DE GUINÉE
Dans un de nos premiers numéros de cette année (p. 87-97), nous avons décrit la nature de la zone littorale dé la Hottentotie et de la Cimbébasie ', où M. Lûderitz venait, par Tacquisition du territoire d'Angra-Pequena, de préparer la voie à rétablissement du protectorat allemand, étendu aujourd'hui du cap Frio à Tembouchure du fleuve Orange, à Texception de Tenclave de Walfish-Bay, demeurée possession britannique. L'extension toute récente de ce protectorat à certains territoires du golfe de Guinée, sur lesquels Tattention générale se porte maintenant, nous engage à en donner une carte, que nous accompagnons de quelques mots pour faire comprendre Timportance des nouvelles positions que TAUemagne vient d'acquérir.
Et d'abord le petit territoire de Togno est situé entre les deux parties des possessions anglaises de la Côte d'Or et de la Côte des Esclaves, dont les localités les plus importantes sont Cape-Coast-Castle et Lagos. Le Portugal y possède encore le fort de Saint-Jean-Baptiste d'Ajouda et Whyda, et la France y occupe Porto-Novo et Cotonou.
Le D' Nachtigal, commissaire de Tempire d'Allemagne, a arboré le drapeau allemand sur Bay-Beach, Bagelda et Porto-Seguro. La Société des missions, de Brème a des agents qui travaillent parmi les tribus des Éwés, avec station à Peky, dans l'intérieur. Depuis un certain temps, un commissaire anglais, résidant à Quitta, s 'efforçait d'annexer aux possessions britanniques toute la zone littorale jusqu'à Lagos; mais les chefs indigènes refusaient de la céder aux Anglais, dont le système douanier dans les districts & l'ouest et à l'est de cette zone, avaient £Edt de celle-ci comme une porte, par laquelle le commerce libre, en grande partie entre les mains des Allemands, importait et exportait des quantités considérables de marchandises. Ayant échoué dans sa tentative d'obtenir pour l'Angleterre la cession de ce territoire, le commissaire britannique excita contre les marchands européejis, en majorité alle-
^ y. la carte qui accompagne cette livraison, p. 316. • V. la carte p. 100.
mands, les indigènes qui menacèrent de piller les factoreries. A ce moment le I^ Nachtigal arrivait devant Porto-Seguro et Bagelda ; ses compatriotes réclamèrent sa protection, ce qui amena la conclusion d'un traité avec M'iapa, roi de Togno. Aux termes de ce traité, et pour protéger le commerce légitime exercé dans son pays, principalement par des négociants allemands, ce roi a demandé la protection de Tempereur d'Allemagne ; il s'est engagé à ne concéder à aucune autre puissance les droits souverains sur une partie de son territoire, et & ne jamais accorder à des sujets d'autres nationalités plus de liberté ou de privilèges qu'aux sujets allemands. En accordant sa protection, l'empereur d'Allemagne s'est engagé de son côté k respecter tous les traités de commerce antérieurs, conclus par le roi M'iapa avec d'autres £tats, et à ne point porter atteinte à la liberté commerciale qui existe actuellement sur le territoire du roi de Togno.
C'est aussi le danger couru par les nombreux établissements de& négociants allemands de Brème et de Hambourg, dans la baie de Biafra^ qui a engagé le commissaire impérial allemand à placer sous le protectorat de l'empire, le territoire beaucoup plus vaste qui s'étend, du pied S.-E. du mont Cameroon au Petit-Batanga, sur une ligne de côte de 160 kilom. de longueur. Le Grand-Batanga, un peu plus au sud, a été cédé par les chefis à la France, en vertu d'un traité conclu en 1862 ; et au N.-O. de la nouvelle possession allemande, au pied du Cameroon, l'Angleterre s'est annexé, au mois de juillet dernier, le territoire de Victoria, sur une longueur de côte de 16 kilom., et une profondeur à l'intérieur d'une dizaine de kilomètres \
Le pays placé sous le protectorat de l'Allemagne comprend les bouches du Mungo, avec le delta de ce fleuve, dont un des bras, le Bimbia, a donné son nom à la zone littorale oii fie trouve la ville de King William 'stown, puis, l'embouchure de la rivière Cameroon ou Dualla, sur la rive méridionale de laquelle sont situées les villes des rois Bell, Dido, Aquà; enfin, dans le delta de la rivière Edea, le territoire deMalimba, avec la ville de ce nom, au sud de la baie de Cameroon.
