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L'Age du romantisme

Les Momnnents historiques de France paraissent par livraisons format grand in-folio, et comprennent six planches hors texte tirées en phototypie par la maison Peigné, de Tours, avec des notices illustrées pour chacune d'elles.

Ces notices sommaires, rédigées par Henri du Cleuziou, sont ornées de lettres et de culs-de-lampe empruntés aux détails d'architecture des monuments dont il est question, ou complètent, au point de vue du pittoresque et de la curiosité, notre splendide puhlication, en donnant quelques illustrations intéressantes sur les vieilles villes, lieux pittoresques où se trouvent nos monuments historiques. Nous publions également, en tête des notices, les blasons et écussons, en couleur or et argent, signalés dans le texte.

Chaque fascicule est enfermé dans une magnifique couverture en couleur, tirée oji chromotypographie par la maison Crété, d'après l'aquarelle de Giraldou.

Lorsqu'une époque ou un genre sera complet — Époque : xii' , xiii^, xvi'' siècles : Châteaux, Églises, Monastères^ etc., — un article spécial en résumera les tendances, eu donnera tous les caractères.

Des tables complémentaires, que nous publierons alors, serviront à faire un classement méthodique de toutes nos planches.

Les nécessités de notre œuvre nous forcent, jusqu'à ce classement définitif, à un semblant de désordre qui sera rectifié par la suite même de notre publication.

L'ouvrage paraît par livraisons à 10 francs. Les souscriptions sont de douze livraisons, mais peuvent, au gré des souscripteurs, être payables par trois, six ou douze.

11 a été tiré 30 exemplaires de cet ouvrage, signés, numérotés, sur papier du Japon, au prix de 20 francs la hvraison.

LES TROIS PREMIERES LIVRAISONS SONT EN VENTE

Pour conserver ces livraisons, nous aro/ts fait confectionner im carton spécial qae nous livrerons à nos abonnés ou acheteurs au fascicule, au prix de 2 francs.

n 1 vous ciiorciu'z << i>anteuil " clans le 0 « Dictionnaire des Artistes de l'École française au xix"^ siècle, peinture, sculpture, architecture, gravure, dessin, lilhograpliie et composition musicale... ' », vous trouverez : " Nantelil. Voy. Le Bœuf. » En 1831, en effet, n'existait que le frère, né en 1792, grand prix de Rome en 1817, et dont l'envoi (en 1822), Eurydice, piquée à la jambe par un serpent et courbant son joli corps sous l'impression de la douleur, était une œuvre ingénieuse et qui devai le conduire à l'Iuslitut.

..} t.tJTw. V.^UTE'O

I. ... Par Cil. Galiet, peiiilr.', 1831, in-S", orne de viyiieltes gravées par -M. Uesclianips; chez madame Vergues, libraire.

CÉLESTIN MNTEUIL

JJfintif ft «Ê>iaDfui-

Encadrement de Céles'.in Naii'.euil. Liiho^rapUie pour le Myosotis.

Céli'sliii - François Nanlouil (le iiôlro, et Lo Bœuf aussi, né à Rome, de jiairiils français, en 1813) n'était rien alors. Il avait débuté dans l'atelier de Ingres, probablement sous la protection de son frère, que celui-ci avait connu il Rome. Qui sait si ce n'est pas chez Ingros que fauteuil eut la première vision du Romantisme ? Ce maître avait eu parfois ses échappées ; il avait peint, un jour d'emportement, le Pape Pie VII tenant chapelle, qui est uu superlio morceau de peinture, et, un aiilre jour, mais moins heureusement, un Charles V, dauphin, entrant à Paris après l'expulsion du duc de Bourgogne, lequel semble une copie agrandie d'une miniature du XI v" siècle.

Mais n'insistons pas sur ces rapprochements. Céleslin Xauteuil sortit de l'alelier de Ingres, fut reçu à l'École des Beaux-Arts et s'en fit renvoj-er rapidement pour quelques gamineries. Il n'était alors fait (dans la jeunesse, car il mourut directeur de l'Académie de Dijon) ni pour les devoirs calmes et les concours policés, ni pour les plis du manteau d'Agamemnon tendu avec des épingles et les gris chloroliques des martyrs.

