CHAPITRE V
DEMMI^BS BXPI.OBATIONS DE L* AFRIQUE APSTRAUi.
LeZambèse. — Produils de ses bords. — Le lac SbiFwa. — L'ancien lac Naravi ou Nyassa. — La rivière Shirc. — La ca.taracl€ Victoria. — Le Rowuma. — Le Suédois Ândersson dans l'Okavango. — Les voyageurs Ilahn et Rath sur TOwanipo.
L ^infatigable Livingstone a continué, dans ces dernières années, d^accomplir, au milieu des régions avant lui inconnues de l'Afrique australe, la mission qu'il s'est donnée: reconnaître les faits topographiques, particulièrement ceux qui appartiennent au bassin du Zambèse et porter au sein des populations les améliorations de la morale et de la religion. Il ^st juste de dire qu'il a renconlré beaucoup de tribus qui se sont montrées dociles à ses enseignements. En juin 1858, le hardi investigateur, quittant Tile de rExpédilion", située dans le delta du Zambèse, remontait ce grand fleuve; il a démontré qu'il était navigable danstoutesles saisons de Tannée. Les marécages du delta sont malsains^ mai^tout le cours moyen et supérieur du fleuve est d'une grande salubrité*
96 LA RIVIÈRE SHIRÊ.
La contrée est fertile ; elle produit un coton qui peut rivaliser avec ceux de TEgypte et des Etats-Unis. La canne à sucre y croit sans culture. Sur un affluent du Zambèse, le Shiré, Texpédition a découvert un lac important que Ton appelle Shirwa. Il est enveloppé de montagnes, à une altitude de six cents mètres au-dessus de la mer ; il a une longueur de soixante kilomètres sur trente de large, et ses bords sont habités par la tribu des Manganga qui a le rare avantage de ne pas pratiquer le commerce des esclaves. Plus loin que cette tribu, de l'autre côté du Shiré, s'en trouve une qui poi*te le nom de Maravi, qui habite sur les bords d'un autre lac que M. Livingstone appelle Nyassa et qui n'est autre que Fancien Maravi. Ainsi se confirment chaque jour davantage les données peu considérables, mais exactes dii niôins, que nous avait transmises la géographie ancienne. Ptolémée plaçait à la côte orientale un lac qui Ggure sur la carie de d'Anville sous le nom de Maravi. Pendant dixrhuit siècles, la science en a, tour à tour, adniis ou nié l'existence; on le rangeait parmi les inventions fabuleuses, à côté des montagnes de la Lune. Or, ces montagoeî; de la Lune, voici que nous les tenons ell^s- mêmes ; ce lac Maravi, un missionnaire, lointain successeur de Ptolémée, le retrouve; seulement le géographe grec avait coipmis des erreurs en latitude et en longitude: assez. pardoiunables, si l'on songe que c'est lui qui fit, un des premiers, usage de ces mesures qui étaient de son. temps, une iû-; vèntion toute nouvelle. 5 •
COURS W SHIRÉ. 97
LeSbiré, que les Européens n*avaient pas visité jusqu'iei, est un cours d'eau important et rapide, einbarrassé souvent, comme la plupart des fleuves africains, de chutes et de rapides; cependant il parait qu'il possède des canaux et des passes naturelles qui permettent de' toujours y naviguer ; il est dominé, dans sa partie inférieure par une t^haine de montagnes dont un des sommets s'élève à douze cents mètres. Les Pot*tUgais seuls avaient déjà parcouru quelques parties de cette rivière, don sait que ce peuple a maintenu sur ses découvertes, pendant toute la durée de sa domination en Afrique, une ignorance systématique. Le Shiré se jelte dans le Zambèse, entre les lieux appelés Mazaro et Seuna. Quant au Zambèse, que Ton connaissait si peu naguère, il a été entièrement reconnu entre Quillimané et Tété ; son cours est interrompu en un lieu appelé Cavtavassa par une cataracte où il faut décharger les embarcations et recourir au portage. Le district de Tété est ferlile etriche en métaux ; mais il a beaucoup à souffrir des inondations qui suivent la saison des pluies; aussi les indigènes exhaussent-ils leurs maisons sur un système de pieux, comme on le fait aussi dans l'archipel de la Sonde.
Au-dessus de ce district, il y a uil point appelé parles indigènes Mosiotunya,, ou le flfeuve interrompu', par une autre cataracte, à laquelle le voyageur a donné le nom de Victoria, prend des proportions extraordinaires et offre un spectacle d'une étonnante magnificence. Il a, en cet endroit plus de quatre-vingt-dix mètres de profondeur