telle est la généralité des boissons qui se débitent Lmable, d^uoe négligence inquali-
t ce que M, Baimer,ManB son ropéens: Maltais, Grecs, Italiens, , sont, il peu d'exceptions près, imat fait souvent payer cher ces ■elleroas qu'au Soudan, alors que lartoum menacé par les troupes leurs, furent à peu près les seuls Qoutiques. Dans la statistique de Très les plus forts est celui dee 6 à la colonie européenne et au
boissons fermentées une grande )ti l'abus ne règne généralement nale du continent , oii l'usage du en quantité considérable dans le, donne lieu à toutes sortes de
DUS qui fossent exception, témoin : roi, lors de l'entrevue qu'eurent mpérance d'Angleterre; témoin le Ebama, qu'un souverain sage nportation des liqueurs par les ène leur auraient causés, aie sont généralement disposés >nt presque toiyoura l'occasion t les V07^eui8 sont obligés de il chef se trouviût iors de leur [ui aient la sagesse de Mirambo.
■eut, il avait, avant d'assumer 1»
boire le pombé ; devenu roi, il je bois du pombé, je ne pourrai toutes mes affaires. » Dès lois, i de Londres, U s'est abstenu de
us de la boisson indigène est dee boissons spiritoeoBes impor^
tées d'Europe et d'Amérique, ou &briquées par des coIods blancs sur le continent ou dans telle des lies qui en dépendent. Il ne décime pas les populations^ il n'agit pas violemment sur les natife comme le font les liqueurs fabriquées dans les pays civilisés, et Ton peut dire que jamais les indigènes n'auraient été ce qu'ils sont devenus dans certains cas, sans l'importation des spiritueux par les blancs qui, sur presque tons les points de la côte d'Afrique, du Sénégal à Zanzibar, abusent de i leur supériorité pour ruiner corps et âme, par leurs boissons enivrantes, ces noirs qui, de leur côté, ne leur donnent en échange que des produits I utiles : huile de palme, ivoire, caoutchouc, plumes d'autruche, etc.
A l'exception de la nouvelle colonie allemande d'Angra-Pequena, où les missionnaires de la Société rhénane ont pu obtenir de l'acquéreur qu'il n'introduirait aucun spiritueux, dans toutes les possessions des Européens: françaises, anglaises et portugaises, et dans toutes les factoreries établies sur des territoires dont les chefis indigènes ont encore conservé leur indépendance, vous trouvez partout, à côté des marchandises d'échange, les boissons alcooliques : vins, tafia, gin, rhum, eau-de-vie, liqueurs fortes. A Sierra Leone comme à Libéria, à Lagos comme au Gabon, à Ambriz comme à Mozambique, les spiritueux importés de France et d'Angleterre, de l'Amérique du Nord aussi bien que de la Hollande et de Hambourg, affliuent en quantité toujours plus considérable. C'est comme un fleuve dont les flots augmentent chaque année, et menacent de destruction les malheureux que les philanthropes et les missionnaires cherchent à relever. « Nous nous arrêtons de un à cinq jours, disait récemment un correspondant de ÏSiDeutscJie Rundschau fur Géographie und Statistik de Vienne, dans chacun des petits ports de la cote de Guinée, pour décharger de l'eau-de-vie et charger de l'huile de palme et du caoutchouc, à Sierra-Léone, au Gap des Palmes, à Accra, à Cape-Coast Castle, à Whydah, à Bénin, à Bonny. L'Anglais envoie un missionnaire dans chaque village nègre, mais en môme temps des masses d'eau de feu, de la pire espèce, du pur acide suUurique coupé d'eau et de sucre. Aussi personne ne doit s'étonner si les nègres des stations missionnaires anglaises ont échangé leur nature primitive insouciante contre tous les vices de la population européenne. » Au Gabon, tel missionnaire ne peut parler à la population d'un village, parce que l'eau-de-vie y circule sans interruption. Presque tous les traités conclus avec les chefs indigènes pour obtenir une concession, soit pour une factorerie, soit pour un établissement quelconque, contiennent une clause ^'après laquelle le concessionnaire devra payer une redevance dans
laquelle oe manque pas de figurer un chifiEre quelconque de bouteilles d'eau-de-vie. Là oii les chefs en interdisent Tintroduction dans leurs États, comme chez Ehama et chez les Ba-Souto, les trafiquants en importent eu contrebande, ou bien ils profitent des guerres, pour faire suivre les armées des blancs envahisseurs du pays, par leurs agents qui y sèment la dissolution et la mort spirituelle, pendant que le fer et le feu y amoncellent les ruines matérielles.'-Ou bien, comme à Kimberley, ou le long des chantiers ouverts pour la construction des voies ferrées, ils vont dresser leurs cantines, oii les ouvriers noirs sVmpresseut de venir demander cet excitant qui, après avoir stimulé un instant leurs forces, les fiût tomber dans un état de torpeur et d'hébétement ; sans parler des crimes auxquels il les pousse, ni des guerres nombreuses dont Tusage des liqueurs fortes a été Torigine. Dans la discussion qui a eu lieu dernièrement au Parlement de la Colonie du Cap, le D' Âtherstone n'a pas craint de dire qu'aucun règlement ne pourrait être trop sévère pour faire disparaître l'habitude de la boisson parmi les natife des frontières, car « c'est elle, » a-t-il ajouté, a qui a été la cause de presque toutes les guerres avec les indigènes et qui a occasion né plus de la moitié des frais pour les gouverner • »
M. Dempster, inspecteur sanitaire aux mines de diamants^ rapporte qu'un dimanche, entre onze heures et midi, il ne compta pas moins de 317 nati&, tous dans un état d'ivresse qui les rendait insensibles ou violents. Et a ce chiffre • , ajoute-t-il, c ne représente pas tous ceux qui étaient sous l'influence de la boisson. J'en ai vu des centaines d'autres qui évidemment avaient bu. Cependant, la première et la seconde année après l'ouverture des mines de diamants, l'ivrognerie y était presque inconnue parmi les natifs. Aujourd'hui la plupart des maladies des indigènes proviennent de la boisson, dans certains cas directement, dans beaucoup d'autres indirectement, car ils ont l'habitude de dépenser tout leur salaire entre le samedi et le lundi, ne réservant rien pour leur nourriture et leurs vêtements. »
«( Avant l'application de la nouvelle loi sur les liqueurs », dit VEjcpress de l'État libre de l'Orange, t la moralité des indigènes était sérieusement compromise par le contact de la civilisation. On voyait d'ordinaire, le jour de l'an, les rues remplies de vagabonds, hommes et femmes, rendus à moitié fous par les effets de l'eau de feu, portant sur leur visage les marques de la maladie. Des danses indécentes, ordinairement confinées dans des endroits retirés, s'étalaient alors au milieu de nous, présentant la vie et les mœurs des natifs sous une forme de mauvais augure pour l'avenir de notre population de couleur. »
Le mal ae se limite pas aux populations des territoires oii sont les factoreries ou sur lesquels les blancs exercent l'autorité ; il se répand à Tintérieur, par les trafiquants qui y pénètrent bien au delà des frontières des colonies actuelles, et par les indigènes qui viennent à la côte soit pour apporter à la factorerie les produits du pays, soit pour travailler un certain temps dans les centres industriels ; quand ils retournent dans leur tribu, ils emportent avec eux la déplorable habitude contractée dans leurs rapports avec les blancs, au lieu d'avoir pris le goût d'un travail honnête et rémunérateur.
Beaucoup de chefs ne veulent pas permettre à leurs gens d'aller aux mines de diamants pour y chercher de l'ouvrage, parce que, disent-ils, « on y devient esclave de la boisson, ou l'on en revient complètement démoralisé. » Les missionnaires du Le-Souto et duTransvaal ont fait la môme observation à l'égard des natifs qui ont quitté les stations oîi ils avaient grandi, et que l'appât du gain avait attirés àKimberley ou à telle autre exploitation minière.
Les îles qui dépendent de l'Afrique n'échappent pas à ce fléau. Il semble au contraire qu'il y sévisse encore plus que sur le continent. C'est à Madagascar qu'il exerce le plus de ravages. Déjà en 1875, le Rev. J. MuUens, après une tournée d'inspection parmi les églises presbytériennes de la Grande Terre, constatait la quantité énorme de spiritueux qu'on y importait, a Nous avons vu », disait-il, « à toute heure du jour, rouler dans la principale rue de Tamatave des barils de rhum, et la plage, où ils étaient rangés par douzaines, en était couverte. Chez les petits trafiquants créoles aussi bien que chez les grands négociants anglais, la cannette vient toujours après la barrique. Il en résulte souvent des scènes de désordre et de dégradation. Toutes les villes situées sur la côte sont infestées par cette liqueur et par ces exemples diaboliques. Quand donc les Anglais et les Américains voudront-ils comprendre que c'est un crime que de débaucher et de ruiner ces jeunes nations ? Ne savent-ils pas que c'est entraîner à leur dégradation immédiate les tribus ignorantes et sauvages, incapables de comprendre et de calculer les terribles conséquences du vice, que de les placer en face de tentations presque irrésistibles? »
Le missionnaire Shaw n'a pu que confirmer ces données sur le fléau de l'ivrognerie et sur son extension, a Souvent, » dit-U, a le voyageur entrant dans un village, en trouve les habitants plus ou moins asservis à ce vice. U m'est parfois arrivé de rencontrer dans une localité, après le coucher du soleil, toute une population ivre, même les enfants. Plus
de 10,000 tonneaux, de 45 gallons chacun, sont importés annaellement à la c6te orientale, surtout par des navires anglais, et rAngleteiTe a interdit à Madagascar d'élever les droits d'entrée pour restreindre cet odieux trafic ! >
Mais les Anglais ne sont pas les seuls coupables ; les Françus aussi ont contraÏDt le gouveroement de Madagascar à accepter l'importatioD des liqueurs fortes, malgré les protestations les plus sérieuses des autorités. Bien plus, le gouvernement a été forcé, même après ses protestations, de recevoir le paiement des droits en eau-de-vie. Toutefois, ponr être conséquent avec ses principes et avec sa législation, et pour arrêter autant qu'il le pouvait le fléau qui menace d'inonder le pays, le gouvernement hova a donné l'ordre à ses fonctionnaires de détruire les spiritueux, aussitôt qu'ils les auraient reçus. Pendant quelque temps, en effet, les employés des douanes hovas ont répandu sur le sable du rivage la dixième partie du rhum importé, qui représentait le montant des droits d'importation. Aujourd'hui cela ne se fait plus, et le rhum a conquis son droit d'entrée à Madagascar, comme l'opium en Chine.