Il obéit à la sève de ses années printanières et s'enrôla parmi les chevelus.

Peut-être existait-il encore plus de passion pour le mouvement littéraire que d'attirance vers uu but de peinture bien défini dans ce qui le précipitait dans le Romantisme? Sans aucun doute Hugo lui révéla son propre génie. C'est ce que nous expliquerons aussi clairement que possible dans cette étude. Mais, dès l'instant, nous sommes fixés, ^'ous avons sous les yeux un portrait de A'anleuil, peint par lui-même en 1830. qui n'est point fait pour nous égarer '.

La coloration de ce portrait n'est pas vive, mais plutôt dans le goût de Véronèse, alors fort copié et étudié par la jeune école. Le jeune homme a, sur ses épaules élégamment tombantes, un vêtement vert à ramages, doublé de rouge et laissant voir le linge non empesé de la chemise à co! rabattu très court. Un collier de barbe toute juvénile encadre son visage un peu allongé, aux lèvres sensuelles, aux veux bleus grands ouverts sous le trait mince du sourcil. Les ciieveux blonds, séparés par le milieu, descendent docilesjusqu'an

Clair ('« lune. Fron'.ispice 4 reaii-forte poiir ie roœan de G. d'uce épreuve avau: h leiire. (Coll. Fh. B.)

1. Soit que la piMiilure ait poussé au noir, soit que Tli. Ci.iuliLT ait un peu exagéré, Nanteuil n'est point ici clair et lumineux, niais plutôt châtain.

CÉLESTIN NA.N Ti:ril.. 3

(ilir (les (ii'cillr.s. On seul bien (jiif l'urliste, s'élaiil vu l'ii i^m^ dans If gioupc rk\i;;uil des

Frontispice cl poriraii i l'eau-torto pour las œdVKs Je Victor Hugo. Fs;-sirail3 i'une éprauve avait la Icttrj. (Coll. Pli. B.)

musiciens des Noces de Caiia, l'aiinoiice avec 11110 coiiviclion sûre et ironique au.x. bourgeois glabre.s, cliauves el veiilripoleiils.

Quoique ce soil moins ilii peintre que nous nous proposons de parler ici que do l'aquafortiste, du vignettiste, de l'oriainal interprète des effets de noirs et de blancs dont la littérature usait avec emportement, nous rappellerons quelques traces de ses passages aux Salons'.

La Fuite en Egypte, au Salon de 183."? (il en a laissé, dans Y Artiste, vme eau-forte très franche) ne parait pas avoir intéressé la critique. Personne n'en parla.

Un critique bien informé le discernait pourtant dans les rangs, et le classait ainsi ' : « Nous avons la légion Raphaël et C" où M. Ingres porte rétendard. Le régiment Géricault, dont M. Delacroix est le colonel, compte MM. Louis Boulanger, Ary Scheffer, Eugène Devéria, do Triqueti, Schwiter, Decamps, Jadin, Iluet, Rousseau, Jeanron, Lessore, Mouchez, Fouquet. Célcstin jN'anteuil, Badin, Berlier, Poterlel, Biard... Ce régiment est divisé en petites compagnies, qui ont pour capitaines MM. Decamps et Jeanron. M. Saint-Èvre, qui a commencé par porter l'uniforme, s'est séparé du corps; il marche seul et il a raison... etc. »

A en juger par la technique du portrait de Nanteuil que nous avons sous les yeux, sa palette n'était pas abondante, ni son pinceau très hardi. Un goût dans l'arrangement, une certaine saveur originale, voilà ce qui s'y afiirme. Cependant la Fuite en Egypte, que nous citons ci-dessus, exposée à la suite du Salon par la société des Amis des Arts, fut citée pour « sa couleur très harmonieuse ». A la même exposition, on remarqua « un très beau dessin au crayon, représentant le vieux doge Marino Faliero et sa jeune épouse se promenant avec leur suite dans une gondole ».

