ÉTOILE DES ROIS MAGES
Esprit des libertés, qu'en gerbes triomphales Emportaient hardiment tes nerveuses cavales;
Source des aspirations Vers l'Idéal commun nourri de ta pensée, Tu restes pour toujours, quoique l'âme blessée,
Comme un exemple aux nations.
O terreur des tyrans, mère crucifiée, Que des traîtres avaient un jour sacrifiée
Et clouée au bois d'une croix, Sur le penchant expiatoire d'un calvaire, Tu fus l'inspiratrice et la Déesse altière
Dont on sut écouter la voix.
Donc, pour être montée au firmament du Rêve, Vers les pays lointains où ton esprit s'élève,
Vers d'immatériels sommets; Pour avoir inspiré la brillante épopée -Qui fit ton nom plus pur qu'une lame d'épée,
Et que tu ne souillas jamais;
Pour avoir défendu les sillons de la terre, Dont le froment nourrit ta force héréditaire,
Contre des ennemis mortels; Pour les avoir traînés dans la boue et la honte; Et pour avoir, brisant toute entrave qui dompte,
Créé des rythmes éternels,
Sans craindre la tourmente aux vagues déferlées, Où tu passas vibrante au milieu des mêlées,
Nous t'adorons, ô France, nous, Les fils toujours soumis qui, des rives lointaines, Partageons avec toi tes luttes et tes peines,
Tes triomphes et tes courroux.
Astre des belles nuits, Étoile des Rois Mages! Malgré tous les malheurs passés et les nuages
Dont ton grand ciel dut se couvrir, France frappée au cœur, marche, poursuis ta course, Flambeau des temps vécus, puits de science, source
Du Beau qu'on ne saurait tarir!
Car, ainsi que la terre émergeant de l'espace, Produit d'un feu divin et d'un rayon qui passe
Sur l'obscurité du chaos, Se transforma dans l'or de la blanche lumière, Radieuse dans son éclosion première,
Et marcha depuis sans repos
A travers l'infini des âges millénaires,
Tu t'en iras comme elle, ô France, vers des sphères
Où trônent des soleils futurs.
Tu poursuivras ta route au milieu des rafales, Écrasant du talon tes antiques rivales,
Ces aigles aux regards impurs.