Les indigènes servent d'intermédiaires pour le commerce entre les Européens et les natifs de l'intérieur. Les factoreries allemandes y ont
* Plusieurs cartes attribuent à l'Angleterre les deux rives du Yieux-Calabar, mais le mémoire de Sir Rawson W. Rawson, The Territorial partition ofthe Coasi ofAffiea, publié avec une carte dans le dernier numéro des Proeeedings de la Société de géographie de Londres, les présente comme territoire indépendant.
acquis une très grande importanee, par suite du développement des relations commerciales avec rAUemagne. De 1861 à 1883 Texportation par navires, de Hambourg au territoire de Cameroon, s'est élevée de 3333 à 46,792 tonnes de marchandises, et Timportation de Cameroon àt Hambourg a augmenté dans la même proportion.
Ici aussi les Anglais ont manifesté Tintention de s'annexer ces territoires, ou du moins d'en prendre les populations sous leur protectorat. Mais plusieurs des rois, entre autres ceux de Bell'stown et d'Aqua'stovrn, ont refusé cette protection et ont fait, avec les représentants des maisons de Hambourg et de Brème, un traité en suite duquel les négociants allemands ont transmis leurs droits au commissaire de Tempire d'Allemagne.
L'importance de cette possession, pour le développement dea échanges entre les marchandises européennes et les produits de l'intérieur, provient du fait que le fleuve Cameroon est large et navigable sur une assez grande étendue, et qu'il ofie un mouillage beaucoup plus favorable que la plupart des embouchures des rivières qui se versent dans le golfe de Guinée.
D'autre part la région montagneuse du Cameroon est très propre au développement de l'agriculture. De plus les nègres de cette région sont généralement plus travailleurs que ceux de l'intérieur; placés depuis longtemps déjà sous l'influence des missionnaires baptistes, ils voient conunent l'on doit travailler, et ils ont déposé l'indolence naturelle de leur race.
A côté des commerçants allemands, les agriculteurs européens pour-
. ront trouver là un champ favorable de travail, et les diverses réglons du
Cameroon pourront recevoir, dans des sanitaria, à difiérentes altitudes,
ceux que le séjour dans la zone littorale obligera à chercher un air plus
vivifiant pour y renouveler leurs forces.
Nul doute que, par cette porte, la civilisation européenne ne pénètre plus facilement à l'intérieur qu'elle ne l'a pu jusqu'ici ; nul doute non plus que les explorateurs allemands, auxquels la science géographique doit déjà tellement, sous le rapport des découvertes, dans la partie occidentale de l'Afrique équatoriale, ne pénètrent enfin par là dans cette région encore inconnue qui s'étend entre les sources du Bénoué, le Chari et le Congo. La présence du D' BUchner, préposé par le gouvernement allemand à l'administration de cette nouvelle possession, nous en est garant. Il y a quelque temps déjà, la Société africaine allemande avait formé le projet de lui confier une expédition, qui aurait pris pour point
de départ la baie de Cameroon et se serait dirigée vers le lac Liba et le Chari. Il y a de bonnes raisons de croire que si Tentreprise de M. Rogozdnski ne peut réussir, les explorateurs allemands auront Thonneur de résoudre les problèmes qui se rattachent & cette partie de l'intérieur du continent.
CORRESPONDANCE
Fatamatenga, près du Zambèze, 16 juillet 1884.
Cher Monsieur,
La dernière fois que j'ai eu le plaisir de vous écrire, c'était de Schoshong, en mai dernier; quel long temps se sera écoulé depuis, sans que vous ayez reçu de mes nouvelles I si toutefois ces dernières vous soi^t parvenues. C'est presque décourageant de vous donner des nouvelles qui seront si vieilles quand elles vous parviendront.
Il est si difficile de bien voir et surtout de bien juger, sans se laisser dominer par une idée préconçue 1 c'est la réflexion qui me vient à l'esprit en essayant de vous donner mon impression sur la contrée que nous venons de parcourir; chaque membre de l'expédition emploierait sans doute à le faire d'autres couleurs. Quant à moi, j'ai un faible pour les teintes sombres, et, malgré ma prétendue impartialité, vous aurez une description bien plutôt subjective qu'objective.
Cette immense contrée, dont nous avons traversé une largeur d'environ 650 kilomètres, ne présente pas un caractère uniforme. En quittant Schoshong, c'est un fourré de buissons épineux avec quelques taillis de grands arbres; longtemps encore les collines qui dominent le village de Khama forment un ruban noirâtre à l'horizon, et quelques kraals indigènes animent aussi cette solitude. C'est de Kané, à dnq traites de Mangwato, que l'on jette un dernier regard sur les montagnes. De notre camp, placé sur une éminence, nous voyions une immense plaine s'étendre à perte de vue, triste et monotone avec les teintes brunâtres de l'automne. Plus loin, nous entrons pour un moment dans la forêt, pour retrouver encore les mêmes buissons épineux, et de plus que précédemment, un sable profond où nos wagons manœuvrent avec difficulté. Rien de remarquable dans cette partie de notre voyage ; pas de gibier, une herbe haute plus ou moins desséchée, des ronces, c'est presque tout ce que nous voyons. Je m'étais fait l'illusion de croire que nous aurions toujours un immense horizon ; il n'en est rien. Souvent nous étions comme entre deux murs d'arbrisseaux, et ce n'a été que de place en place que nous avons eu une vraie vue du désert.
