LA REGION DES MONTAGNES
gelés. Le Kilimandjaro a la tête ordinairement enveloppée dans les nuages.
M. Rebmann s'avança au delà de cette montagne, digne rivale des plus hauts sommets du nouveau monde.
Les monts du Taïta ont de quatre à six mille pieds d'élévation, leur pic culminant est appelé Yerdiga. De ce point les montagnes s'abaissent par degrés en allant vers l'ouest pour se relever ensuite brusquement et former la chaîne glacée du pays de Tagga. Au delà du Kilimandjaro coulent les rivières Laomi et Gôna, qui paraissent rejoindre le Lofiith, ce grand cours d'eau qui se jette dans l'Océan à la côte de Zanguebar, et dont jusqu'ici on n'a guère connu que l'embouchure. Toutes les eaux qui arrosent les contrées visitées par M. Rebmann sont alimentées par les neiges de la montagne, et par conséquent très-froides.
La domination portugaise, circonscrite aujourd'hui à quelques points du rivage, pénétra jadis jusque dans cette partie de l'Afrique, et le voyageur a retrouvé, non loin du Kilimandjaro, plus à l'ouest, les ruines d'un fort, des débris de canon, et une inscription en langue portugaise.
Les habitants du Tagga pourvoient par la chasse aux principaux besoins de leur existence, et laissent leurs femmes cultiver la terre. Ils récoltent du riz, recueillent la sève du palmier pour en faire du vin, et quelques-uns d'entre eux exploitent les minerais de fer qui sont la grande richesse de leurs montagnes. De Mombas au Ki-
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limandjaro, la distance est de soixante-quinze lieues en ligne droite.
Quelques semaines après cette première excursion, dont la durée fut d'un mois et demi environ, le docteur Krapf partità son tour, en juillet 1849, pour TOusambara, vaste pays montagneux autour duquel le Loffith paraît circuler. Ce voyageur se dirigea sur Madjamé, qui est le point le plus occidental du Tagga; il suivit de profondes vallées au fond desquelles coulent, même dans la saison sèche, des torrents perpétuels entretenus par la fonte des neiges, et après une marche de plusieurs journées il put vérifier la belle découverte de son compagnon. Le Kilimandjaro, selon les observations de ce nouvel explorateur, se partage eu deux sommités, distantes de dix ou douze milles. Celle de Test est la moins élevée, et se termine par plusieurs pics. Celle de Touest est considérable et se termine par un dôme immense; elle est constamment chargée de neiges.
Dans ce même voyage, M. Krapf, remontant vers le nord, a fait la découverte d'une seconde montagne qui, dit-il, est plus étendue et plus élevée encore que le Kilimandjaro. On l'appelle Kenia ou Kignea, suivant une orthographe plus récente. Les rivières Dana et Sabaki, qui se jettent dans l'océan Indien, y prennent naissance, et c'est de là aussi que découlent peut-être bien les sources qui forment le Nil à sa partie supérieure. Les habitants de la contrée au sein de laquelle s'élève cette montagne ont affirmé à M. Krapf que dans l'ouest et à une distance
LE PAYS D'OLSAMBARA. 55
assez rapprochée du Renia, il existe un volcan allumé. Au nord, c'est-à-dire très-près de Téquateur, se trouve un lac. Les difficultés de toute nature que M. Krapf rencontra dans cette expédition, qu'il accomplit au moment où les Gallas et les Ouâkuafi étaient en guerre, Tempechèrent de s'engager plus avant dans l'intérieur du pays. Il s'efforça de recueillir quelques notions sur les régions où il ne pouvait pas pénétrer, et apprit que dans l'ouest existaient de grands lacs qui, pour la plupart, sont navigables. Dans plusieurs localités, il entendit aussi répéter un fait singulier, qui déjà lui avait été rapporté dans le Choa, et qu'il avait accueilli comme une fable : c'est l'existence de pygmées hauts d'un mètre à un mètre trente centimètres, et auxquels les indigènes donnent le nom de wabilikmo. Ils viennent quelquefois, lui dit-on,' au confins de TOusambara pour échanger dufcr contre les verroteries. Les Niams-Niaras ne sont pas, on le voit, les seuls êtres merveilleux dont il reste à vérifier l'existence. Dans le désir d'étudier les faits géographiques qui avaient pu échapper à son premier examen, le docteur Krapf entreprit, au commencement de 1852, un second voyage au pays d'Ousambara. Il obtint de Kméri, roi de cette contrée, la permission d'y pénétrer, et celui-ci même l'envoya chercher par plusieurs de ses hauts fonctionnaires à Pangani, petite ville du rivage qui relève de son autorité, ainsi qu'une grande partie de la côte faisant face à l'île de Zanzibar. Le district de Pangani est arrosé par une rivière qui porle le même nom, et qui