Lorsque, en 1S7&, le gouvernement hova a essayé de réclamer auprès de la philanthropique Angleterre, pour demander l'interdiction de l'importation du rhum dans ses Ëtats, on lui a répondu que les intérêts de la colonie anglaise de l'tle Maurice en souffriraient trop ; exactement comme on répond aux Chinois, lorsqu'ils supplient qu'on supprime le commerce de l'opium : e Nous voudrions bien faire droit à votre demande, mais l'équilibre du budget des Indes ne nous le permet pas. i
A Tamatave, avant le bombardement, le noyau de l'élément étranger était composé de créoles des lies voisines, de Maurice et de la Réunion ; les oati& étaient des Hovas et des Betsimisaraka. Ces derniers étaient généralement moins énergiques que leurs conquérants les Hovas, mais la lenteur de leur esprit a beaucoup empiré par le fait de l'énorme importation de rhum de Maurice' et delà Réunion. Dans les dernières années, la quantité importée en a doublé, ainsi que la valeur de ce spiritueux. La dégradation des nati& s'est accrue d'une manière eflrayante. Il n'y a presque pas de maison de natif à Tamatave oii il n'il y ait des tonneaux de rhum ; la population décroît rapidement ; les vices de toutes sortes augmentent de plus en plus. Un grand nombre de natifs vivent dans un état de demi-iutoxicatioD, et se sont tellement plon-
' En 16B1, il en A été importé, de Maurice seulement, pins de deux millions de litres.
gés dans le rhum qu'Us sont devenus insensibles à toutç influence, supérieure, , . :. . . ,
L^. description que fait Hildebrand des rillages Sakaiaves, , n'est pa$. moins triste. « Les maisons, » dit-il, c. sont entourées, selon Tusi^ge, musulman, d'une haute palissade de joncs; il n'y a que les ^boutiques > d'eau-de-vie, qu'on trouve dans chaque village, qui soient tout^grandeç ouvertes, On y voit, assis sur de misérables bancs, ou accroupis Jour et nuit sur le sol, de.s hommes,, des femmes, des vieillards, des jeunes gens, voire même des enfants. Là se vident, les unes aprqs les autres, les bouteilles dç cette infernale drogue, aux sons horriblement; monotones d 'un harmonica étique. Les yeux des buveurs prennent peu à peu un aspect vitreux ; ils finissent par tomber l'un après l'autre sur le sol avec un éclat de rire stupide, et bientôt on ne voit plus que des corps entassés pêle-mêle comme des cadavres; au milieu de bouteilles cassées et dans une atmosphère infeçte.Yoilà la njalédiction qui résulte, pour ces pauvres gens du contact de la prétendue civilisation sans l'Évangile avec les races iiidigènes. Voilà comment on civilise des nations en les tuant ! »
. « Le plus grand obstacle à la civilisation à Madagascar ^ écrit .encore le missionnaire Shaw, « c'est le trafic du rhum. C'est lui qui y a ruiné le vrai commerce. Il se vend touj.our8 et avec profit ; il est, selon^le langage d'un trafiquant de Madagascar, aussi bon que de l'argent comptant. Mais l'énergie de la population diminue ; elle descend à une condition qui ne vaut guère mieux que celle de la brute, sans désirer mieux qUe ce qu'a cette dernière. Les Madécasses avaient des aptitudes commerciales, mais elles leur ont été ravies par le commerce des spiritueux. On a ainsi tué la poule aux œufs d'or. »
Il y aurait encore beaucoup à dire sur les effets produits * chez les indigènes par l'importation des spiritueux des peuples civilisés, sur les turpitudes qu'on les entraîne à commettre pour se procurer du rhum ou de l'eau-de-vie, sur l'augmentation de maux qu!y ajoutent les conditions climatologiques de régions souvent insalubres, sur la pariesse que leur reprochent les blancs et qui souvent ne leur est pas imputable, car enfin ce sont les blancs qui, par les boissons qu'ils leur présentent, ruinent leur santé, leur volonté, et les rendent incapables de travailler. Mais nous en avons dit assez sur le mal, sur son extension, sur ses' auteurs ; un mot encore cependant avant de passer à la recherche des moyens d'y remédier. On s'indignerait contre celui qui vendrait des spiritueux à un enfant, et l'on demeurerait froid ou indifférent en présence de l'épouvantable importation qui s'en fait au milieu de ces grands enfants qui s'appellent les noirs ! On proteste contre l'esclavage et la
tndte, et Ton n ^aurait pas un mot contre ee trafic qui fidt descendre la race noire plus bas encore que ne l'ont fait la tyrannie du maître ou la rapacité dès traitants! Dans Tesclavage, le malheureux peut conserver encore la consoience de ses droits, de sa (Ugnité, ses sentiments de famille, comme époux, père, fils ou frère ; chez Tivrogne, tous ces titres de noblesse ont disparu, et, comme chez le fumeur d*opium qui, pour satisfaire sa passion, méconnaît complètement ses devoirs envers les siens, vous chercheriez vainement chez les noirs abrutis par Tabus des spiritueux, la moindre trace de vie supérieure ; c'est la mort de Tesprit, de l'âme et du cœur, avant la mort du corps et la dissolution des éléments qui le composent ! (A suivre.)
CORRESPONDANCE
Une ezennitoii en ehemtn de fer aa Sénégal.
Monsieur le Directeur,
Je viens de faire une excursion à Louga, actuellement station-terminus du chemin de fer de Saint-Louis à Dakar, et peut-être que quelques notes rapides tous intéresseront.
Nous arrivons à la gare, M. Debeuz, le seul horloger de Saint-Louis, et moi, un peu avant 6 h. du matin, pour prendre le seul train qui, quotidiennement, quitte Saint-Louis pour y rentrer le soir, aussi à 6 h. La gare nous rappeUe absolument les joliea garée de Suisse, et .de France; en y entrant, on oublierait qu'on est au Sénégal, si une vraie cohue dMndlgènes, hommes, fenunes, enfants, chargés de sacs, d'outrés de peaux de boucs, de calebasses énormes renfermant un monde de choses, ne vous le rappelait suffisamment. Moyennant deux sous, les calebasses et autres objets encombrants passent dans le wagon de service; mais quelle bousculade et quels cris lorsqu'il s'agira pour chacun de reconnaître son bien ! Point de marques ni d'étiquettes : A qui le sac ? — A moi — et tout est dit.
De 70 à 80 personnes prennent le train ; tous les wagons, sauf un, sont bondés. Ces wagons nous paraissent petits, bien étroits surtout, en comparaison de ceux à voie normale. Ils sont du système américain. — Mon compagnon de route et moi étions les seuls blancs, avec le conducteur du train et le chef mécanicien.
Nous partons à 6 h. préelsss, et aarehau à une vitesse de vingt et quelques kilomètres à Fheore. J'ai été surpris du nombre des voyageurs indigènes; le chef de train me disait que même les simples cultivateurs, qui ont quelque vente on quelque emplette à faire à Saint-Louis, profitent de la voie ferrée. Vraiment, à juger par le mouvement actuel et par ce que nous avons d^à vu pendant, la dernière saison de traite des arachides et autres produits, on peut à coup sûr prédire un important avenir à cette voie ferrée, lorsqu'elle sera ouverte à la circulation de Dakar à Saint-Louis, et que, par le fait même de son existence, la sécurité sera assurée, les cultivateurs n'ayant plus à redouter le pillage et la guerre.
Fse «iio«e*4tti étonm •a'prMriepabordj cftÊt la stftbfllté et la voie reposant abiQ^affleiit sur \t saUe) un sable fin et blanc. Si ce n'étaient les plaieflrtorrentiel- \mi qm predàlsent de grfktet érosions et* nécessitent mie' snnreillance et un entretien minutieux , le maintien de la voie serait facile et peu onéreux. — Le pays est absolument plas; Pberbe ne réassit pas à cacher le sable qui se montre en grandes taches blanciiee. Toid^ sur notre gauche, les fameux baobabs dont tous les Toyageors ont parlé. C'est un arlnre qui n'est pas beau et qui donne plus d'ombre par son tronc énorme et ses grosses hranches que par son feuillage. Nous traversons un marigot, large comme un petit lac et qui se perd dans la brume matinale. On dirait un immense miroir d'argent terni, bordé d'une ceinture de palétUTiers, au feuillage sombre et uniforme. Voici le ppnt de Leybor, puis le Tillage où se troure le premier arrêt du traitt. Peu ou point de culture; des nmres à droite, à gâudie, animées par quelques bécassines, quelques martlns-pècheun et d'autres oiseaux aquatiques en petit nombre. L'herbe devient de plus en plus drue. Ce sont de longues graminées dont les fleurs en épis ou en grappes, d'une finesse et d'une élégance charmantes, ondulent, chargées de gouttelettes de rosée, au souffle de la brise. Voici de grandes fleurs en gobelets, d'un jaune paille pâle, avec un grand cœur du plus pur veloure noir. £n voici d'autres semblables à de gigantesques convolvulus couleur magenta, se détachant par centaines sur un tapis de feuilles vertes kiisastes. Beaucoup de buissons épineux ; des gonakés, dont l'apparence a quelque chose.de singulier; de très loin, on dirait un petit brouillard vert, accroché au sommet d'un faisceau de branches élargi ; des tamariniers, au feuillage plus fourni que celui des gonakés et qui procurent un ombrage vivement apprécié. On en voit dont les branches descendent jusqu'à terre, et forment ainsi un véritable pavillon avec un épais d6me de verdure. — Les champs d'arachides, avec leurs feuilles d'un beau vert tapies sur le sol, les champs de gros et de petit mil, se montrent peu à peu comme de véritables ilôts au milieu des broussailles et des grandes herbes; de temps en temps un troupeau de bœufs aux cornes parfois énormes et qui s'enfuient à travers les buissons. De rarissimes passants, qui à pied, qui à cheval. Nous croisons un chameau.
