‹ L'Afrique nouvelleChapitre 222 sur 265 · AVENIR POSSIBLE DE MADAGASCAR · texte numérisé non relu

AVENIR POSSIBLE DE MADAGASCAR

Au milieu de circonstances si défavorables à des races entières et quand des milliers d'êtres humains s'éteignent sans postérité chaque jour, ce n'est pas sans intérêt que Ton voit une de ces familles, plus prudente et mieux favorisée, opposer quelque résistance à nos terribles invasions. La société malgache a d'ailleurs plus d'un titre à notre compassion et même à nos sympathies : non-seulement elle est intelligente et curieuse, mais de plus elle a eu le bonheur d'échapper à l'islamisme; la polygamie, bien que tolérée en principe, n'y a pas prévalu; elle n*a pas de harems, et se montre sur tous les points bien supérieure au Ouâday, au Bagirmi, au Bornou, à toutes les sociétés que nous avons vues dans le Soudan. Les femmes y sont traitées avec des égards que l'on ne s'attendrait pas à trouver sur la terre malgache ; les attentions du prince royal pour sa femme, son respect pour sa mère, la tolérance même avec laquelle la farouche Ranavalo laissait son fils témoigner ses prédilections pour le christianisme, sont autant de traits remarquables qui indiquent des instincts de dignité et d'élévation.

L^imitation de l'Europe n'est pas tombée non plus dans une grossière parodie, et il y a là une société encore enfantine, mais non pervertie, chez laquelle le temps, si on le laisse faire, pourra accomplir son œuvre aussi bien qu'il l'a fait ailleurs. Un jour, dans un de ses entretiens avec le prince royal, M. Etlis lui disait que l'Angleterre fut jadis moins civilisée que ne

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Test aujourd'hui Madagascar, et que c'était graduellement, dans une longue série de siècles et à travers de laborieuses vicissitudes, qu'elle était montée au rang qu'elle occupe aujourd'hui. Le missionnaire avait raison : il y eut un temps, qui n'est pas bien éloigné, où cette Europe si fière de sa civilisation était inculte et grossière. Il suffit de se reporter à douze siècles en arrière dans notre propre histoire, au temps où les Germains se partageaient les lambeaux de l'empire, et abaissaient la civilisation de Rome au niveau de leur barbarie. Ces hommes cependant sont nos ancêtres, et c'est le temps qui les a graduellement relevés. De tels exemples devraient nous rendre plus indulgents et plus patients à Tégard des pauvres sauvages, surtout quand ils témoignent à la fois de l'intelligence et de la bonne volonté.

Ranavalo a été la femme des circonstances; elle a eu, comme par intuition, le sentiment de la politique qui convient à Madagascar. Radama P' avait plus d'aménité, plus de penchant vers TEurope; c'est lui qui a aboli la traite : il a imposé des lois de tempérance, et il accueillait avec une grande faveur les inspirations du dehors; mais là même était le danger : il allait se jeter sans défiance dans les bras de maîtres qui font payer chèrement leurs leçons. Le futur héritier, Rakout-Radama, ^h a après M. Ellis, nous avons bien saisi les traits de son caractèfe, peut inspirer les mêmes craintes. Et que on ne pense pas qu'en excluant les étrangers, Rana-

o 3it pu fermer son île à de salutaires influences de

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dcveloppcmcnl inlelleciuel et d'amélioration sociale. La civilisation, ainsi comprise, se répand avec une force irrésistible, et va par \in courant régulier, comme le gulf stream^ chauffer les plus lointains rivages ; mais il faudrait qu'elle y pût pénétrer graduellement, et en se met* tant pour ainsi dire à la température de l'atmosphère environnante. Ranav«ilo ne le voulût-elle pas, ses procédés, ses avantages, s'infiltrent lentement autour d'elle, et à ce travail la France prend une part utile et retrouve son rôle civilisateur mieux que si elle envoyait ses vaisseaux de guerre. Elle n*agit pas collectivement, mais quelques-uns de ses enfants travaillent pour elle : c'est ainsi que le jour où M. de Lastelle entrait dans Marseille avec une cargaison amenée de Tamatave et remportait DOS produits jusque dans Antananarive,il faisait plus pour les relations de la France et de l'ile africaine qu'une expédition militaire. Sans doute les marchands et les aventuriers, qui jettent des regards de convoitise partout où il y a une terre à conquérir et de l'argent à gagner, trouveront ce procédé lent et peu profitable; ils lui préféreraient la conquête expéditive, qui, après la Tasmanie, dépeuple la Nouvelle-Zélande; mais ils ont assez abusé, pour leurs satisfactions égoïstes, des mots progrès et civilisation, nous avons mieux en ce moment à envisager que les intérêts de leur trafic : il s'agit du salut de la race humaine qui possède Madagascar^ Depuis que ces pages ont été écrites, la reine Rana-

valo est morte au mois de septembre 1861. Le prince

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