Son talent s'est épanoui agréablement dans une publication d'à-propos, le Musée ', par Alexandre D. {Decamps, le frère de Gabriel, le célèbre peintre), une revue du Salon de 1834 à images, écrite avec énergie et tout à fait militante. Le Musée a pour frontispice une sorte de façade d'édifice soutenue par des colonnes torses et des figures de femmes.

1. Xanteuil, soit qu'il ait été refusé par les jurys, qui n'y allaient pas de main morte, ligure au Salon (le 1833 pour une FuUc de la Suinte Famille en Egypte et

des Vignettes pour différents ouvrages; imis seulement quatre ans après pour un Christ préchant le peuple, et une eau-forte, la Jolie fille de la Garde, qui lui valurent une médaille de 3" classe.

En 1839, un Mendiant; — 1840, l'Ermitage; — 1S4I, Intrrieiir de forêt; — 1842, une Source. 11 a lithographie cette composition gracieuse, mais de beaucoup moins d'elTet sur la toile que sur la jiierre. — 1846, Dans les vignes; — 1848, un Rayon de soleil (ce tableau est au musée de Valenciennes'. 11 obtint à ce salon une médaille de 2" classe, ainsi qu'en 1861 et en 1867. Nommé directeur de l'Académie des Beaux-Arts, en 1867, il fut décoré l'année suivante. Il était très républicain. La gène seule l'avait décidé à entrer dans l'adniinislration impériale. Nous n'avons guèrr à nous occuper des envois suivants, la veine romantique étant épuisée.

Je marquerai encore le Sang des géants, eau-forte pour le rare et précieux volume .des Sonnets et eaux-fortes, publié jiar Alphonse Lemerre en 1868, et plusieurs traductions des compositions de M. Bida, pour les Évangiles, dont M. Edmond Ilédouin a dirigé toute la partie artiste.

2. Salon de 1833. Causeries du Louvre, par X. Jal. Paris, Ch. Gossehn, 1 vol. in-8°, p. 213.'

3. On ne rencontre guère ce curieux volume, de formai iii-quarlo carré, que orné des reports sur pierre dus au procédé Delaunois. On en signale seulement trois ou (|uatre exemplaires avec les épreuves d'eaux-fortes de Delacroix, Paul Huet, Decamps, Barye, Feuchéres, Marillial, Eugène Jadin, Céleslin Xanleuil, etc.

Eau-forte pour Alberlus ou Y Ame et le péché, de Tb. GauUer

(Coll. Béraldi.)

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GELESTIN NANÏEUIL. 5

1cs(nic11cs soiil rilalic cl rAllcmagne, la Flandre el la France, l'Espagne, rÉgyplc et la (irèce. Dans le haut, ilapliaél apparaît dans un médaillon isolé, et sur uuo frise sont dessinés en pied le Yeronèse, Poussin, liubens, llolbcin, Murillo, Rembrandt, Albert Durer

Eau-fo.'lo pour Uun-Jarijal, dû Vicor Hugo. Fac-similé d'une ipreuve avant la Icurt. ^CoU. l'U. B.;

et Titien. L'aspect est un peu celui d'une fine tapisserie de la Renaissance dans les Flandres, en Ions clairs avec des fils d'argent et de vermeil.

Célestin Manleuil jouissait alors de toute sa vogue. On lui confia à composer la réclame gravée en lùle du programme d'une « Fête de nuit » qui se devait donner, le mercredi 14 janvier 1833, au théâtre Royal de l'Opéra-Comique. Il est certain que nos pères savaient apporter du pittoresque dans le divertissement. La gravure, annonce très tentante

de la sallo. se trouve décrite par le texte même de la brochure. « Cette Fête sera en action l'expression exacte d'un carnaval à Venise. Beaucoup de dames ont promis d'adopter le costume vénitien. La décoration de la Scène a été mise en harmonie avec les fraîches et élégantes pointures de la Salle. Elles représentent un salon somptueusement disposé pour le bal, et ouvert sur le golfe de Venise... »

Le golfe de Venise, figuré sur une toile do fnnd simulant par le haut imo vaste fenêtre à vitraux, était piqué par les falots de mille gondoles et les reflets de la lune sur la lagune.