Voici Rao Poundioun, avec une petite gare posée là à cdié de la Voie. Les villages les plus rapprochés sont à une ou deux heures de marche. Comme les pâturages y sont bons, il y avait là autrefois un grand campement de Peuls pasteurs, avec d'immenses troupeaux de bœufb, de chèvres et de moutons. Le passage des trains effrayant leurs bestiaux, ils ont émigré dans des pauages plus tranquilles.
A partir de Rao, les champs cultivés sont un peu plus nombreux, le pays ^lus ondulé. Nous passons près de buttes couvertes d'épaiSses broussailles, et qui, éventrées par la pioche européenne, laissent voir qu'elles sont entièrement composées de coquillages dont on se sert pour ballaster la voie. — Nous arrivons à ^pal, gare et localité importantes. Bon nombre dé petits bâtiments couverts en tuiles ronges sont occupés par des traitants. Le village lui-même est en arrière, hors de la portée de la vue. Beaucoup de gens descendent à M'pal ; il en monte presque autant.
J^JfMrk )&|^are Iftcpnui^s^pcçi^ dQç||?)^r attaché au.fort, à qui J'avais fait piOTT^iri par rii}^iinédi^ire^-4'un;8ol4f^, tngfjrpUpn.à M'pa}, quelques livres ,el, quelques numéros de la « ^ibliot•hèqae .universelle,.» qui ^pt lus aivecun extrême intérêt< • .. - <..•:•''.'' . -
.A partir de M.'pal, dont le. for^ se dressie à quinze, minutes de la gare, le terrain est plus boisé, d'une apparence plus fertile ; peu à peu il prend un aspect singulier.. C'est une suite parfaitement régulier^ 4^.. collines de sable couvertes de ver- . dure, et de buissons, séparées les unes defs autres par des dépressions, — ce que les Jurassiens appellent de^.combfsSy— qui :se. suivent, et que nous traversons en biais. On dirait une mer dont les vagues immenses ont été, subitement immobilisées par quelque puissfince merveilleuse. .
Voici Sakal, où la gare, comme'à.^ybor, se. compose d'un simple poteau indicateur avec le nom de la sti^ion. Lf^. contrée avois^i^nte est assez peuplée et fertile, mais on ne s'en douterait .pStS, car on* n'aperçoit pas l'ombre d'un toit de chaume. A mesure que nous ava^soQs vers l'intérieur, le pays est plus accidenté, les arbres plus nombreux, pl^s grands, les. cultures plus, considérables; on. voit dans les champs, des indigènes au travaiL ^nfin à 9. h, et demie. nous sommes à Louga (71 kil. de Saint-Lpui^). Je me hâte d'aller* faire .une excursion dans le village, avant que la chaleur ne.soit insupportable, car il faitseasiblement plus chaad ici qu'à Saint-Louis. Nous passons prè$ du fort de Liouga, avec ses larges épaulements de terre et de sable su^ lesquels des canons, braqués dans la direction de l'Est, brillent au soleil comme des flammes d'or. Les soldats et même le commandant habitent des, cases en paille, et ils ne se trouvent point mal de ce ré^me. Le docteur m'a affirmé que M'pal et Louga sont des localités saines, bien que la chaleur y soit un peu élevée. Il n'y a pas cette humidité pénétrante de Saint-Louis, qui fait que, lorsque le soleil se couche, bien que le thermomètre marque 26^, vous éprouvez de légers frissons, et vous sentez le besoin de mettre la grande ceinture de flanelle.
Louga est une localité considérable ; les maisons sont groùpj^es par cinq ou six, de distance en distance, ordinairement à l'ombre d'un bouquet d'arbres élevés. L'intervalle est rempli par des cultures entourées de hautes clôtures, et par de hautes herbes où abondent les serpents noirs et les trigonocéphales. Il faudrait beaucoup de temps pour parcourir Louga en entier. Nous nous dirigeons vers un puits, situé à 10 minutes; il n'a pas moins de 40m, de profondeur, et il est creusé dans une argile assez copapacte, d'un jaune rougeâtre. Dix femmes et jeunes filles sont occupées à tirer de l'eau avec des seaux plats, en cuir, que l'on tient entr'ouverts an moyen d'une poignée d'herbe. Elles ramènent la valeur d'un ou deux verres d'eau ; aussi leur faut-il un temps considérable et un travail fatigant pour remplir leurs grandes calebasses de bois noir. L'eau est fade, blanchâtre, tiède, avec une apparence savonneuse. Ce manque d'eau constituera toujours une des, grandes dif-. ficultés pour le développement de ces coi^trées. Nous rentrons à la gare vers 1 1 h., par une température qui me rappelle tout à fait celle de Bakel ^t de Médine dans le haut-fleuve.
— 2lS —
Le retour s'effectue par une chaleur faeareuBement tempérée par la marche du ti^in, et' à 6 heures nboa entrôBS en gare à Saint-Louis sana autre incident.
Ceux qui, au prix d'efforts patienta ei persévérants^ ont 4oté le Sénégal de ce chemin de. fer de Dakar à-Saint-Louid, ont rendu à notre colonie un signalé service et méritent la reconnaissance de tous. L. Jaques.
BIBLIOGRAPHIE'
La TfiiPOLiTAiNB ET i^'Égypte, fSLT M. Kohn^Abrest^ Paris (Ch. Delàgrave), 18^4, in 8% 188 pages, avec gravures, fr. 1.20. — Écrit d'après un. ouvrage allemaDd de M. de Schweiger-Lerchenfeld, ce livre fait (aire à ses lecteurs une promenade fort attrayante et sans danger, à travers la TripoUtaine et TÉgypte. Destiné particulièrement aux jeunes geni^, le récit revêt une forme simple, qui n'exclut pas les observations sérieuses et insti:uctives. Les remarques plaisantes, les anecdotes, les digressions historiques qui émaillent la narration, la coupent de temps à autre et permettent de la suivre sans aucune fatigue. C'est sur la côte de la TripoUtaine que débarque le voyageur fictif; il en visite les ports, puis, s'enfonce dans le désert pour explorer les oasis libyennes, avec Rohlfs, et revenant au sud-ouest, celles d^\x Fezzan et du Tibesti, avec Nachtigal. Çà et là le guide s'arrête, pour faire remarquer les ruines datant de l'époque romaine et montrer partout la désastreuse influence de l'administration turque, qui transforme les villes florissantes en bourgades misérables, et fait du Fezzan, pluç grand que la France, un pays où ont peine à vivre 140,000 personnes. Le touriste entre ensuite en Egypte par le canal de Suez qu'il explore dans toute sa longueur, visite le Caire, Alexandrie et les autres villes, puis remonte le Nil, examinant de près leys ruines antiques^ et enfin, passe rapidement à travers le Soudan égyptien, qu'il décrit tel qu'il était avant la révolté du Mahdi. Un appendice, qui ne se trouvait pas d^us l'ouvrage allemand, doiine le récit de l'expédition anglaise en Egypte et du soulèvement du Soudan. ,
l[i'Ê6irPTE. Son avenir agricole et financier, par Félix Paponot. Paris (Baudry et C**), 1884» in-8'*, 240 pages avec plans et cartes, 10 fr. — Au xnpmçtnt oii iqie .succession de récoltes insuffisantes, cause de la mauvaise rentrée des impôts, compromet gravement la situatton financière dePÉgypte» il seraintéressant pour les.ing^xtieurs et les hommes d'État, de lire ce Uvrequi traite de l'aménagement des eaux du Nil, en vue de
' On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à Bàle^ tous les oâvrages' dont 11 . eM^ rendu compté dans V Afrique eocjfUfrét et cièQiaée,
rîhigatioiMÀ ipUusiltift&dtie A»^fsmapÊgMS (}ui l'avoioMieiit. Le44)ftk se plaint delà âimiouliton du produit de aa ierae, de^fi^te terre ^tti, depus des milliers d'années, a pourtant si lao^gement récompensé les ^Eorts du laboureur, mais dont la fécondité semble s'aflhiUir aiHJourd'bui. Le aeol moyen de remédier à cet état de choses, d'après Tauteur, consiste dans une meilleure répartition des eaux de Tinondation. C'est pour soutenir cette thèse qu'il a écrit cet ouvrage technique, rempli de faits et de chiffi^, et renfermant un certain nombre de figures explicatives et de plans clairs et bien dressés. Il propose, comme travaux indispenssblee, la mise en état des deux barrages dé Saldieh (point de bifurcation des deux branches principales de Rosette et de Damiette), et la oonstniçtien de cinq barrages nouveaux ; puis» une série d'ouvrages d'une utilité moins directe, entre autres, la création du canal Tewfickieh, entre Ismadlia et Port-Saïd, dont l'étude, dirigée par M. Paponet Un-mème, est achevée depuis 1882, mais à la construction duquel les événements politiques ont empêché de donner suite. En terminant il presse la œmpagnie du canal de Suez de se mettre à la tête de ces entreprises, et d'appliquer les mémorables paroles de Bonaparte lors de son séjour en Egypte : « je voudrais faire exécuter de tels travaux que pas une goutte de l'eau du Nil nes'écoulftt à la mer, avant d'avoir passé sur les terres pour les irriguer et les fertiliser, parce que chaque mètre cube d'eau qui s'en va à la Méditerranée, est un talari perdu. »
C.-G. BûTXNKR. Das HuïTEBuan) vok Walpischbay UNI) Akqbjl- Pkqitbna. — Heidelberg (Cari Winter's Unlversit&ts-Buchhandlui^), 1884, in-S*", 124 p. 2. Marks. — Comme l'indique le soas-titre, c^est une revue du travail civilisateur des missionnaires et du développement du commerce allemand dans le sud-ouest de l'Âfirique, qu'a écrite M. Bûttner; sa qualité d'ancien missionnaire dans le Damaraland, indiquait tout naturellement pour traiter un sujet auquel les ôrconstances actuelles ont donné une grande importance. La régularité avec laquelle nous suivons, dans notre bulletin mensuel, les événements qui s'accomplissent dans la Hottentotie comme dans les autres régions de l'Afrique, et l'artide aocompi^tté d'une carte que nous avons tsonsacré, il y a quelques mois, ^ te pays, nous dispensent de parier longuement de cet ouvrage d'un grand mérite et dont la lecture est indispensable à^ toute personne ^ui voudrait s'établir, sdt comme négociant, soit comme colon, dans fat nonveile possession allemande.
