ACTE PREMIER
MAURICE
Il y a longtemps qu'elle est chez vous, Annette?
GENEVIÈVE
Vous me l'avez déjà demandé : quinze ans!
MAURICE
Je n'ai pas de mémoire, décidément.
GENKVIÈVE
Je vous l'écrirai.
■Je suis ennuyeux.
GENEVIÈVE
Oui.
MAURICE
Vous m'en voulez?
GENEVIÈVE
Non.
MAURICE
Alors, je vais boire.
GENEVIÈVE
(Un silence.
C'est cela. .
MAURICE
A quoi songez- vous?
GENEVIÈVE
Je songe que nous eussions pu rester de très bons amis.
MAURICE
Ah ! cela devait arriver.
r.ENEVIÈVE
Qu'est-ce qui devait arriver?
MALRICE
Quand je suis revenu sur mes pas, tout à l'heure, vous vous ôtes certainement dit et vous vous dites encore : « Voilà un bon jeune homme qui va me jouer la grande scène d'amour si je ne le congédie à temps ! »
GENEVIÈVE
Du tout.
MAURICE
Pardon, pardon, votre : « Que nous eussions pu rester de très bons amis » était net, précis, et exprimait clairement le fond de votre pensée. Eh! bien, ma chère amie, permettez-moi de vous répondre ceci : « Je ne suis pas du tout, oh! mais, pas du tout, le personnage que vous croyez. J'ai horreur de jouer les amoureux. C'est une idée qui ne m'est jamais venue, et qui ne me viendra probablement jamais. Que j'aie flirté avec vous, mon Dieu, quoi de plus naturel? Je suis galant, je l'espère du moins, et vous, vous êtes une femme charmante dans toute l'acception du mot.
GENEVIÈVE
Merci.