PARIS
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Depuis soixante ans, l'Afrique a été le théâtre d'un grand nombre de voyages qui, à toutes les extrémités et dans l'intérieur de ce continent, ont amené d'importantes découvertes. La page blanche où si longtemps les géographes - écrivirent : terre inconnue^ se peuple de villes et de nations nouvelles. Des cours d'eau s'y dessinent, de grands lacs s'y révèlent, des montagnes y apparaissent avec leurs pics chargés de neiges jusque sous l'équateur. Enfin c'est un monde entier qui s'ajoute aux conquêtes de la géographie, et qui s'entr'ouvre ^» à l'industrieuse activité, aux influences civilisatrices des
nations européennes.
^ Cependant avec ses populations misérables, peu in- \ telligenles et peu laborieuses, l'Afrique sortira-t-elle
jamais de sa longue enfance? Verra-t-on un jour ses peuplés se dégager du chaos où, depuis tant de siècles, ils sont plongés, s'associer à la vie intellectuelle, à Tactivité, à la régulière ordonnance de nos sociétés, et compter enfin au nombre des nations civilisées? Cette question ne pourra être pleinement résolue que lorsque nos missionnaires et nos voyageurs, répandus sur la surface de cette grande terre, auront partout soulevé le voile mystérieux dont elle s'enveloppe encore. L'étude du territoire africain, malgré de notables et récents progrès, est loin d'être terminée; mais chaque pas fait dans la voie ouverte en ce moment par d'intrépides voyageurs nous rapproche de l'époque où des notions certaines et complètes sur l'Afrique auront pu être recueillies et classées par la science européenne.
Jusqu'à la fin du dix-huilième siècle, l'Afrique intérieure resta à peu près inexplorée. Les anciens ne connurent guère du continent africain que l'Egypte, les régions vaguement désignées sous le nom d'Ethiopie et le littoral méditerranéen. Le moyen âge accumula les révolutions sur les rivages septentrionaux de l'Afrique sans rien ajouter à nos connaissances géographiques. Enfin les heureuses expéditions de Barthélémy Diaz et de Vasco ue Gama vinrent compléter des notions lentement recueillies sur le rivage africain, et les né^ons maritimes ne tardèrent pas à couvrir de leurs comptoirs
rimmense littoral. L'intérieur du continent devait-il seul échapper aux investigations des voyageurs, et ne pouvait-on acquérir enfin des connaissances précises sur ces nations, sur ces villes, sur ces fleuves dont les noms ne parvenaient à l'Europe qu'environnés de fables et de mystères? Résoudre, en indiquant les sources du Nil, un problème aussi vieux que le monde, descendre jusqu'à son embouchure le grand fleuve de la Nigritie, marquer la position de Tombouctou, visiter dans le Soudan un grand lac dont l'existence était vaguement signalée, tels furent les premiers vœux de la géographie. Le sentiment de curiosité qui venait de naître, encouragé par les espérances du commerce et secondé par l'esprit d'aventures qui caractérise les peuples de l'Europe occidentale, donna la première impulsion à ce grand mouvement d'explorations et de voyages qui a fait tant de nobles victimes, mais dont nous voyons le développement extrême, et dont les prochaines générations seront sans doute appelées à recaerllir les fruits.
Au prix de quelles souffrances s'accomplirent ces conquêtes de la géographie en Afrique, le sort de la plupart des voyageurs l'a assez fait connaître, et ce n'est jamais sans une émotion profonde que l'esprit se reporte à ces aventureuses entreprises auxquelles Houghton, Mungo-Park, Hornemann, Oudney, Clapperton, Laing*, Caillié, Landeret tant d'autres ont attaché leurs noms
tristes et glorieux. On a trop de fois redit ce qu'il fallut à ces nobles voyageurs de dévouement et de courage opiniâtre pour qu'il soit nécessaire de le rappeler ici. Nous nous proposons simplement de retracer les résultats des dernières explorations dont l'Afrique a été le théâtre.