Tous les côtés de la question y sont traités dHme manièro complète, et avec l'autorité jd'un homme parlant de choses qu'il a vues de ses yeux, aussi Uen €e qui tient «a climat, à la mtmre du pays et 4 l'élat
des peaplieB ^ui riubiteat,4uefie.qui Jexii|it>Qrteft ta fiitilâtioû de^l'œu- YTt jaaisaiMiiftiiB, et aux conditianB toutes epécialfis du commerce (dans une contrée ouverte depuis si peu de temps à la dvilisatiou. Aux mineurs, nous conseiUeroiis Ja iedure du chapitre sur les gisements de cuivre; aux amis de TtBuvre reUgieuse, celle de la description de la colonie d'Otyimbinflué et de la station missionnaire et cominereiale de Bannen ; aux négociants enfin, celle de l'étude sur la manière de nouer des relations de commerce avec les indigènes, sur les marcliandises qui trouveraient un écoulement assuré dans la Hottentotie, sur les monnaies employées, etc. Les deux derniers chapitres traitent le cftté politique du sujet, et l'on y trouvera des vues originales sur les intentious annexionnistes de TAngletefre, ainsi que quelques documents diplomatiques ayant trait & la déclaration de protectorat faite par rAilemagne sur cette région. Enfin Touvrage se termine par une petite statistique des stations de la mission rhénane dans le sud de l'Afirique, en 1883. Elles sont au nombre de 10 dans là colonie du Cap, et de 17 dans le Damaraland et le Namaqualand. Notons que M. BUttner répartit comme suit les indigènes delà Hottentotie : Namaquas, 17,000; Héréros, 80,000; Damaras des montagnes, 50,000.
Lkttses db GoaDON a aascsub, écrites du Soudan, précédées d'une étude historique et biographique par Philippe Daryl. Paris (J. Hetaiel et C**), 1884, in-18, 333 pages, 3 fr. — Au moment ob tous les yeux sont fixés sur Ehartoum, que le générai Gordon conserve à TlËgypte, envers et contre tous, ia, publication de cet ouvrage ne pouvait être plus opportune. U se rapporte à cette période de sa vie oii il fatBippelé à se rendre sur les rives du Nil-Blanc pour consolider l'autorité du khédive, et y &ire connaître les principes d'égalité qui prescrivent de considérer tout homme, même inférieur en intelligence, non comme un esclave, mais comme un frère. C'est en 1874 qu'il succéda à sir Samuel Baker, comme gouverneur des provinces égyptiennes de l'Equateur, et en 1877 qu'il fiit nommé gouverneur général du Soudan. Sa correspondance qui m fait remarquer par un style coupé, une rare liberté d'allures et une gcancte familiarité, et qui va du 9 février 1874 au 17 décembre 1879, forme un ensemble vivant, compact, dont toutes les parties s'enchatnent; eUese présente au lecteur comme le récitd'uae magnifique odyssée. Il serait difficile, en effet, pour un ronuuicier, d'inventer une série d^vénements plus étranges que ces guerres incessantes aux marchands d'esclaves; des expéditions plus dramatiques que ces perpétuelles reconnaissances en pays inconnu, et de créer un héros plus extraordinaire que cet homme mystique, ce blanc qui, presque seul au milieu des
sauvages/acboiûplit fin si peu de temps, grâce à son énergie et à son inébranlable confiance èri Dieu, une oBuvre vraiment admirable, ff Gor-
' ttÉm, » litron dans l'introduction, « est incontestablement de nos jours un anachronisme vivant, comme la féodalité anglaise peut seule en
' pfoduirê.D semblé plutôt taillé sur le modèle du Loyal Serviteur que sur celui d'un bflScier général du génie, au millésime de 1884.
L'ouvragé s'ouvre par une étude de la situation de Gordon à E^hartoum, dans laquelle M. Daryl ne ménage ni les Anglais, ni les Allemands, et par un précis de la vie si mouvementée du colonel anglais. Si ces deux notices sont d'Un utile secours pour le lecteur, elles ne l'empêchent pas de regretter l'absence d'une table détaillée des matières et d'une carte du bassin du NU-Blanc qui auraient rendu la consultation du livre beaucoup' plus facile.
Lettres de Lady Bakker. Nouvelle série. Une femme du monde au pays des Zoulous. Traduction de M"' E. B. Paris (Firmîn-Didot et C*)^ 1884, in-18% 308 pages, 3 fr.
C'est probablement la renommée qu'ont acquise les Zoulous, dans leurs luttes contre les blancs, qui a engagé l'auteur à donner à cet ouvrage un titre qu'il ne mérite que dans une bien faible mesure, puisque les lettres sont datées de Pieter-Maritzbourg, capitale de la colonie de Natal, et que la personne qui les a écrites, loin de visiter la contrée sur laquelle a régné Cettiwayo, s'est contentée de faire quelques excursions dans le voisinage de sa résidence, c'est-à-dire en pays connu et colonisé. Mais alors même qrie les descriptions s'appliquent à Natal, et les études ethnographiques à la nation cafre, en général, le public français lira avec plaisir cette œuvre nouvelle de Lady Barker, qu'U connaissait déjà par ses lettres de la Nouvelle-Zélande. Pendant les deux années qu'elle passa à Natal, oii elle accompagnait son mari, sir Frédéric Barker, secrétaire général du gouverneur de cette province, elle ne cessa d'entretenir avec sa famille une correspondance active, dans laquelle elle passe en revue aussi bien la contrée elle-même, avec son climat insalubre, ses paysages chauds et verdoyants, que les mœurs, les coutumes des indigènes et l'œuvire de la colonîsatioit. Tous ces sujets l'intéressent et sont traités par elle avec la justesse de jugement, la profondeur et la sagacité qui distinguent un esprit supérieur. Ajoutez à cela un style animé et d'unie grande vivacité de couleurs, et vous comprendrez l'intérêt qui s'attache à ces lettrés, dès les premières, et qui se soutient jusqu'au bout.
BULLETIN MENSUEL (i" décembre 1884.)'
Jusqu'ici la colonisation en Algérie ne s'est guère faite que par TÉtat, ou par rindiyidualisme livré à ses seules forces. Aujourd'hui Tassociation, dont la force est si grande en matière économique, veut y apporter son concours. La Société française de colonisation en AJiférie est entrée en rapport avec les comices agricoles de la colonie, afin de recevoir d'eux les renseignements nécessaires sur les besoins de la main-d'œuvre agricole et industrielle, de centraliser les offres d'emploi, soit comme valets de ferme ou fermiers, soit comme ouvriers des différents corps de métiers. Elle fournit des indications sur les achats de terre qui pourraient être faits par de petits capitalistes. Elle a déjà reçu plusieurs demandes de cultivateurs du midi, disposés à réaliser leur avoir pour aller faire de l'agriculture en Algérie.
Une mission militaire confiée à la direction de M. Bernard, capitaine d'artillerie, a quitté Alger, le 13 novembre, pour se rendre au sud de l'Algérie, où elle est chargée de vérifier la salubrité des eaux sur les points principaux d'étape, depuis Boghari, à la limite du Tell, jusqu'à Djelfa, Laghouat, Gardala et Ouargla. Cette mesure est devenue nécessaire en suite des souffrances qu'ont eu à endurer les troupes françaises, pour avoir dû faire usage d'eaux impropres à la consonmiation. Aussi importait-il de vérifier le degré de bonté des eaux des puits et des soiu-ces sur l'itinéraire ordinaire des colonnes, et de rechercher s'il n'en existe point de préférables en dehors de ces itinéraires que l'on pourrait modifier selon les résultats obtenus. La mission devra étudier en même temps la flore et la faune de la région du Mzab et du groupe d'oasis qui entourent Ouargla.
Plusieurs grandes tribus dont les territoires s 'étendent de Kassala & la mer Roug^e et qui jusqu'ici étaient demeurées fidèles au khédive, se sont rattachées au Mahdi ; ce sont les Barkab, les Beni-Amer, les Habbab, les Mensa et la fraction méridionale des Hadendoa, dont la fraction du nord s'était déjà ralliée à Osman Digma. Ils se sont jetés eu masse sur les territoires égyptiens qui, d'après le traité conclu par l'amiral Hewett avec le roi Jean d'Abyssinie, devaient être remis à celui-ci
^ Les matières cooiprises dans nos Bulletins mensuels et dans les Nouvelles complémentaires y sont classées suivant un ordre géographique constant, partant de FAlgérie, puis allant à PEst, longeant ensuite la côte orientale du continent et revenant par la côte occidentale.
L'AFRIQUE. — CINQUIÈME kHTHiE. — N° 12. 12
à la fin de Tannée. Les habitants chrétiens de ces territoires, les Bofifos, ont dû se réfugier en Abyssinie, sous la protection de Tannée de Ras-Aloula. La ville de Eeren a été pillée. Des missionnaires et des sœurs de chfirité, qui s'y trouvaient, ont refusé de quitter la ville avant d'en avoir reçu Tordre de leurs supérieurs résidant à Paris ; leurs personnes ont été respectée, mais Téglise a été pillée.
L' Antislavery Reporter a été informé d'Egypte, par un de ses correspondants, qu'en octobre, un natif du Maroc arriva à Port-Saïd avec une troupe de quatorze esclaves, la plupart du sexe féminin. U les faisait passer pour des membres de sa famille avec lesquels il se rendait à Jeddah ; en réalité il allait les y vendre. Il s'embarqua avec eux sur un navire britannique, sans être nullement inquiété ; aussi le journal sus-mentionné proteste- t-il hautement contre cette impunité. — D'autre part il annonce que le vaisseau anglais, le PhHofnèUj a capturé dans la mer Roui^e une barque chargée de 150 esclaves qui ont été conduits à Aden. — De son côté le Temps a reçu d'un correspondant d'Aden une lettre, d'après laquelle les négriers de la mer Rouge continuent à pratiquer la traite sous la forme ingénieuse que voici. Les esclaves da sexe féminin sont considérées comme étant les sœurs ou les femmes des Arabes ou Somalis, qui les emmènent sur leurs caboteurs indigènes. Les petits sultans de la côte orientale d'Afrique délivrent des papiers qui le reconnaissent ; une fois dans l'intérieur de l'Arabie, ces mêmes hommes les vendent et vont se remarier ou chercher de nouvelles sœurs en Afrique.