« ... Un pont superbe sera jeté entre les avant-scènes. Le public circulera sous l'arche, et 40 musiciens en costumes de caractère, et conduits par Musard, exécuteront des quadrilles composés exprès pour la Fête. M. Dufresne exécutera des solos de cor à piston, et quarante choristes accompagneront de la voix les motifs des quadrilles. » Henry Monnier était chargé des " proverbes, scènes comiques et lazzis ». Les dames recevaient à leur entrée un bouquet « dont les enveloppes pourront être toute la nuit échangées contre des glaces. Reprise en nature (52c) des tableaux de Jane Grei/, de Crornivrll. de Napoléon an tombeau de Frédéric », et c'est surtout là que s'affirme le goût singulier des Romantiques pour les crânes, les cimetières, les évocations de squelettes et de gnùmes. Des » peintres d'histoire » s'étaient chargés du soin de cet arrangement. Loterie : douze lots sérieux et six lots comiques. Les décors étaient exécutés par Philastre, Cambon. Porcher et Devoir. Parmi les. innombrables révolutions qu'il a provoquées, il faut ne point oublier dans le dossier du romantisme celle du décor théâtral. L'entrée des Nonnes et le praticable du Cloître, par Ciceri, dans Robert le Diable, donnèrent le signal.

La fête avait lieu sous la direction générale de Clément Boulanger, jieintre (Tiiisloire. Le prix pour jouir de toutes ces attractions savamment artistes était fixé à 10 francs *.

Nanteuil a marqué avec esprit et gaieté l'aspect que devaient avoir les masques.

Nous avons dit déjà que ce fut à l'influence souveraine de Victor Hugo que Célestin Nanteuil dut l'aflirmation de son talent hors ligne de compositeur pour les vignettes, pour les frontispices de livres et pour des gravures d'une sincérité pleine d'originalité d'après le chef de son clan. Il ne lui devait point les moyens d'exécution. Or, par quoi s'aflirme l'œuvre d'art, quoi qu'en aient dit les pseudo-classiques, si ce n'est par la forme toujours augmentée du sentiment? Nous avons vu qu'il avait traversé l'atelier Ingres, et qu'il s'était assis sur les tabourets de l'Ecole des Beaux- Arts. Il ne fut jamais un dessinateur, dans le sens qu'on est convenu d'attribuer à ce mot. Il est facile de reprendre dans ses personnages des manques de proportions ou des contours peu épurés. Mais ce n'est point là un mode de critique qui explique ou qui provoque les jouissances. Il faut chercher dans chaque artiste de valeur les côtés par lesquels il affirme sa personnalité et les moyens qu'il possède de vous toucher à l'esprit ou à l'âme. Nanteuil est particulièrement un expressif. Il sait traduire ce qu'il a ressenti à la lecture d'un poème ou d'un roman, à la vue d'une scène de drame ou de comédie, avec une liberté ut avec un effet qui sont très l'ares en général, et qui, dans l'espèce, ont eu des imitateurs mais non des rivaux. 11 a usé avec la même désinvolture du crayon lithographique, que maniaient alors des maîtres tels que Charlet, Delacroix ou Decamps, et de la pointe de l'aquafortiste que personne ne manœuvrait alors

1. La jolie plaquette de programme dans laquelle je transcris ces singuliers renseignements porte au dos de la couverture un petit croquis de Henrv .Monnier : une jeune femme, en costume de soirée, qui attend et suit sur sa pendule la marche trop lente des aiguilles.

CÉLESÏIN NANTEUIL. ~'

avec celte habileté pittoresque. Un de ses amis, domeuré des plus fidèles, M. Armand Leleux. ayant appris d'un camarade, dont il a oublié le nom, les procédés du dessin à l'aide d'une aii^uillc sur le cuivre enduit de vernis noir, de la morsure par l'acide cl de la retouche à l'aide lir la nuilette, les lui communiqua. Célestin Nanteuil en a usé avec

Eau-tone pout /.■ l)a-n,n- j,,ur dun ajn.Uunnc, ds Victor Hugo. Fac-simile d'ace épreuve avant la lettre. (Coll. Pb. B.)