Si ce continent a si longtemps échappé à nos investigations, c'est son étrange conformation topographique qu'il faut surtout en accuser. On comprend quels obstacles une masse compacte, qui n'est découpée par aucune mer extérieure, doit opposer à l'exploration. Ainsi, lorsque les étrangers ont voulu pénétrer au sein de cette terre que la nature semblait s'être plu à rendre inaccessible, leur a-t-il fallu, plus que partout ailleurs, se grouper autour des lacs et suivre le cours des fleuves, chemins longs et périlleux, mais les seuls qui pussent ouvrir devant eux de vastes espaces. Les expéditions européennes se sont partagé l'Afrique comme par bassins. L'expédition anglo - germaine de Richardson, Overweg, Bartli et Vogel a silloimé en tous sens les régions qu'arrosent le lac Tchad, le Niger et la Tchadda, pendant que MM. Livingston, Galton, Andersson s'appliquaient, dans leurs aventureuses excursions à travers l'Afrique australe, à relever la vallée du Chobé (Zambèze supérieur) et à reconnaître le lac N'gami et ses affluents. Les voyageurs Speke et Burton pénétraient à pe^i de dis-
tance, au-dessous de Véquateur, dans une région arro sée par des grands lacs, ^n même temps un Améncain, d'origine française, M. de Chaillu, consacrait plusieurs années à Texploration des régions de Téqualeur même, et en rapportait une des plus riches moissons qu'ait jamais recueillies, dans cesterres inconnues^V histoire naturelle. Le haut Nil a vu, de son côté, nombre d'expéditions qui toutes se proposaient d'éclaircir le mystère de son origine, et qui semblent toucher à leur terme. Arrêtonsnous à ce dernier ordre de problèmes. Xes difficultés opposées aux explorateurs du Nil, et qui nous amèneront à parler des derniers résultats obtenus dans l'Afrique équatoriale, suffiront pour montrer dans toute leur diversité les conditions imposées aux voyageurs européens en Afrique.
Je crois ulile de donner ici, comme je l'ai fuit pour mon précédent ▼olame, VOcéanie nouvelle, la liste des ouvrages à l'aide desquels j'ai rédigé celui-ci :
Bulletin de laSodétéde Géographie de Paris , 1850-1862. Nouvelles Annales des Voyages, par M. V. A. Malle-Brun, 1850-1862. Journal oftheroyalgeograp/Ucal Society offjondonj and Procèdings, 1850-1862.
Church missionary Intelligencer, 1858-1862.
MittheHungen aus Justus Petermann, 1855-1862. Zeitschrift for Allgemeine Erdkunde, 1855-1862.
U Nil et leSoudariy 1 vol. in-8% par M. Brun-RuUet. 1857.
iMke N' garni or Explorations and Discaveries durig four'yearê
wanderingin the wilds of South-Wester African, by G. Andersson.
1 vol. in-8% Lond., 1856.
Okavango river, par le même. In-8*>, 1861.
Narrative ofan exploring Voyage up the rivers Kwora and Binue
( Niger and Tchadda), by doct. Baikie. 1855.
Five years ofa Huniers life in the /&r interior of South Africa, by
Gordon GumiDing.
Travelê and Discaveries in North and Central Africa, 1849-1855, by
H. Bartb. 6 vol., Lond., 1857.
I^e Désert et le Soudan, par M. d'Escayrac de Lauture. In-8'», Paris,
Three Visits to 'Madagascar during the years, 1853-1856, by W. Ellis.
Lond., 1858.
The îjake régions of Central Africa, byR. Burlon. 2 vol. in-8«, Lond.,
The Gorilla country Explorations in parts ofEquatorial Africa, bydu
Chaillu. in-8% Lond., 1861.
EgyptCy Soudan and Central Africa on tlte White Nile^ by Pelherick.
Lond., 1800.