De retour du Clioa, oii il a passé deux ans, M. Soleilleta exposé à la Société de géographie de Lyon les avantages que la station d'Obock peut offrir pour le commerce à l'intérieur. Une route conduit directement au Choa et au Eaifa, et la puissance de Ménélik s'étend à tous les pays gallas et jusqu'aux grands lacs de Téquateur. Actuellement le commerce est peu important ; pour Texportation : de l'ivoire, de Ter, du musc, des plumes d'autruche, etc. ; pour l'importation : des armes, des munitions et des tissus, etc. Ce qui nuit à son développement, c'est la clierté des transports à dos de chameaux ; elle empêche de tirer profit d'autres produits du pays : le café, les oliviers, la vigne, etc. Le sol est très fertile dans ses trois régions : la plaine, où croissent la canne à sucre et la vanille ; la région moyenne, oii prospère la vigne, et le plateau couvert de pâturages qui nourrissent de grands troupeaux. M. Soleillet pense que Ton pourrait améliorer les voies de communication par des travaux de canalisation, notamment sur THaouasch. Ce fleuve devien-
drait navigable dans presque toute son étendue, et servirait à amener à Obock les produits de TAfrique équatoriale. — Une dépêche d'Âden, du 20 novembre, au Temps, annonce l'occupation de Tadjoura par les Français.
L'évacuation des troupes égyptiennes de Harrar ne paraît pas devoir être aussi facile que celle de Zellah et de Berbera, où les Anglais ont remplacé les soldats du khédive. Ceux de Harrar occupent le pays depuis l'annexion de ce district à l'Egypte (1875) ; ils se sont créé une famille dans le pays ; presque tous les officiers et les fonctionnaires sont devenus propriétaires; beaucoup de soldats ont leur petite maison; il y en a auxquels le gouvernement égyptien doit jusqu'à six années de leur solde. Aussi demandent-ils qu'on leur paie ce qui leur est dû, et qu'on les indemnise de ce qu'ils sont obligés d'abandonner ; sans quoi ils ne quitteront le Harrar que contraints par la force, et au besoin résisteront si on les y oblige. Quant aux indigènes gallas ils sont partisans deTévacuation, mais à la condition que les Européens remplacent les Égyptiens, a Avec les Européens, » disent-ils, a nous aurons la libre possession de nos biens, nous ne serons plus écrasés d'impôts, nous pourrons vendre les produits de notre sol et faire du commerce librement, sans avoir à craindre à tout moment d'être volés, battus et traînés dans les prisons ou nous avons des parents enchaînés depuis nombre d'années, sous prétexte qu'ils ont refusé l'impôt, et auxquels on a pris tous leurs biens. » Lorsqu'un effendi passe avec sa suite dans un village, il s'empare de vive force de tout ce qui lui tombe sous la main, met les habitants hors de leurs paillettes et s'y installe en conquérant pour tout le temps de son séjour, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien; il prend boeufs, moutons, volailles, etc., dévore tout, et, pour paiement, roue de coups ses hôtes forcés, à la moindre réclamation et à la plus légère plainte. L'Européen, au contraire, paie ce qu'on lui vend, traite avec douceur les indigènes et s'en fait des amis. La lettre du correspondant du Tempe, de laquelle nous extrayons ces renseignements, renferme en outre des informations intéressantes sur le pays des Itto us, succession de montagnes au-dessus desquelles s'étendent d'immenSjBS plateaux couverts de cultures de toutes sortes où domine le caféier. On y rencontre d'épaisses forêts oii habite l'éléphant. Les troupeaux de bœufe et de moutons y sont en grand nombre, la végétation y est luxuriante, la température clémente, le thermomètre varie entre 8° et 22° maxima. Malgré tous ces dons delà nature, les populations y sont dans la plus grande misère, par suite de la situation géographique du pays, placé entre le
Choa et les possessions égyptiennes. Tantôt c'est Ménélik qui y fait une
incursion avec ses soldats, et, sous prétexte d'en protéger les habitants contre les Égyptiens, y perçoit ce qu'il appelle ironiquement l'impôt, c'est-à-dire fait une razzia générale de tout ce qu'O trouve dans le pays, pour emmener au Choa tous les prisonniers valides, honmses et femmes ; après quoi, il rentre dans ses États, pour recommencer l'année suivante, lorsque l'Haouasch sera guéable. Aussitôt qu'arrive la saison des pluies, les Égyptiens viennent à leur tour, et sous le même prétexte, recommencent les mêmes exactions ; mais ils se gardent bien d'occuper le pays, car ils craignent que lorsque la saison sèche viendra, les soldats de MénéUk ne viennent les en chasser. Les produits du pays sont exportés avec beaucoup de difficulté par les ports somalis entre les caps Gardafui et Ras-Afoun, c'est-à-dire, par une route qui exige un voyage de trois ou quatre mois ; mais les marchands la prennent pour échapper à la rapacité des Égyptiens qui leur font payer des droits exorbitants lorsqu'ils viennent à Zellah, et s'ils sont rencontrés, avec leurs caravanes, par des bachi-bouzoucks sur le territoire du Harrar, les Égyptiens leur saisissent tout, chameaux et marchandises, sous prétexte qu'ils n'ont pas passé à la douane de Harrar, où on leur prend en moyenne 50 7o de la valeur de leurs marchandises ; heureux sont-ils quand les soldats égyptiens qui sont aux portes de la ville ne leur prennent pas le restant en les rouant de coups en guise de paiement.
Nos lecteurs se rappellent que les mlsalonnairesi d'Aliter, en quittant l'Ouganda, se sont établis au S.-£. du Victoria-Nyanza, dans l'On- Koumbi. Au mois de février de cette année,rapporte le P. Giraud, supérieur de la mission, une flotte de 350 pirogues, dirigée par un Arabe, Mougni-Sungouza,au service de Mtésa, amena à la côte du Muéré, voisine de rOu-Eoumbi, toute une armée de Ba-Ganda, contre le chef Roma, ennemi personnel de Sungouza. Roma écrasé par le nombre ne put que s'enfuir, et ses États furent ravagés. De leur station les missionnaires apercevaient la flamme des incendies que les Ba-Ganda allumaient partout à mesure qu'ils avançaient, ils entendaient leurs grands tambours de guerre, et de temps en temps, les coups de fusil tirés sur les malheureux Ba-Muéré qui n'avaient pas pu se sauver à temps. Les immenses troupeaux du Muéré tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Heureusement les femmes et les enfants, mis en sûreté, leur échappèrent; mais les Ba-Ganda furieux de voir cette proie leur échapper, voulurent pénétrer dans rOu-Koumbi, infliger à ce district le même sort qu'à celui du Muéré, et mettre le feu à la maison des missionnaires, toutefois Sungouza s'y opposa. Les villages de TOu-Eoumbi sont nombreux ; leurs habitants
sont généralement pacifiques et laborieux ; les missionnaires en ont toujours un certain nombre chez eux pour travailler. L'esclavage n'y existe pas. Malgré leur amour de la paix, les Ba-Eoumbi se battent bien quand il s'agit de défendre leur pays. Un moment prévenus contre les missionnaires qu'ils croyaient de connivence avec les Ba-6anda, il les envisagent comme faisant partie de leur tribu, depuis qu'ils ont appris que la présence des blancs a contribué à empêcher les Ba-Ganda d'envahir leur pays. — Le P. Lourdel a installé un nouveau poste dans l'Ou- Kouné. H avait d'abord choisi le village de Souérou, mais cet emplacement ayant été trouvé par Mipambo trop ouvert et exposé aux attaques nocturnes des Wa-Touba, qui sont en guerre perpétuelle avec ce chef, il s'est fixé près du grand village de Djihoué-la-Singa, où Mirambo lui a fait bâtir un vaste tembé de 30 mètres de long. D'autre part Mirambo ne permet pas que les caravanes qui transportent des bagages ou des provisions à Oudjidji s'écartent de la route qui passe par sa résidence. Le dernier renfort de missionnaires d'Alger ayant laissé à Tabora la plus grande partie de ses bagages, pour cheminer plus rapidement, et l'Arabe qui s'était chargé du transport ayant voulu laigser de côté la route de Mirambo, celui-ci envoya de fortes bandes de Rougas-Rougas dans les bois attendre la caravane, avec ordre de l'attaquer, de prendre tout son matériel, et de le porter chez lui, à Ourambo. — Malgré cela, le service de la poste de Zanzibar au Tanganyika va cesser de se faire par Ourambo et Oudjidji, pour prendre la direction de Karéma. Ce changement, proposé par l'Association internationale, a été accepté par les missionnaires anglais dont les établissements se développent plutôt dans la région méridionale du lac. La sécurité, la régularité, la rapidité des commimications y gagneront ; en outre les frais diminueront de beaucoup.— Le P. Guillet,de la station d'OadJldUi,a eu une entrevue avec l'Arabe fameux, Tipo-Tlpo, bien connu des lecteurs de l'ouvrage de Stanley, et qui commande en mattre dans tout le Manyéma. Le missionnaire lui ayant exprimé le désir de s'établir prochainement dans cette partie du bassin du haut- Congo, et lui ayant demandé s'il pourrait compter sur son appui et sur sa protection, Tipo-Tipo lui a répondu : « Vous pouvez me regarder comme votre ami ; je vous aiderai de toutes mes forces. Soit que vous désiriez aller jusqu'à la côte occidenule, soit que vous vouliez vous fixer dans le pays, vous me trouverez toujours à votre disposition. Toutefois je ne vous conseille pas de vous établir là oii il y a des Wa-Ngouana, comme à Koua-Easongo ou à Nyangoué ; les Arabes ne reçoivent pas volontiers votre doctrine qui leur semble trop
