CHAPITRE XX
Esquisse de l'histoire géographique de l'Afrique. — Les nègres sont-ils susceptibles de civilisation? — État intellectuel du nègre. — Légendes de malédiction. ^- Moyens d'amélioration. — Rôle de la France en Afrique.
Nous Tenons de voir combien ces nombreux voyageurs qui se sont pressés en Afrique pendant ces dernières années, l'interrogeant par tous les bouts à la fois,on( faitavancer les questions longtemps obscures que nous présentait ce continent vaste et mystérieux. Après avoir écouté leurs récits et suivi les vicissitudes de leur vie aventureuse, il ne sera pas sans intérêt de faire un retour vers ce qui a élé fait, de regarderce qui reste à faire, et d'en peser, autant qu'il est permis, les résultats présents et futurs.
L'ensemble des tentatives qui se sont proposé pour but la connaissance de TAfrique intérieure peut être partagé en trois périodes. La première s'étend de l'antiquité à la fin du dix-huitième siècle ; c'est un temps d'exagérations, de merveilles et de fables, où le peu de notions utiles et estimables que l'on ait possédées procédait encore d'Hérodote, de Slrabon et de Ptolémée, car rien
r- PÉRIODES DE LA GÉOGRAPHIE AFRICAINE. ' 555
n*égale l'incurie des Portugais, indignes successeurs des anciens sur celte terre où ils ont trouvé leur ruine pour n en avoir voulu tirer que des profits malériels. Si Ton interroge ceux de leurs missionnaires qui ont écrit des relations et si on leur demande des renseignements positif sur les régions dans lesquelles ils ont eu la faveur de vivre, ils répondent merveilles et miracles, racontant qu'il y a des montagnes d'argent, des lacs de bitume, et qu'une reine du Congo jetant ses filets dans une rivière en a retiré quatorze monstres moitié femmes et moitié poissons. Cette période de TAfrique fabuleuse et primitive a son expression dans la carte du savant d'Anville, sur laquelle à côté de grandes places blanches s'allongent quelques chaînes de montagnes indécises, quelques cours d'eau incertains, et se dressent presque autant de points d'interrogation que de légendes.
Mais Bruce se voue à la recherche des sources du Nil; Houghton précède Mungo-Park dans les régions de la Haute-Gambie et du Niger; Hornman s'élance dans ces profondes et sombres contrées du Soudan où il doit trouver la mort : une ère nouvelle s'ouvre pour l'Afrique, ère féconde que Clapperton et Lander ont fermée il y a trente ans en nous faisant connaître l'existence du Tchad et les embouchures du Niger.
A la suite de ces voyageurs, de leurs compagnons et de tant d'aulre$, dont la longue Uste est connue, se présentent les explorateurs de la période actuelle, dont nous
avons essayé de retracer les travaux en les montrant