De Linokaneng, nous entrons dans un nouveau pays. Cet endroit même, abondant en eau, est joli; il est à peu près au tiers de notre route. Là, nous remarquons les premiers palmiers, les aloès, et jusqu'à l'entrée du Makarikari, nous jouissons beaucoup des belles forêts que nous traversons, mais toujours le gibier semble
fuir devant nous. Le Makarikari s'étend dans la partie moyenne de notre route, mais non d'une manière continue; ce sont des prolongements orientaux qui coupent la route du Zambèze, à trois ou quatre reprises. Le premier que nous rencontrons est une surface parfaitement plane, sans herbes, sans buissons, et qui dépasse beaucoup les bornes de notre vue. Parfois elle a la teinte jaun&tre du sable, mais plus souvent, l'apparence d'une plaine de sel ; tout le sol est saturé de ce minéral, ce qui explique l'effet si fréquent du mirage.
Toute cette partie a sans doute été jadis une mer intérieure; il en reste encore un étang salé très considérable, qui se termine à l'Ouest par un canal profond et sans issues. Le second Makarikari diffère du précédent en ce qu'il ressemble à tin immense pâturage, sans aucun arbre ; à peine de distance en distance un palmier élève-t-il vers le ciel sa cime solitaire. Là, nous avons un peu chassé les antilopes, mais sans succès. Quant à la troisième contrée, elle est aussi pourvue d'herbe, et en particulier couverte d'étangs, je dirais presque complètement submergée. Nous avons eu grand'peine à nous tirer d'affaire au milieu de ces flaques d'eau. Elle se termine à la Shua-river ou Nata-river, la seule que nous ayons trouvée avec quel< que abondance d'eau. A partir de cette dernière surtout notre voyage a été laborieux. Le sable était très profond, et la route se frayait difficilement un passage entre les buissons ou à travers les forêts vierges. Quelquefois nous dessellions dans des endroits charmants, mais en somme, ce pays m'a paru triste; la civilisation le rendrait tout autre; en plusieurs endroits il serait facile de conserver l'ean toute l'année, et le sol se prêterait admirablement à la culture; pour nous, c'était peu d'y rencontrer quelques misérables Masarois au lieu de toutes les richesses que fournirait ce pays habité, aussi n'avons-nous pas été tentés d'y planter nos tentes. — A huit jours de distance de Patamatenga, notre voyage est devenu plus intéressant, nous étions dans la région des grandes forêts et du gibier. Les premières sont de belle apparence, formées d'arbres de haute futaie, au feuillage très vert, et qui contraste avec la couleur jaun&tre de l'herbe et des buissons. De loin, vues d'une clairière, elles semblent impénétrables, mais quand on y entre, les arbres paraissent plus espacés que dans nos forêts européennes, de sorte qu'il 8 Brait facile d'y établir des cultures en ne saccageant que les buissons dans les endroits les plus ouverts. £n revanche, dans les forêts plus jeunes, les jeunes plantes sont très serrées.
Nous avons remarqué une assez grande variété de bois que nous ne sommes malheureusement pas en mesure de déterminer. Les seuls que nous connaissions par nos ouvriers anglais sont le bois de teck et le Magoganay, tous deux faciles à travailler, quoique durs; le dernier surtout est très abondant ainsi que l'ac^sgou. Un autre bois, dont nous nous sommes servis pour des timons de wagons, a le nom indigène de Mopané, Nous savons ce qu'il est pour l'avoir travaillé avec facilité ; son avantage sur les précédents est que sa taille est plus droite et plus élancée, c'est un vrai bois de construction.
Déjà nous en avions remarqué de belles forêts dans les intervalles entre les Makarikari. Le Motsiuri est un autre arbre de grande taille, mais très difficile
i travailler à cause de sa dureté ^ Nous rencontrons quelques rares baobabs dans cette région, et plus de palmiers que nous n'en avons remarqué à Linokaneng et dans le Makarikari.
Les premiers dont je vous ai parlé ont tous une couleur rouge ou rosée sous Péoorce. En fait d'arbres résineux, nous avons trouvé un genre de gommier au suc blanchâtre comme du lait, et un autre, dont la résine est d'un beau rouge comme le sang des enfants. Je dois dire que rien de ce que j'ai vu ne me parait comparable à nos belles forêts européennes. Je dirai la même chose des sites les plus avantageux. C'est beau peut-être, mais pour l'Afrique, dont le vrai caractère est bien l'aridité, le jeu des contrastes entre la surabondance d'eau et leur manque complet. Les quelques fruits sauvages que nous trouvons sont insipides et ne supportent pas la comparaison avec ceux de nos contrées. Tel est le désert à mes propres yeux, non inhabitable en plusieurs endroits, mais inhabité, car de Kané à Patamatenga, nous n'avons rencontré que quelques Masarois nomades et chasseurs.