sévère. Vous réussirez mieux chez les nègres. Je vous conseille donc de passer le Loualaba, et de vous installer dons le pays qui sépare ce fleuve du Loinanri, chez Roussouma» & Mouavi ou à Iinbani, chez Kafoora ou Kibengi, etc. Dans toutes ces localités vous trouverez une population très dense; vous n'y aurez rien & craindre, tant de la part des Wa-Ngouana que de celle des indigènes, car mon autorité est reconnue partout là-bas sans conteste. Dès que vous serez prêt à venir, écrivezmoi à Koua-Easongo, qui est à an jour environ de Nyangoué, du côté d*0udji4ji, et où je réside habituellement. Vous visiterez le pays dont je vous ai parlé et choisirez remplacement qui vous conviendra le mieux. » —A la nouvelle de la venue de Stanley par le Congo, jusque près de Nyangoué, les Arabes du Manyéma ont été stupéfaits d'une telle rapidité. Quelques-uns semblent voir de bon œil la route du Congé ouverte, et ont vendu leur ivoire à Stanley pour éviter les frais et risques de transport, et aussi la douane de Zanzibar. En revanche Sald-Bargasch redoute Touverture de cette route qui portera un coup funeste au commerce de Zanzibar. Le bruit courait à Oudjidji qu'il avait ordonné à Tipo-Tipo de faire enchaîner et conduire à Zanzibar ceux qui vendent leur ivoire aux Européens.— Le P. Guillemet a constaté à Uag^amoyo que, malgré les mesures prises et le traité signé par le sultan Sald-Bargasch, le commerce des oadaves se pratique encore sur une grande échelle, et que la vente des malheureuses victimes de la traite se fait presque publiquement, à Taide de crieurs qui cèdent au plus offrant la marchandise humaine. Les enfants nègres dont la communauté de Bagamoyo s'est augmentée dernièrement, furent d'abord tout effrayés de se voir en compagnie de blancs, qui, pensaient-ils, ne pouvaient s'intéresser à eux que pour les manger un jour ou l'autre. Aussi était-ce avec terreur qu'ils voyaient un couteau entre les mains d'un des missionnaires, et toutes les fois que celui-ci sortait de la cuisine pour se rendre au jardin, son instrument à la main, ils disparaissaient COU) nie une volée de perdreaux en déroute, en se demandant lequel serait sacrifié le premier. Quelques-uns se consolaient un peu en regardant leurs membres amaigris, décharnés par la &im, les mauvais traitements et les privations de toutes sortes, endurées pendant un voyage de 800 kilomètres. Les diverses langues qu'ils parlent prouvent qu'ils appartenaient à plusieurs districts de l'Afrique. L'un d'eux vient du Manyéma. Aujourd'hui leurs inquiétudes sont tombées, et sont remplacées par la joie de se sentir l'objet de la compassion des missionnaires. La constitution récente des trois petites républiques du Zoulouland,
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du Stellaland et du Gosenland, sous Tinfluence des Boers du Transvaal, est un phénomène qui mérite d'attirer l'attention. M. Fr. Jeppe de Pretoria, auquel on doit la première bonne carte du Transvaal, et l'un des hommes qui connaissent le mieux et qui peuvent juger avec le plus de compétence les circonstanoes dans lesquelles se trouve l'Afrique australe, a adressé à ce sujet aux Mittheilungen de Gotha, uae communication intéressante, de laquelle nous extrayons les renseignements suivants sur la situation, la population et l'origine de ces trois républiques.
Celle du Zoulouland est située à la limite S.-E. du Transvaal, et confine au nord au Zwaziland, et au sud à la Réserve ou territoire neutre réservé par le gouvernement anglais après la défaite de Cettiwayo. Le 21 mai 1884, les Boers proclamèrent et couronnèrent comme chef suprême de la tribu, Dinizoulou, fils de Cettiwayo, mort le 8 février précédent. En vertu d'une cession du 16 août dernier, ce chef donna aux Boers la partie septentrionale de l'ancien Zouloulaud indépendant et se plaça, lui et sa tribu, sous la suzeraineté de la République du sud de l'Afrique. La superficie de celle du Zouloulaud est de 11 ,560 kilomètres carrés ; la population en est de 18,500 indigènes et de 2500 blancs ; le protectorat s'étend & 26,000 Zoulous. La république comprend la partie la meilleure et la plus salubre du Zouloulaud, le haut pays, qui est riche en eau et eu bois. L'élève des moutons y réussit très bien. M. L. J. Meyer y exerce les fonctions de président. La nouvelle république tend à s'annexer encore une partie de la côte entre la colonie de Natal et la baie de Delagoa, en particulier la baie de Sainte-Lucie, pour mettre les États boers en communication directe avec le monde commercial, et les soustraire au système des douanes anglaises et portugaises, nuisible au développement de ces républiques.
Quant à celle du Stellaland, elle est située à la Itanite S.-O. du Transvaal, et bornée au sud par le Griqualand-West, et au nord, par celle de Gosen. Ensuite d'un traité de paix conclu le 26 juillet 1883 entre les chefs ba-tlapin, Mankoroane et Massouw, ce territoire, cédé aux Boers, fut proclamé république le 7 août, et les limites en furent déterminées par des décrets du 7 août, du 18 septembre et du 9 novembre de la même année. Le 1*' août 1884, il fut incorporé par M. Mackenzie, conunissaire anglais, à l'Empire britannique, comme colonie de la couronne; toutefois le successeur de M. Mackenzie, M. le colonel Rhodes dut, en suite d'une protestation et d'un soulèvement des propriétaires du sol, amener le pavillon britannique et reconnaître l'indépendance de la république. L'annexion à la colonie du Gap,
demandée précédemmeot par aae partie des habitants, n'a pas été jusqu'ici votée par le Parlement colonial. Le territoire de la république mesure 15,500 kilom. carrés; les blancs y sont au nombre de 3000, et les indigènes, de 17,500, dont 12,500, sous la domination de Mankoroane et 5000 sous celle de Massouw. L'administrateur en est M. G. y. van Niekerk; la capitale Vrybourg est au centre du pays, qui est particulièrement propre à Pagriculture et à Télève du bétail; cependant Teau n'y est pas abondante, non plus que le bois. La proximité des mines de diamants facilite l'écoulement des produits agricoles.
Enfin la république de Ooaeii^ au sud de celle du Stellaland, a été instituée en vertu du traité de paix du 24 octobre 1882, entre les chefs b£[-rolong, Moshette et Montsioa. Ce dernier ayant, en mai 1884, violé le traité et attaqué YrywiUigers-Rust, la guerre se ralluma entre les deux chefs, et ce fut Moshette qui, soutenu par des volontaires boers, l'emporta sur son adversaire. Par le traité de paix du 28 août 1884, les Boers obligèrent Montsioa à leur céder son territoire tout entier, à reconnaître leurs lois, et lui assignèrent comme réserve, pour lui et sa tribu, une bande de terre de 250 kilom. carrés. Le 16 septembre une proclamation du président Erûger a annoncé l'annexion de Gosen au Transvaal ; mais elle a été retirée, cette annexion étant contraire à la convention da 27 février de cette année avec l'Angleterre ; celle-ci avait annexé au Transvaal une bande étroite de la partie orientale du territoire du Stellaland et de Gosen. Cette dernière république, qui a pour président M. N. Gey van Pittius, s'étend sur une superficie de 10,400 kilom. carrés; elle aune population de 2000 blancs et de 15,000 indigènes, dont 12,500 sont sujets de Montsioa et 2500 de Moshette. Le sol est propre à l'élève des moutons; il a peu de bois, en revanche il est mieux arrosé que le Stellaland.
Depuis l'acquisition du territoire d' Anfprar-Pequenm par la maison Lttderitz de Brème, des marchandises allemandes ont déjà été importées au Stellaland, et y ont été vendues à un prix inférieur à celui des marchandises anglaises vendues à Eimberley. L'ouverture de cette voie commerciale, en dehors des possessions britanniques, a inspiré aux Boers le désir de voir le nouvel État s'étendre plus à l'ouest, au moins jusqu'à Eourouman, pour qu'ils puissent tendre la main aux Allemands d'Ângra-Pequena. Sans doute le Lûderitzland ne s'étend pas jusqu'à Kourouman, mais ce rapprochement préviendrait au moins la possibilité de voir la Colonie du Cap, par l'occupation du territoire des Be-Chuana, pénétrer comme un coin entre les possessions allemandes et les républiques boers.
Le dernier nnrn^ de la revue trimestrielle Afriea nous a apporté la
triste Douvelle de l'expulsioa des aftla«lo«nalpMi amérlcatas de
BaXlouBdM et de Bihé, par le roi Kmkui de Ballounda, à l'instigattOD d'un Portngais, trafiquant d'esclaves et d'eau-de-vie. Le 15 mai les missionnaires reçurent l'ordre de quitter le pays; ils en furent d'autant plus surpris qne, la veille, le roi leur avait fait faire un message verbal, pour les remercier du présent ordinaire en étoffe qu'Os lui avaient adressé, ajoutant qu'il avait refusé au susdit Portugais de chasser les missionnaires, vu que Ballounda était assez grand pour lui et pour e\ix. L'ordre du roi n'en était qne plus inexplicable, mais il était assez explicite pour ne laisser aucune place au doute. < D voua est enjoint, > portait-il, t de quitter ce pays et ses dépendances dans l'espace de huit jours, et de n'y pas revenir. Si vous n'êtes pas partis (jaos le temps prescrit, vous serez considérés comme des ennemis, et je ne serai pas responsable de votre sécurité. Vous m'avez assez bien traité, mais vous ne donnez pas à mes grands ce que vous devriez; vous ne donnez ni eande-vie, ni poudre, ni fusils. Vos habitudes ne s'accordent pas avec les nôtres. Que nul de vous ne vienne chez moi pour parlementer, ce décret est irrévocable. » Le message avait été écrit par le clerc du marchand sus-mentionné. H était évident qu'il y avait un parti pris de r^ner l'oeuvre missionnûre. Lorsque MM. Fay et Sanders, qui étaient à Bihé, apprirent ce qui se passait & Ballounda, ils rejoignirent leurs collées afin que, si le départ était nécessaire, ils pussent se retirer tous ensemble à Beoguéla. M. SandoTS qui avait eu plus de relEitioDs avec le roi Euikui, réussite obtenir de celui-ci une entrevue, mais il n'en résulta qu'un ordre plus strict encore de quitter le pays dans l'espace de quatre jours. Les miœionnaires durent s'enfuir précipitamment ; des bandes affamées et avides pillèrent tout ce qui leur tomba sous la raain. D'un autre côté les domestiques indigènes, et les élèves de l'école, ainsi que quelques hommes d'un village voisin de Ballounda, accompagnèrent fidèlement les fugitifs jasqu 'à Besguéla. Des porteurs indigènes ont rapporté que Silva Porto, négociant portugais, établi & Bihé depuis trente ans, a envoyé à Kuikui un messager, pour lui reprocher la mauvaise action qu'il avait coDmiise en expulsant des blancs innocents. U est vrai de dire qne le roi, ma^é les sollicitatioDS les plus instantes, refusa de faire mourir les nûssionnùres et de permettre qu'on touchftt à un des cheveux de leur tête. Une pétition a été adressée au gouverneur de Benguéla, qui s'est enquis de la perte subie par les missionnaires et a promis de leur &iire faire restitution. Deux d'entre eux, MM. Fay et Stover se sont rendus ft
Boston, pour fidre rapport au Comité américain, et le consulter sur le rétablissement ultérieur de la mission. Ceux qui sont restés à Bengoéla attendent de voir ce que fera Tautorité portugaise et ce qu'elle obtiendra ; ils espèrent pouvoir reprendre leur œuvre si heureusement commencée.
