LA LUTTE CONTRE LA TRAITE A SON FOYER I
aurait pu le soutenir? Mais ces perspectives étaient aléatoires, encore fort éloignées sans doute, et la Conférence ne pouvait à cet égard que remettre à l'avenir la solution des problèmes qui dépendaient de l'avenir. La tâche qui s'offrait d'emblée à elle était immense : c'était cette tâche qu'il fallait urger, — sans que la Conférence, comme le rappelait M. le vice-amiral de la E,oncière-le Noury, entendît pour cela « exclure toute action autre que la sienne », sans qu'elle prétendît entraver ce que M. de Semenow appelait « la marche naturelle des événements (i) ».
Par un côté important et nettement défini, l'entreprise nouvelle donnait la main à une série de mesures depuis longtemps à l'ordre du jour des États civilisés. La suppression de la traite avait été visée dans divers actes diplomatiques, depuis le Congrès de Vienne. Mais il n'avait guère été question que de dispositions adaptées à la répression de la traite sur mer. La Conférence de Bruxelles, sur l'initiative du Roi, posait le i)roblème de la lutte à engager contre ce fléau à son foyer
(i) Conférence géographique de Bruxelles, Compte rendu, pp. 14 à iG.
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d'origine et sur les routes des convois d'esclaves.
Il n'est pas sans intérêt de rapi)eler comment le Roi des Belges, dès le G novembre 187G, caractérisait devant l'Europe un état de choses dont la constatation devait, quelque douze ans plus tard, enflammer si vivement l'opinion.
« L'esclavage, qui se maintient encore sur une notable i^artie du continent africain, » disait Léopold II clans la séance d'installation du Comité belge, « constitue une plaie que tous les amis de la civilisation doivent désirer voir disparaître.
» Les horreurs de cet état de choses, les malheurs des victimes que la traite des noirs fait massacrer chaque année, le nombre plus grand encore des êtres parfaitement innocents qui, brutalement réduits en captivité, sont condamnés en masse à des travaux forcés à perpétuité, ont vivement ému tout ceux qui ont quelque peu approfondi l'étude de cette déplorable situation, et ils ont conçu la pensée de se réunir, de s'entendre, en un mot de fonder une association internationale pour mettre un terme à ce trafic odieux qui fait rougir notre époque et pour