Je vous disais que nous étions entrés dans le pays du gibier ; nous en avons vu quelque peu, mais non depuis nos sièges sur les wagons, c'est-à-dire ceux-là seuls en ont vu qui ont fait bon usage de leurs jambes. Les empreintes de girafes, d'éléphants, même, de lions étaient nombreuses, mais il eût fallu nous écarter de plusieurs milles de la route pour rencontrer ces animaux, ce que nous n'avions guère le loisir de faire sans chevaux. Chose curieuse, nous n'avons jamais entendu les lions, bien qu'à Tamafupa, l'un de nos gens ait vu l'un d'eux, que plusieurs ont entendu dans la nuit, à Pinsu de presque toute notre caravane. Nous avons eu un chien tué sans doute par un tigre et un autre par un serpent ; l'un de nos ânes disparu a peut-être eu le même sort. C'est le seul tribut que nous ayons payé aux fauves. Une bonne main veillait sur nous et n'a pas permis qu'aux difficultés de notre voyage s'ajoutassent les dangers de la part des lions. Nous avons voyagé à l'époque la plus agréable, l'hiver, et nous avons eu jusqu'à 3® C. au-dessous de zéro et de 15 à 20'', à l'ombre, à midi. L'eau était suffisante ; à deux ou trois reprises seulement nos bœufs ont été trente-six heures sans boire. Malgré ces circonstances favorables notre voyage a été très long. Nous quittions Schoshong le 21 mai et arrivions à Patamatenga le 14 juillet. 11 est vrai que nous avions eu un arrêt de huit jours à Kané, d'où nous avons renvoyé quelques bagages. Sauf quelques légères indispositions parmi nos gens, nous avons joui et jouissons encore tous d'une excellente santé. Notre désir est de nous établir provisoirement à Leshoma, à cause de la proximité de la rivière et des vivres. [De là M. Coillard et moi, nous pensons faire visite à Lobossi * et espérons obtenir de passer tous la
^ Les Pères nous font part de leurs expériences, le Mahoula est le plus facile à travailler, il ressemble beaucoup au chêne.
* M. Amot écrit Robosi. Nos lecteurs verront qu'au moment où M. Jeanmairet nous écrivait il ignorait les événements qui se passaient au-delà du Zambèze : départ de M. Arnot et mort de Robosi (p. 286).
ritière cette année. Nous n'avons pas appris de nouyelles récentes des Ba-Rotsé, sinon qu'ils sont en expédition guerrière contre les Ma-Chikolombos.M. Westbeach dit que tous les chefs lui ont parlé favorablement de notre projet, et ne doute pas que nous n'ayons une franche réception. Aujourd'hui il a envoyé un messager à Lobossi avec une lettre de M. Coillard, et sa recommandation a beaucoup dé poids.
Patamatenga est situé à l'extrémité d'une forêt de mopané, et à la lisière d'une plaine marécageuse arrosée par une petite rivière qui donne son nom à l'endroit. L'emplacement est peu joli, si l'on en enlève la vue de constructions à l'europé^me, et celle de beaux champs de blé européen qui croit à merveille ainsi que les laitues, les salades et maints autres produits. L'établissement de M. Westbeach est sur une éminence et les missionnaires romains ont b&ti tout auprès de lut plusieurs maisonnettes et une petite chapelle ; quelque huttes indigènes complètent le tableau. Les quelques natifs sont je crois, pour la plupart, de bons chrétiens et envoient leurs enfants à l'école des Pères. Quant à leur projet d'aller chez les Ba-Rotsé, de l'avis de M. Westbeach, il a peu de chance de succès, et l'on pense même que dans un court délai ils devront quitter cette place. Les gens ne sont pas des 6a-R'otsé, mais des Ba-Tokas, chasseurs au service de M. Westbeach. M. Coillard et moi nous avons fait une visite aux Pères ; leur supérieur, M. Eroot, nous a reçus avec la plus grande courtoisie et nous a entretenus assez longtemps en bon anglais avec beaucoup d'humour; il est d'origine hollandaise.
Nous étions à court de vivres pour nos gens, et M. Westbeach ne pouvant nous en fournir à cause de son prochain départ pour Natal, force a été à M. Coillard de s'adresser au Père Kroot, qui a aimablement mis deux sacs de blé à notre disposition. Le second des Pères était en course aux chutes Victoria ou plutôt an Mouaioatunya^ le vrai nom indigène, vu que nous ne sommes pas en pays conquis. Trois frères laïques complètent leur personnel; l'un d'eux est mort noyé au Yaal, un second a eu le même sort au Zambèze et un troisième est mort ici de consomption. Nous tenons ces renseignements du Père Kroot D'ici à la c6te Est, ils ont perdu dix hommes ces dernières années. Outre les trois mentionnés ci-dessus, deux autres sont morts de faim dans le pays d'Umxila, et un troisième s'est cassé la nuque dans une chute de cheval à Tati.