, n semble, d'après un rapport de M. Arnot, arrivé aussi à la côte occidentale, que les chefs des tribus de l'intérieur ont déjà expédié des lettres pour rappeler les missionnaires. Mais M. Âmot lui-môme a été engagé par un trafiquant et par de mystérieuses insinuations des chefs, à quitter momentanément Lialui sur le haut Zambèze, résidence de Robosi, roi des Ba-Rotsé, et à gagner le territoire portugais de la province de Benguéla. Après son départ la guerre éclata entre les Ba-Rotsé et une tribu voisine *, et le roi Robosi fut tué. En arrivant à Bihé, M, Amot n'y trouva plus les missionnaires américains ; il poussa jusqu'à Ballounda, qu'il atteignit au moment où les pillards détruisaient la propriété. « Les habitants de Ballounda s'imaginèrent, » écrit le père de M. Arnot à la revue Africa^ « que ce blanc était tombé du ciel ; il profita de leur confusion et convoqua un conseil de tous les notables. Le résultat fut l'envoi d'une lettre pour rappeler les missionnaires.» Descendu ensuite à Benguéla pour s'y ravitailler, il se proposait de retourner à l'intérieur, mais plus au nord.
Kous complétons, d'après le Mouvement géographique de Bruxelles, les renseignements géographiques nouveaux, rapportés par M. le eapitmine Hanssens de son voyage au delà de la station de l'Equateur, jusqu'aux chutes de Stanley. A environ 130 kilom. en amont de la station qu'il avait réussi à fonder chez les Bangala, il reconnut, sur la rive droite, l'embouchure d'une énorme rivière venant du N.-E., large en moyenne de 600*, et dont les rives sont basses et boisées. Quelques indigènes prétendent qu'elle provient d'un lac appelé Boukoumba, situé à une quinzaine de jours de navigation. La rivière elle-même s'appelle IVi^la ou Mani^ala. Sur sa rive gauche, près de son confluent est situé le grand village de Mobika. Un peu en amont du confluent de la Ngala se trouve le village de Moubangi ; en cet endroit le lit du Congo est obstrué de rochers jusqu'à une distance de 500" de la rive, et le courant est très fort. La navigation n'y est possible qu'avec des embarcations d'un faible tirant d'eau.
Le capitaine Haussons a remonté sur une distance de 75 kilom. envi-
' V. la lettre de M. Jeanmairet, p. 808.
it)n, ritlmblri, affluent de la rive droite du Congo également, et dont la largeur varie de 800" à 400". Dans la partie parcourue, la rive gauche spécialement est très peuplée dans ses trois districts : le Bourambi, le Libouki et le Boumbouni. Sur la rive droite se trouve le district dltembo, à quelques kilomètres en amont du confluent ; il est habité par des indigènes de la tribu des Yankooué, avec le chef desquels M. Haussons a fait réchange du sang. D'après les renseignements qu'il a obtenus, le nom dltimbiri serait le nom du Congo lui-même, dans la partie où il reçoit cet affluent, dont le nom est Mboula on Bouloumbou. U offre cette particularité , qu'il se jette dans le Congo en formant un delta ; la branche occidentale est obstruée par de grandes herbes ; la branche orientale qui n'a que 50" de large est très tourmentée, mais complètement libre. Toute cette partie du cours du Congo, sur la rive nord, entre les confluents du Npala et de la Mboula est extrêmement populeuse. On y fait un grand trafic, principalement en ivoire et en esclaves. Quant à l'Arouoiilmi, les Ba-Soko,chez lesquels le capitaine Haussons a fondé une station, l'appellent Ubingi.Le nom d'Arououimi serait celui du Congo dans la partie de son cours où débouche l'Ubingi.
Jusqu'à l'Arououimi le passage de l'expédition n'avait nulle part provoqué la frayeur des indigènes; en amont, il n'en fut plus de même. A l'approche des steamers, toute la population, hommes, femmes et enfants, abandonnait les villages pour se réfugier dans les bois de l'intérieur, ou s'éloignait à force de bras dans les canots. Depuis les razzias exercées il y a un an par les chasseurs d'esclaves, les natifs éprouvent une frayeur instinctive à l'aspect de tout étranger quel qu'il soit.
Un peu en amont de Slayouinbé, l'influence salutaire de la station des chutes de Stanley se fait déjà sentir. M. Haussons reçut à bord la visite de tous les chefs des villages devant lesquels il passait. Tous lui apportaient des présents, se déclaraient ses amis et lui demandaient le drapeau bleu de l'Association. Ils ont déjà vu passer et repas^ ser la flottille du Congo sans qu'il en résultât pour eux le moindre dommage. De plus, ils se rendent périodiquement chez les Wa-6enya des chutes de Stanley, pour y échanger leur manioc et leurs bananes contre le poisson péché dans les rapides. Ils ont vu a le village du blanc, » ils ont constaté qu'il bfttit ses maisons et cultive ses plantations sans molester personne, qu'il paie comptant ce qu'il achète, et qu'il assiste ses voisins chaque fois que cela lui est possible. La confiance est venue naturellement.
Depuis la première expédition, plus un seul marchand d'esclaves
n'a osé s'approcher du district et les populations ont acquis la con- TÏctioa que la prince des blancs constitue leur meilleure sauTegirde. Le personnel de la station des cbutee eat dass les meilleurs termes avec tons les cbe& des enrirons, qui attachent un très haut prix K la conservation de la protection des blancs, parce qu'ils sentent que, du jour oti elle leur serait retirée, ils rederteadraient la proie des chassetus d'bommee.
Taudis qu'en remontant le fleuve, M. Hasssens avait suivi la rive droite, pour redescendre il longea la rive gauche. Partout il fut reçu avec le même empressement, et put conclure de nombreux traités avec les cbeË indigènes, et obtenir pour l'Association d'importantes concessions de terrains.
Avant de quitter le Congo, disons encore que M. le lieuteuant INasaari, après avoir été retenu quelques semaines par la fièvre au sanita* rium de Borna, a été mis par Sir Francis de Winton k la tète d'une expédition de découverte chaînée d'explorer le Qnnngo. II devra poursuivre les études commencées par Stanley et Sir F. de Winton, relever le cours de la rÎTière aussi loin qu'il pourra la remonter avec son steamer, et procéder, le long de ses rives, & l'installatiou d'une ou de plusieurs stations nouvelles.
Le D' J. Cha vanne a écrit le 20 août aux Mittheilungen de Gotba qu'il se préparait & se rendre k San-Salvwlor par une route nouvelle, suivant à peu près la ligne de partage des eaux eutre les rivières de la côte et la Mpozo, tributaire du Congo ; de là il se proposait de gagner, par le pays de Zombo, le bassin inférieur du Quango, et suivre celui-ci jusqu'à sou conflueut avec le Congo. Le relevé de la partie du fleuve de Banaiia à Boma lui a imposé un dur labeur, le fleuve étant couvert d'un labyrinthe d'Iles dont un grand nombre n'étfùent pas dessinées sur les cartes ; d'autres y sont portées qui n'existent pas ; il eu a relevé cinquante nouvelles. Jusqu'iciles cartes decette partie du Congo, même celle de l'amirauté anglaise, ne reposaient que sur des renseignements. De Banana k Vivi, le D' ChavaDoe a déterminé géodésiquement plus de mille positions, fait quantité de sondages, en même temps qu'il étudiait la géologie de cette partie du bassin du fleuve. Il ne s'est pas borné au Congo ; il a fait plusieurs excursions k l'intérieur dans le bassin du Fassi-Kombo et du Ealamou (la rivière des Crocodiles). Son compagnon, le D' Zint^aff, s'est occupé de l'ethnographie des Mussorongo et des Aboma.
D'^rès un rapport de M. Datrenîl de Rhins k la Société de géo-
graphie de Paris, M. Betlsi^» chargé d'an ravitaillement pour SaTorgoan de Brazza, quitta m juin Loango avec une trentaÎDe de porteurs indigènes, dont une partie Tabandonnèrent sur les bords de la LoandiMftA, affluent du IViaid, qu'il suivit jusqu'à son confluent, vis-à-vIs de Stephanieville. L'agent de rAssociation internationale dans cette station se refusant à lui louer un magasin, le roi du pays offrit à M. Dolisie le terrain qu'il choisirait, et conclut avec lui un traité, par lequel tout le pays compris entre la Loundima et le Niari a été placé sous la suzeraineté et le protectorat de la France. Le roi et les chefs déclarèrent en même temps qu'ils avaient seulement loué l'emplacement sur lequel se trouve le poste de Stephanieville, et qu'ils n'avaient cédé aucun de leurs droits à l'Association internationale. M. Dolisie fonda la station de IViari-Lonndima» et se dirigea au N.-E. vers Philippeville. Dans ce trajet, il constata que le Niari est navigable par canot à vapeur sur son cours moyen et même en partie sur son cours supérieur. Une nouvelle station fut fondée pour compléter la chaîne des postes français de Loango à Brazzaville, où M. Dolisie arriva à la fin de juillet. Le trajet avait été &it en 40 jours ; il pourra être fait en 20 jours, quand on utilisera la voie fluviale, et qu'on aura organisé un service régulier de porteurs comme chez les Ba-Téké.
