‹ L'âge difficile; comédie en trois actesChapitre 66 sur 81 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

comme on dit. Cela n'empêche pas leurs plaisirs d'être réels. Jamais, entends-tu bien ? jamais on ne jouit mieux de la vie qu'à nos âges. On a l'expérience du plaisir ; on le ^oûte savamment, minutieusement, — lentement...

CHAMBKAY.

Et pour cause.

VANEUSE, continuant.

On trouve de la saveur aux moindres choses; on ne laisse rien perdre des petits bonheurs qui llottent autour de nous; on sait voir, respirer, humer, frôler, aimer...

Oui, tout, excepté être aimé.

VANEUSE.

Nouvelle erreur, mon ami. Nous n'inspirons plu sions, c'est vrai. Mais passions — ou béguins — à part, crois bien qu'en général les femmes, — très malignes, — nous préfèrent aux jeunes gens. Et pas seulement parce qu attendent plus de notre libéralité : non; c'est très sincèrement et liés réellement qu'elles nous préfèrent, filles nous trouvent plus de prestige, de surface... et aussi plus de politesse et de douceur. Nous leurs faisons plus d'honneur, et nous leur inspirons plus de confiance. Nous flattons à la fois leur vanité et leur besoin d'égards et de considération, et même leur besoin de romance, car nous, nous sommes encore sentimentaux... Enfin, je t'assure qu'elles aiment les vieux, (urand gesto vers la saiie.) Demande-leur plutôt !

C11AMBR A Y

Parbleu! elles sont payées pour gai

VANEUSE.

Mais non, mon ami, pas tant que tu crois... Pour peu que nous soyons bien tenus, pas dégoûtants, ne crois pas qu'elles aient à s'efforcer. C'est de très bon cœur, spontanément et pour leur plaisir — je sais ce 'que je dis — qu'elles sont gentilles avec nous. Si je pouvais te raconter... C'est étonnant, quand on a été formé par quarante ans de fête, comme on finit par en recueillir les bénéfices !...

CHAMBRAY

Vieux scélérat !

VANEUSE.

Vieux! vieux! Encore un préjugé, mon ami. Quand je disais les vieux, tout à l'heure, c'est une concession que je te faisais. C'est à quatre-vingts ans qu'on commence à être vieux. Notre tige à nous, c'est l'automne, la saison charmante...

CnAMBRAY.

Oui, l'âge adorable où l'on découvre l'innocence des trottins, où les petites bouquetières s'adressent à vous de préférence, où les entremetteuses vous envoient leurs circulaires, ou bien, quand on est honnête, l'âge où l'on épouse sa cuisinière pour n'être pas seul... Pouah!

V AN B U SBi

Bah ! Tout ça, c'est vivre, après tout. Essayo, et tu m'en diras des nouvelles.

CHAMBRAT.

Toi, tu viens .!.• gagner au jeu.

oui, mon ami) «i même pai mal. Mais ce. n'eut pasca qui empêche M que 'y te die «litre vrai. Et, comme tu es

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