La part laissée à la fièvre est bien restreinte. Un fait utile à constater, c'est qu'aucun des Jésuites se rattachant à la mission du Zambèze n'est mort de la fièvre. En réalité la tsétsé est devant nous et nous entoure, mais elle n'est pas dans le vallon d'où nous venons.
P. £•. Arrivés tous en bonne santé à Leshoma, à trois lieues du Zambèze, le 25 juillet. Nous n'avons pas rencontré la tsétsé, et M. Westbeach envoie souvent son bétail à Leshoma, tout près du Zambèze.
jKAniAIRXT.
A cette lettre noua joignons quelques extraits d^ine correspondance postériiHre que nous apporte le BnUetin de la Société neuehâtdoise des missions :
Lesboma, à 3 lieues au sud du Zambèze, 27 juillet 18&4.
Nous sommes au cœur de Phiyer; mais qui le croirait, en me voyant à l'ombre de mon wagon, vêtu d'un babit léger? Je suis assis sur un petit tabouret d'artiste que m'a donné M. Christol; je vous écris sur mes genoux, et mon encrier est posé sur mon tonnelet à eau, l'ami du désert. Peut- on rêver quelque chose de plus champêtre?
L'emplacement où nous sommes est joli; il est situé sur l'un des coteaux de la ▼allée de Lesboma, au milieu de la forêt. Devant nous s'étend la plaine, puis une longue colline boisée, et, dans le lointain bleu&tre, d'autres collines, d'autres forêts, où nous croyons voir déjà couler le Zambèze. Ici demeure un blanc, employé de M. Westbeach^ M. Blokley, depuis douze ans dans le pays. Son établissement est des plus rustiques : quelques buttes et quelques enclos, rien de plus. Notre installation est bien préférable à celle de la première expédition; nous avons visité cet endroit la tristesse au cœur ; il ne restait plus qu'un bout de plancbe carbonisé et la tombe de Kbosana, pour rappeler un drame de plus de quatre mois. C'est là que les Coillard ont été attaqués à plusieurs reprises dans leur camp par des lions. Aujourd'hui, les choses ont bien changé : plus de lions, plus de tsétsé dans cette partie du pays; les léopards et les hyènes restent seuls et nous troublent peu. Nous sommes à trois quarts d'heure plus près du fleuve que M. Coillard ne l'était en 1878. L'eau est abondante, mais il faut la chercher un peu loin ; c'est le seul inconvénient que nous ayons ici. Quant à la tsétsé, elle n'existe plus de Schoshong jusqu'ici, mais on la trouve encore devant nous et de chaque côté de la route parcourue. Notre bétail ne peut pattre que dans la vallée, où il est en toute sûreté, vu que la mouche est localisée d'une manière étrange. Pour vous en donner un exemple, elle existe, dit-on^ sur l'une des rives du Chobé, et pas du tout sur l'autre. Cependant, pour plus de sûreté, nous renverrons notre bétail en arrière, du côté de Patamatenga.
Mais revenons au désert dont je vous ferai la description d'un trait de plume, vu que vous la trouverez plus complète dans V Afrique explorée et civilisée.
Ce qui a rendu notre voyage si long, c'est la grande charge de nos wagons et la fatigue de nos bœufs, car cette partie n'a pas été plus difficile que les autres ; nous n'avons pas eu de wagon à décharger et nous avons joui d'un temps splendide. Ce qui l'a rendu difficile a été le manque de vivres; pendant plus de quinze jours il a fallu mettre notre monde à la ration, non jusqu'à sentir la faim, mais assez pour mettre nos gens de fort mauvaise humeur. Je vous assure que j'admire beaucoup moins les chrétiens indigènes qu'on ne le fait en Europe. Ce sont des rachetés, et nous en bénissons Dieu; mais ils ont encore de bien grandes misères; il leur manque toute l'influence de la civilisation, des bonnes habitudes et de ce que nous pourrions appeler l'honneur à cœur. Aussi, il est fort mal aisé de les plier aux exigences d'un voyage difficile, où à chaque instant il faut faire appel à l'énergie et au renoncement en vue du but à atteindre. En Europe, on se figure aisément que les néophytes sortis du paganisme mènent une vie exemplaire, et surpassent de tous points les chrétiens d'Europe ; c'est faux, c'est une légende ;
mais; ce qui est vrai, c'est qu'on rencontre parfois chez eux de beaux traits de foi, tout comme il peut arriver à des enfants de surpasser quelquefois la piété de lâon parents; mais n'allons pas croire que l'exception fasse la règle. J'insiste sur ce point parce que l'œuvre missionnaire gagnerait à être vue sous ce jour-là par les gens de bons sens, qui peut-être sont tentés de lui rester étrangers, parce que les belles histoires qu'on leur fait leur paraissent suspectes. C'est déjà beaucoup de transformer des païens en croyants, sans en faire du même coup des saints quels il n'y ait rien à reprocher, et certes les résultats obtenus ont déjà une grande valeur sans qu'on y ajoute des exagérations. De combien nos ouvriors blancs surpassent nos indigènes dans leur dévouement 1 II est vrai de dire que ce sont des hommes qui font honneur aux chrétiens d'Europe. Nos deux évangélistes noirs sont aussi tout ce que nous pouvions espérer d'eux, et bien au-dessus de leurs compatriotes.