Le B' Colin, médecin de la marine française, est de retour d'un voyage d'exploration dans le basaiii de la Falémé * et dans la région aurifère qui s'étend entre ce cours d'eau et le Bafing. Parti de Podor le 24 juin 1883, avec un convoi de douze noirs et do^ze bêtes de somme, il suivit la rive gauche du Sénégal jusqu'à Bakel, traversant ainsi le Fouta, où les Toucouleurs lui créèrent toutes sortes d'ennuis. De Bakel 11 se dirigea vers Sénoudébou sur la Falémé, mais là, les Toucouleurs du convoi refusèrent absolument d'entrer sur territoire malinké, aussi le docteur dut-il se rendre à Médine pour recruter un nouveau personnel.
De retour à Bakel, il alla étudier les terrains aurifères de Keniéba, explorés il y a deux ans par notre compatriote M. Demafiey. Puis il gagna Dialafara, capitale du Tambouara, oti il reçut un accueil empressé du chef du pays, qui conclut avec lui im traité plaçant son territoire sous le protectorat français, et donnant à la France le droit exclusif de construire des routes et d'exploiter des mines. Toute la région du Tambouara, dit le D' Colin, est très riche en or, et, dans l'avenir, on y créera certainement des exploitations. Toutefois il estime qu'il ne faudra
•V. la Carte, IV" année, p. 200.
se lancer dans ces opérations qu'avec une extrême prudence» et qu'avant de chercher à exploiter ce pays industriellement, il est indispensable d'améliorer les voies de communication, et de créer des relations commerciales avec les indigènes qui désirent écouler leurs produits par le Sénégal. Dialafara est un village malinké de 2000 habitants, bien disposés pour les blancs. Leur territoire est riche en pâturages, et abonde en bétail ; leurs principales cultures sont le riz, l'indigo et le coton. De là, M. Colin se rendit à Kassama, capitale du Diébédougou, à une journée de marcjie de Eoundian, une des places fortes les plus importantes des États du roi de Ségou. C'était la première fois qu'un Européen visitait Kassama. Admirablement reçu par le roi, l'explorateur y fit un séjour d'un mois et put étudier à loisir les ressources du pays. Kassama est situé sur un plateau élevé, en pays accidenté, au centre d'une région aurifère; son territoire produit du caoutchouc, de l'indigo et du coton. Là aussi le bétail est abondant. Les deux mille Malinkés de Kassama ne vivent pas en trop mauvaise intelligence avec les Toucouleurs de Koundian. Ceux-ci, isolés dans leur forteresse considérée comme imprenable, sont trop peu nt)mbreux pour attaquer leurs voisins. Les mines d'or se trouvent à 10 kilomètres au sud de Kassama, au pied de la ligne de partage des eaux entre la Falémé et le Bafing ; on ne les exploite que dans la saison sèche, dès que la récolte est terminée. L'or s'échange surtout contre du sel, condiment qui manque absolument dans le pays. Pour un lingot d'or d'une valeur de 15 francs, les traitants donnent, à Kassama, une quantité de sel qui vaut environ 1 franc à Saint-Louis. En hiver, la température est très agréable ; en décembre, à midi, le thermomètre monte à 24"", mais la nuit, il descend souvent à 7**. L'importance de Kassama parut telle auD' Colin, qu'il crut utile de chercher une route pour aller de ce point à Bafoulabé. Malheureusement le chemin est tellement accidenté, qu'il serait très difficile de construire une route à voitures. De Bafoulabé il revint à Kassama, et résolut de reconnaître le cours de la Falémé, pour juger si cette rivière pourrait servir de route vers les terrains aurifères. Il l'atteignit au village de Kiénékou, à environ 400 kilomètres de son confluent avec le Sénégal, et reconnut qu'elle n'est pas navigable dans la saison sèche. Aussi dut-il cheminer sur ses rives, obligé cependant par la végétation puissante, de se tenir presque constamment à une distance de 100"" à 300" du bord. Le gibier y est très abondant; partout l'on voit des traces d'éléphants» de lions, de panthères, des antilopes et des troupeaux de bœiidEs sauvages, etc. Une multitude d'oiseaux aux couleurs éclatantes animent le
paysage. De nombreux villages sont construits à quelques kilomètres de la rivière. La Falémé roule de l'or, et son cours, qui se développe sans chutes ni rapides, serait aisément navigable h la saison des pluies, si on le débarrassait des quelques rochers qui l'obstruent. Les traitants la remontent avec leurs chalands à petit tirant d'eau, et il ne serait pas difficile de la rendre accessible h de petits vapeurs. Cette exploration terminée, le D' Colin rentra à Bakel pour se ravitailler, car il voulait dresser une carte de la Falémé. U se procura à Bakel un petit chaland et remonta la rivière sur une longueur de 160 kilomètres environ ; mais son chaland subit des avaries qui l'obligèrent à redescendre à Bakel et à Saint-Louis. Ici, il présenta au gouverneur le fils du roi de Kassama, jeune homme de 28 ans, qui venait, au nom de son père, faire acte de soumission volontaire à la France. De Bakel à Saint-Louis, il avait eu pour compagnon de voyage un Maure de Timbouctou, délégué parla corporation des marchands de cette ville, pour présenter au gouverneur du Sénégal les vœux des négociants de la métropole du Soudan occidental, pour l'ouverture d'une voie commerciale par le Niger, Bamakou et les escales françaises du Niger et du Sénégal. Ce Maure a affirmé que, si cette route s'ouvrait, tout le commerce de Timbouctou cesserait de passer par le Maroc, et que, dans les hautes eaux, le Niger est suffisamment navigable de Timbouctou jusqu'à Bamakou. — Dès lors, ce délégué a dû repartir pour Timbouctou, ob l'on se proposait de le reconduire, à partir de Bamakou, par le vapeur que le capitaine Delanneau a fait remonter sur le Niger, et avec lequel il avait déjà dû se rendre à Yamina, où se trouvait Âhmadou, sultan de Ségou.
NOUVELLES COMPLÉMENTAIRES
Les événements dont la vallée du Nil est le théâtre, ont porté les caravanes du Soadan à prendre la voie de Tripoli pour y amener les produits de l'intérieur; aussi le journal officiel de la Tripolitaine constate-t-il que le commerce de cette région a pris récemment un développement qui dépasse toutes les prévisions.
D'après une communication de M. de Lesseps à la Société de Géographie de Paris, la Compagnie du Canal de Suez fera élargir le canal existant, de façon que les navires puissent se croiser sans danger, et l'on étudie un mode d'éclairage électrique qui permette d'y naviguer de nuit.
Le colonel Chemside, établi depuis quelque temps à Souakim en qualité de commandant civil et militaire, a été nommé gouverneur général de tout le littoral de la mer Rouge, avec ordre de résider à Massaoua.
une Kling, de la garnUon uiglaise d'Aden, se propose de reprendre ]e la dernière expédition de M. 0. RéToil. Il croit ^ne,muiii de lettre» le La Mecqne et de cadeaux,ïl pourra se frayer on pusage, de Magaers les pa;B Oalla, et arrirer Jt Berberah sur le golfe d'Aden. e explorateur Gerhard Rohlfs a été nommé consul-général de l'emnd à Zansibar.
e de H. Ledouli, consul de France à Zan^bar, adressée au ministère étrangères, l'informe que l'explorateur Giraud est toujours à M'pals, 'Association internationale, à la côte occidentale du Tanganyika. TTn ibre des porteurs et des hommes de son escorte, après l'avoir abanattaqué la mission des Pères algériens à Eipalapaba, près de Tabora, le mort le père Hautectenr. Informé de ces faits, M. Ledouli les a tùt Il sultan Saïd-Bargasch, qui s'est empressé de donner les ordres néceeqiie ces hommes fnssent punis.
saut Shufeldt, de la marine des États-Uoia, a fait récemment un împor- : à travers l'Ile de Madagascar, dans une direction S.-O., à partir de la suivant un itinéraire de llOOkilom., que n'avait encore parcouru aucun ' scientifique. Quittant Antananarive avec une forte caravane, il recherces et les nombreux tributaires supérieurs de la Zizibong;, qu'il explora dont il détermina le tracé; puis, descendant des plateaux vers la côte sur les diverses terrasses qu'on y rencontre, des observations exactes, idrons sur cette exploration quand les Procteiings de la Société de de Londres auront pnblié le rapport que leur a promis le lieutenant
isition industrielle qui vient d'avoir lieu à Capetown, a permis de conpour les cuirs du Oap, les meubles des écoles des Ba-Souto et des Zouitures et la taille des diamants, l'Afrique australe peut rivaliser avec I du même genre fabriqués en Europe.
é des Hissions épiscopales méthodistes de Nev-York a décidé d'établir a stations à partir de Loanda jusqu'au Tanganyika, le long de la route t de Wigsmann.
lin rapport du général Lefroy, président de l'Association britannique de Montréal, un chasseur anglais, M. Hemmlngs, a traversé, en compa- [ollandais, la partie de l'Afrique occidentale qui s'étend entre Walivi,en suivant à peu près la limite orientale des possessions portugaises. Sche de Madrid, de source officieuse, annonce que l'Espagne étant e rétablir solidement dans ses colonies de la cAte occidentale d'Afrient espagnol a été nommé pour les Iles d'Elobey, dans le golfe de nord du Gabon.
tère français de la marine a décidé l'envoi au Sénégal d'une miasiou M. Marchai, de Lorient, et Auger, ingénieur des travaux hydranliqua g, pour étudier la question de l'amélioration du port de Dakar. Cette abarquera à Bordeaux le 5 décembre.
La Conférence internationale convoquée pour s'occuper des intérêts généraux de la civilisation en Afrique, s'est ouverte le 15 novembre à Berlin. Nous aurons certainement à parler plus tard de ses travaux. Disons seulement aujourd'hui que l'Allemagne a reconnu l'Association internationale africaine.