‹ L'âge de la pierreChapitre 1 sur 5 · ILLUSTRÉS · texte numérisé non relu

ILLUSTRÉS

AGE DE LA PIERRE TAILLÉE ANCIENNE ET DU MAMMOUTH (Type d’après les documents recueillis à Moustier (Dordogne), et les modèles du Musée d’Artillerie).

Les plus anciennes traditions de Phumanité se reportent à une

période lointaine, où, suivant l'expression de Luerèce, « le robuste conducteur de la charrue courbée n'avait pas encore paru ; personne ne savait dompter les champs par le fer, n1 planter les jeunes arbres, mi au sommet des vieux couper les branches avec la faux... Les hommes trouvaient la nourriture de leurs corps sous les chênes porteurs de glands, sous les arbousiers, dont pendant lhiver les fruits mûrs se teignent

en rouge... IIS ne savaient pas se servir des peaux ni se vêtir de la dé-

ouille des animaux sauvages. Ils habitaient les forêts et les cavités des ‘ D + U

montagnes ; ils abritaient sous les broussailles leurs membres crasseux, quand ils voulaient éviter les vents et la pluie... Leurs mains et leurs pieds étaient d'une admirable vigueur : ils poursuivaient dans les bois les animaux sauvages, leur lançaient des pierres, les frappaient de massues, en abaltaient un grand nombre, ne fuyaient que devant quelques-uns..…. C'était en vain que la mer soulevait ses flots irrités : elle

proférait des menaces impuissantes ; quand au contraire la rusée étalait

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paisiblement ses eaux riantes, elle ne pouvait séduire personne : l’art perfide de la navigation n'était pas encore inventé. » (Lucrèec, v. 950-1004.)

Gette période si bien dépeinte par le poète latin, c'est l’âge de prerre, dont l'archéologie moderne à pu reconstituer la physionomie générale.

. L'âge de pierre, tel que nous le connaissons aujourd’hui, se décompose d'une manière générale en deux âges secondaires : l’âge de la pierre taillée, l'âge de la pierre polie.

Le premier de ces âges est caractérisé paléontologiquement par la coexistence de l’homme avec un certain nombre de grands animaux d'espèces depuis lors disparues. C'étaient trois éléphants, deux rhinocéros, trois ours, un lion, trois hyènes, le cheval, divers bœufs, cerfs, antilopes, parmi lesquels l’aurochs, le mégacère d'Islande, le renne et le saïga, enfin de nombreuses petites espèces de carnassiers, rongeurs, ete.

Quelle énergie n'a-t-1l pas fallu au premier-né de l'espèce humaine. au premier homme fossile, en ces temps misérables, pour lutter à la fois contre les éléments et contre tant d'animaux mallaisants qui l'entouraient, sans autres armes que le boiset des pierres mal appointies! Les in- ‘struments en bois ont disparu, mais les pierres tallées nous restent. Dé-

couverts pour la première fois par John Frère,dans les alluvions de Hoxne (Suffolk) retrouvés par Boucher de Perthes dans celles d'Abbeville(Somme), enfouis avec les os d’éléphants et de rhinocéros, ces instruments en silex se présentent habituellement sous la même forme générale : un morceau de pierre plus ou moins allongé avec une extrémité épaisse et arrondie, tandis que l’autre à été rendue tranchante et amincie en pointe à l'aide de chocs nombreux produits par un pereuteur (fig. 4 et 2).

On admet généralement, depuis Boucher de Perthes, que ces pierres devaient être emmanchées suivant un procédé plus ou moins analogue à

celui que nos figures À et à mettent en évidence. L'homme utilisait

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AGESDE LAVPIERRE TAILLE E PERFECTIONNÉE ET DU RENNE (Types d’après les documents recueillis à Solutré (Saône-et-Loire) et les modèles du Musée d’Artillerie).

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rarement les os des grands animaux ses contemporains. Si nous nous occupons de l’homme lui-même, nous retrouverons dans son

ossature des traits qui le rapprochent des sauvages modernes de! l'Australie au même degré que son outillage. Sa taille moyenne, suivant

M. Hamvy, ne devait point dépasser 1,71, mais il avait les avant-bras

etles jambes relativement allongés par rapport aux bras et aux cuisses. Le crâne présentait un front fuyant; les arcades sourcilières étaient

proéminentes ; la mâchoire supérieure, avançant beaucoup, était ce

que l’on nomme prognathe : la mâchoire inférieure était au contraire

fuyante; l’une et l’autre se trouvaient: armées de dents volumineuses.

La capacité du cerveau était inférieure à celle des races actuelles, mais

demeurait bien supérieure à celle des singes les plus développés. Tels: sont les caractères que présentent les crânes humains les plus anciens

et particulièrement celui trouvé pres de Dusseldorf dans la grotte de Néanderthal (fig. 8). On suppose que les cheveux devaient être rudes et touflus, recouvrant le front assez bas ; la barbe devait pousser longue, inculte et désordonnée. Une peau d'animal grossièrement préparée recouvrail incomplètement les premiers initiateurs de la civilisation; cependant se douterait-on que le luxe commencçât déjà à poindre ? En effet, dès ces temps les plus reculés, des coquilles fossiles, des pierres naturellement trouées, servaient à faire soit des colliers, soit des bracelets.

Les premiers hommes n’habitaient point seulement les rives des fleuves où Frère, Ami Boué, Boucher de Perthes, et tant d’autres après eux, en ont découvert les restes. Un certain nombre de grottes recèlent aussi des débris de ces premiers âges de l'humanité, où sont confondus les ossements des grands animaux disparus avec des instruments de pierre, souvent identiques à ceux de nos figures, parfois aussi quelque peu différents dans leur fabrication. La grotte du Moustier, dans la vallée

de la Vezère, est le plus connu de ces abris de l’homme primitif.

Un peu plus tard, la même vallée servait d’abri à d’autres sauvages

d'un type beaucoup plus relevé, rappelant à certains égards par leurs

. mœurs les Peaux-Rouges ou les Esquimaux du nord de l'Amérique, mais

affiliés par les caractères ethniques au grand groupe méditerranéen occidental, dont les anciens Guanches des îles Canaries ont été les représentants les plus accentués.

Les principaux débris accumulés dans les demeures et les sépultures de cette seconde race d'homme fossile sont encore des silex taillés, affectant de préférence des formes étroites et allongées, couteaux avec ou sans soie d’emmanchure (fig. 9 et 6), appointis avec plus ou moins de soin (fig. 7 et 12), grattoirs à préparer les peaux, etc., elc.

A ces silex sont associés des instruments en os, relativement plus abondants que dans les gisements plus anciens. La figure # représente la restitution d’un type de pointe de lance de forme losangique, transversalement fendu, qui caractérise un groupe de ces cavernes habitées

-par l’homme et dont la plus connue est celle d’Aurignae. La fig. 14 re-

produit une sorte de harpon à barbelures longitudinalement excavées,

terminé par un bouton vers le manche, et qui caractérise un autre groupe de cavernes, dont celles des Eyzies sont demeurées les plus célèbres. Les os nombreux dedivers animaux montrent quela nourriture devait

être aussi abondante que variée. Il y a, à cet égard, une très curieuse

remarque à fre, c'estque chez l’homme préhistorique, comme chez les

peuples actuels du haut Nord, les os à moelle ont paru être l’objet d’une prédilection toute particulière. En examinant les fragments de ces os, on s'aperçoit que tous ceux qui ont été susceptibles de contenir de la moelle ont été cassés longitudinalement et que cette cassure a été pratiquée

sur les os encore frais.

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