Notre premier projet avait été d'établir notre camp à Patamatenga, mais nous n'avons pu nous procurer des vivres auprès de M. Westbeach, à cause de son prochain départ pour Natal. Du reste, Patamatenga est bien moins joli que Leshoma, et aussi fort éloigné de la rivière. L'établissement de M. Westbeach et celui des Pères sont sur une même éminence, à l'extrémité d'une forêt déjà bien déboisée, et à la lisière d'une plaine marécageuse, traversée par la rivière Patamatenga. Le vent y souffle avec violence, et rien ne nous fait regretter la non-exécution de notre désir. Quelques huttes de natifs forment un petit hameau avec les constructions européennes.
Nous avons fait deux visites aux Pères; leur supérieur, le Père Kroot, nous a reçus avec la plus grande cordialité et nous a rendu nos visites. Sa conversation est enjouée; il est jeune encore, d'origine hollandaise, de petite taille, et il a le type juif; ses manières n'ont rien de clérical, pas plus que sa tenue. Le second des Pères était absent avec un frère laïque. Deux autres frères, dont l'un est cuisinier et l'autre jardinier, complètent leur personnel. Ils ont deux maisons rustiques à l'européenne, une petite chapelle assez jolie à l'intérieur, et plusieurs huttes pour leurs dépendances. Leur œuvre est très rudimentaire; ils ne savent que quelques mots de la langue du pays, et ils n'ont d'autres ouailles que leurs domestiques et les familles des chasseurs employés par M. Westbeach. Ce dernier nous dit que leur projet d'aller chez les Ba-Rotsé a complètement échoué; mais qu'en revanche, tous les chefs lui ont manifesté le désir de nous voir arriver. Ce n'est pas que les Ba-Rotsé désirent l'Évangile; s'ils paraissent nous donner la préférence, c'est pour des motifs tout intéressés. Dans ces dernières années, les Pères ont perdu dix personnes. Ils ont trois stations dans cette région : l'une chez les Matébélés, une seconde à Tati et la troisième à Patamatenga. Nous tenons tous ces détails du Père Eroot lui-même; ce qu'on dit de plus est donc de la fable.
J'ai oublié, en vous parlant de Patamatenga, de vous signaler un fut qui nous a beaucoup r^ouis : la vue de magnifiques champs de blé européen qui prospèrent parfaitement. Le jardinier des Pères dit que 40 livres de semence en ont produit
1400. Nous ayons aussi vu des jardins où les choux, les laitues, les salades, les citrouilles prospèrent; cela nous fait espérer que, plus tard, nous pourrons ayoir une nourriture européenne et yariée. Jusqu'à cette époque, nous ne sommes pas à plaindra : hier, les gens de la riyière nous ont apporté des haricots indigènes excellents ; le miel est abondant, et j'espère que nous pourrons aussi nous procurer du lait auprès d'eux. Quant à moi, la farine indigène me convient; alternant ayec le mais du pays, ce sera là le fond de notre alimentation.
Depuis Patamatenga, M. Westbeach a enyoyé une lettre de M. Coillard et sa recommandation au roi des Ba-Rotsé. Nous savons aujourd'hui qu'elle est arrivée jusqu'à Séchéké, mais que là on n'a pas voulu l'envoyer plus loin, parce qu'elle n'était pas accompagnée de présents. Le plus simple est que nous nous mettions en route le plus tôt possible; par nous, j'entends M. Coillard et moi, un évangéliste, un autre Mo-Souto et l'envoyé de Khama. Ce sera, je l'espère, la semaine prochaine, et le voyage avec le retour nous prendra sans doute trois mois; puis, s'il plaît à Dieu, nous passerons encore tous le fleuve cette année. Pendant notre absence, nos ouvriers construiront ici, à Leshoma, une petite maisonnette qui sera notre entrepôt, et, comme nous disons en riant, notre maison de campagne. Nous désirons aussi, dès l'abord, commencer un petit jardin, car nul ne sait combien de temps nous passerons ici. D. JumiÀiRBT.