l'adresse la plus consciencieuse et presque toujours couronnée au premier coup par le succès, car je no connais point » d'états » de ses planches,.c'est-à-dire de ces essais que le graveur demande à l'imprimeur pour se rendre compte de ce que donne déjà son travail, et pour renforcer ou diminuer les effets du dessin ou de la lumière. Il n'existe donc de ses

planches que des épreuves avant la lettre, encore sont-elles d'une extrême rareté. Les amateurs qui les possèdent s'en glorifient, et ont raison; l'aciérage des cuivres n'ayant été inventé que de nos joiu's et dans un but tout commercial, elles sont bien plus brillantes que les tirages actuels dans les livres.

Nanteuil a gravé pour Acliille Allier (éditeur du Bourbonnais), la. 3Iurt d'itn rrligieux, un chef-d'œuvre de composition et de reiulu '. Un moine, étendu sur sa couche, va expirer et sei're le crucifix sur sa poitrine. Une jeune femme agenouillée, couronnée de roses et de lys, ailée, un collier de perles au col, habillée d'une étoffe damassée, le soutient, vue de dos et rappelant les anges de Rembrandt. Dans la rueile, un archange, le torse nu, brandit à deux mains une épée sur la tète du diable qui, à cheval sur le pied du lit, guette sans doute la sortie de l'àme. Des religieux, portant des cierges ou les mains jointes, assistent à ce drame dont la réalité plastique doit leur échapper. Cette pièce passerait pour belle et recherchable dans n'importe quelle école. Elle est d'un dessin très serré, et d'un système de travaux de pointe qui rendent, avec autant de sobriété que de vérité, les chairs, les vêtements de bure, les murailles frappées par la lumière ou s'enfonçant dans l'ombre.

Tout autour, en taçon de cadre, s'agite une bacchanale infernale, des squelettes qui s'amusent à tous les jeux et qui tourmentent des moines, des prieurs, par mille inventions diaboliques.

Cette planche est placée en guise de cul-de-lampe dans la publication du Boiirljonuais, à la fm de la notice consacrée à l'abbaye de Moissac. La page elle-même, de format in-folio, est embordurée dans un encadrement lithographie qui montre les supplices variés de l'enfer, au milieu de motifs ogivaux. La jeune école s'exerçait avec une ardeur inépuisable dans ces dessins où la raideur du moyen âge, fortement atténuée par la souplesse de la Renaissance, prenait un aspect singulier.

Célestin Nanteuil avait appartenu à ce que Théophile Gautier a appelé le « Petit Cénacle ». La vocation ne s'était point décidée tout de suite, et Gautier travaillait à l'atelier du peintre Rioult. La première de TIernani avait peut-être été l'occasion de ces amitiés. Pétrus Borel jouissait alors d'une importance légitimée par sa tenue sévère, ses convictions passionnées et la forme décidée de ses œuvres. Il avait été chargé, avec le doux Gérard de Nerval, de recruter « des Jeunes » pour cette première, dont la réussite devait avoir une importance et des conséquences considérables. Ce fut dans les ateliers surtout que se recrutèrent les compagnies, et que se distribuèrent les billets rouges, avec la griffe Jiierro (fer) que l'on retrouve aussi sur le faux-litre de quelques-uns des exemplaires dé la pièce.

Nanteuil fut noté parmi les plus passionnés. Il était grand, beau, souple, et aurait déchiré en pièces un Philistin récalcitrant avec bien de la volupté. Tel il avait été le premier soir, tel il fut à toutes les soirées suivantes, escortant jusqu'à sa porte de la place Rovale le ^laitre qui avait été menacé par lettres anonymes. Une amitié extrême s'était nouée entre Hugo et Nanteuil. Celui-ci savait la pièce entière par cœur.

Celte amitié eut des épisodes charmants :

Victor Hugo s'était passionnément épris d'une jeune actrice, M"° Juliette. Un con-

1. L'aquarelle orifrinate existe. Elle avait été placée par te baron Taylor dans un album qui appartient aiijourd'iiui à un grand amateur de romantisme, M. Pnrran. Elle est très travaillée et d'une couleur superbe.

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