BIBLIOGRAPHIE
KaBTE WeST-AeQUATORIAL-AfRIKA'b ZUR VSRANSCUAUUCHUNa DBS
Deutschkn Colonialbesitzes, vok L. Friedebicusek. Hambourg (lostitut géographique et nautique de L. Friederichseu et C*"), 1884, 1 fr. 50. — Il appartenait à M. Friederichsen, secrétaire-général de la Société de géographie de Hambourg, de dresser la carte de cette région qu'il désigne, depuis de longues années, de concert avec le D*" Hubbe- Schleiden, comme Tune des contrées les plus propices pour rétablissement de colonies allemandes. Cette carte autographiée, et cependant très claire, dans laquelle les montagnes sont marquées en noir, représente la côte occidentale de T Afrique, du 5* lat. N. jusqu'à Téquateur. Dire qu'elle a été construite à l'échelle de Vtsoooo) c'est indiquer qu'elle est de grande dimension, et renferme une foule de détails glanés de tous côtés. La nouvelle possession allemande commence à l'est de Victoria, sous le i"* lat. N. et se termine au 2° 56' lat. N., à l'endroit oh se jette, en faisant une chute, un cours d'eau qui vient de la montagne de l'Éléphant. Entre ce point, dans le voisinage duquel se trouve une factorerie anglaise, et la possession espagnole de Consco, s'étend une longue
' On peut se procurer à la librairie H. Georg, à Genève et à Bftle, tous les ouvrages dont il est rendu compte dans V Afrique ea^plorée et eioUisée,
sont établis plusieurs comptoirs allemaDds, et qui, pour le n'est placée sous la suzeraioeté d'aucune puissance. Nul doute e soit ardemment convoitée par les partisans des projets de coloallemaDde.
-ton donue la côte des Esclaves au ' ,„s»*«> et 1^> comme dans la incipale, les factoreries allemandes, fort nombreuses du reste, .nt presque toutes de maisons de Hambourg, sont soulignées t rouge.
LNiscuE Reisen VON Gerkar» Bohlpb. Roise durcb Marokko, fuat, Tidikelt und die grosse WUste Uber Bhadames nach Trirte Ausgabe. — Land umu Volk in Afrika. Berichte ans den 865-1870, von Gerhard Rohlfe. Dritte Ausgabe. Norden. (Hincher Nachfolger, 1884, in-18, 278 et 240 p., fr. 6. 70 et 5. 35. ne connaît Gerhard Rohifs, le célèbre explorateur africain, hui, comme Nachtigal, chargé par le gouveniemeat allemand £sioD officielle sur la côte orientale de l'Afrique? Aussi, nous ra-t-on de parler longuement de ces deux ouvrages, qui ne sont : que des rééditions, le premier ayant déjà paru en lS69etle m 1870. Ils nous conduisent de 18S3 à 1870, c'est dire qu^ils
à la période des brillants voyages du géographe allemand à e Maroc, le Sahara septentrional et centrante Soudan et l'Abys- ! sait, en effet, que Rohlfs, ayant gagné la faveur d'un shérif lent, put faire, dans l'Atlas et le Sahara septentrional, plusieurs ms qui le conduisirent aux oasis de Tafïlet, du Touat, de Temasle Ghadamës. Malgré les dangers que présentait l'exploration ins inhospitalières que si peu d'Européens ont visitées, il entreraverser le Sahara par des routes complètement inconnues, et n 1866, au Bornou, où ilapprit avec certitude le meurtre de Beure pouvant pénétrer dans le Wadal, il se replia sur le Bénoué et et arriva à Lagos oii il s'embarqua&bordd'un paquebot anglais /erpool. Eu 1868, il explora l'Abyssinie, et revint plus tard à i reprises sur cette terre africaine, dont il veut découvrir les tt sur laquelle il va se retrouver bientôt. Le second ouvrage ne pas ses explorations en suivant un itinéraire déterminé. C'est le description du pays et de ses habitants ; ainsi, un chapitre est
au trajet de Lagos à Liverpool, uu autre, à la ville de Konka, ième, au lac Ascbangi, etc. Tous sont écrits avec le talent et ur de vues qui distinguent le grand voyageur.
KAK Lbnz. Tiubvktu. Reise durch Marokko, die Sahara und
den Sudan. Leipzig (F.-Â. Brockhaus), 1884, 2 B&nde, in-8^ 430 und 408 Seiten mit 57 Abbildungen UQd 9 Karten. Fr. 32.
Le récit détaillé du voyage du D' Leii2, de Tanger à Timbouctou à travers le Sahara oceidental, puis, de Timbouctou à Saint-Louis du Sénégal par le Soudan occidental, en suivant une route non encore explorée avant lui, était attendu avec une légitime impatience par tous les amis de Texploration africaine.
Nous en avons présenté les principaux faits dans deux articles (!!"• année, p. 345, et ni""' année, p. 12), les lecteurs seront heureux de les retrouver accompagnés d'abondants détails, et relevés par une quantité d'illustrations et de cartes excellentes, dans les deux volumes su8*mentionnés, qui, nous Tespérons, seront bien vite mis à la portée du public de langue française.
Indépendamment de la description géographique du voyage à travers le Maroc des deux côtés de TAtlas, le premier volume renferme, sur les États marocains, leur industrie et leur commerce, sur T administration, les finances, les impôts, les dépenses, les affaires militaires, Tagriculture et rélève du bétail, enfin, sur les richesses minérales, des renseignements nouveaux importants à connaître.
Dans le second volume, Tauteur décrit, d'une manière très pittoresque, Timbouctou avec ses mosquées, ses bibliothèques, son . commerce de plumes d'autruche, d'ivoire, de corail, etc. ; cependant, dit-il, il existe, dans l'ouest du Soudan, d'autres villes d'une importance égale, sinon plus grande que celle de cette métropole, qui n'a plus aujourd'hui que 20,000 habitants.
Les observations relatives aux conditions physiques du Grand Désert nous paraissent de nature à intéresser particulièrement les lecteurs ; elles leur permettront de rectifier les opinions généralement erronées que l'on se fait sur le Sahara. Le D' Lenz y a trouvé des plateaux élevés au lieu de plaines unies, une grande variété de formes de relief au lieu d'une uniformité continuelle, une température moyenne de 30° centig. au lieu d'une chaleur intolérable, beaucoup de sources, même des rivières pleines d'eau au lieu de la sécheresse que l'on attribue d'ordinaire à cette région ; au milieu de mai, au centre du Sahara occidental, il vit tomber de la pluie et briller un arc-en-ciel. Dans la partie connue sous le nom d'Areg, il trouva, à Bir-Tarmanant , tout un réseau de sources, dont trois étaient profondes et sont permanentes, mais l'eau de l'une d'elles, réputée la meilleure, était un peu imprégnée d'hydrogène sulfureux. Cette zone de sources paraît commencer avec la dépression du Ouadi-Sous.
Quant à une grande cuvette centrale, dont M. Mackenzie, le promoteur des établissements anglais du cap Juby, se proposait de &ire une mer intérieure, pour atteindre Timbouctou plus facilement qu'à travers le désert, il existe il est vrai une dépression d'une certaine étendue marquée sur les cartes du nom de El-Djouf ; mais le niveau le plus bas atteint par le D' Lenz^ pendant sa traversée de cette partie du Sahara, est encore à "^120" et même 150*° au-dessus du niveau de la mer. S'il y a dépression, ce n'est que relativement aux parties élevées, aux plateaux qui caractérisent le Sahara central et occidental. Le désert n'est pas, selon l'explorateur, un ancien bassin océanique desséché, mais une formation de grès, désagrégé par des influences atmosphériques, et la vaste région de dunes de sables mouvants qu'il renferme, offre par elle-même un obstacle physique insurmontable à la création de toute mer intérieure. Les niveaux donnés dans la carte générale au Viooooooo» qui accompagne le premier volume sont de 353* au Ouadi- Sous, sur le versant nord du El-Djouf, et de 255" à Araouan, à l'extrémité méridionale de la dépression ; les altitudes intermédiaires ont été de 148» à 180" et même 190».
Dans le second volume sont données huit sections de l'itinéraire, au 7i 500 000) &vec indication de remarques générales ou détaillées, géologiques et topographiques d'un grand intérêt, et très utiles pour l'étude approfondie de cette exploration, l'une des plus heureusement accomplies, et des plus fécondes en résultats pour la science géographique.
 TRAVEES LE Sahâbâ. Les misslous du colonel Flatters, par J.-V. Barbier. Paris (libr. de la Société bibliographique), 1884, in-18, 175 p., avec carte. Fr. 1. — Il y a bien peu de choses nouvelles à dire sur les missions Flatters. Ce n'est que lorsque la France aura vengé les héros de cette sanglante épopée et qu'elle aura solidement établi son influence dans le Sahara central, que le projet de chemin de fer à travers le désert pourra être repris, et les faits nouveaux recueillis par les explorateurs, utilisés. M. Barbier a voulu, cependant, résumer, d'après les meilleurs documents, ces deux expéditions mémorables, et il l'a fait en géograïAe érudit. Le second chapitre qui analyse les résultats géographiques de la première mission, témoigne d'un travail considérable et d'une étude approfondie de la question. Sans doute il enlève au livre une partie de son caractère populaire, mais l'auteur n'a pas besoin de s'en excuser, car les amis de l'Afrique et les cartographes lui seront au contraire reconnaissants pour les données précieuses qu'il leur fournit sur la configuration, la constitution physique et les ressources du sol saharien.