‹ L'Age du romantismeChapitre 3 sur 18 · I. 'l'h. (iaiitiiT, Lis liilles Femmes de iuris · texte numérisé non relu

I. 'l'h. (iaiitiiT, Lis liilles Femmes de iuris

Roman sep:ejx

la rciiil plus propre aux sourires de la comédie qu'aux couvulsious du drame; lo nez est pur. d'une coupe iielte cl bien profilée, les yeux sont diamanlés cl limpides, peut-être Iroj) lapprocliés. défaut qui viciil do la trop grande finesse des attaches du nez;

la bouche, d'un incarnat humide et vivace, ~ ' ^^---=-7" reste fort petite, même dans les éclats de

la plus folle gaieté. Tous ces traits, charmants en eux-mêmes, sont entourés par un ovale du contour le plus harmonieux; un front clair et serein comme le fronton de marbre d'un temple grec couronne lumineusement cette délicieuse figure ; des cheveux noirs abondants, d'un rellet admirable, en font ressortir merveilleusement, par la vigueur du contraste, l'éclat diaphane et lustré.

<i Le col, les épaules, les bras soi\t d'une perfection tout antique chez M"° Juliette; elle pourrait inspirer dignement les sculpteurs, et être admise au concours de beauté avec les jeunes Athéniennes qui laissaient tomber leurs voiles devant Praxitèle méditant sa Vénus... ' »

Hugo avait galamment présenté l'ac- ,,.- .... trice au public qui lisait son drame, dans

une note adressée parliculii-remi'nl aux ''-■''«"« ; / 1 acteurs de province. » ... Et cet ensemble

est d'autant plus frappant dans le cas présent, qu'il y a dans Lucrèce Ilur/jia certains personnages de second ordre représentés à la Porte-Saint-Martin par des acteurs qui sont de premier ordre et qui se tiennent avec une grâce, une loyauté et un goût parfaits dans le demi-jour de leurs rôles. L'auteur les remercie ici ■. »

Pouvait-on résister à de tels remercîments? M"° Juliette, dans la réalité vraie, tout à fait médiocre, se laissa vaincre. Un soir, le poète dit à >>anteail qui. depuis la première de Heniani, eût assassiné pour lui sans remords : ■ J'ai un grand désir de quitter Paris, de vivre quelques jours en pleine nature. Je vous associe à mon sort. Il faut faire ce voyage à petites journées. J'ai choisi la Normandie. Nous aurons la campagne, puis la mer. Allez chez un tel (un loueur qu'il avait déjà pratiqué). Vous ferez avec lui un arrangement pour quinze jours, un cabriolet à trois places et un bon cheval, que nous méuag-erous. Nous nous arrêterons de ville eu ville. Vous irez à la Préfecture prendre un passeport pour moi, et un double passeport pour vous et votre sœur. Les frais seront en commun, mais voici pour régler

1. Elle s'altactia à la vie ilu ijuèle, et la lui lit douce et régulière |iresque jusqu'au jour de sa morl, sous le nom de M"""^ Drouel. Sa beauté, sa grâce avaient survécu à sa jeunesse.

2. Œuvres de Victor Hugo : Drames, V. Lucrèce Borgia. Paris, Eugène Renduel, lf(33, in-8°. Célestin Nanteuila gravé une eau-forte pour cette édition. Don Alphonse vient de vider la coupe remplie avec le flacon d'argent et regarde lixemeni Lucrèce qui verse à Gennaro le jioison contenu dans le flacon d'or. — Il e.xiste une eau-forte rarissime pour la scène des Cercueils.

J2 l'agiî: du romantisme.

l'acompte qu'exigera le loueur. » ^l'antenil, ivre de joie, avait dès le lendemaiu arrangé l'affaire. Jamais, disait-il, on ne pourrait s'imaginer ce que cette partie, en compagnie de la tendre Juliette avait donné de gaieté, de galanterie, d'esprit, d'éloquence au Maître. « Et tels étaient notre respect et notre idolâtrie, ajoutait-il, que jamais, jeune et souvent heureux que j'étais, je ne levais les yeux sur la compagne de voyage autrement que pour voir en elle « une sœur ». Et la maligne enfant riait à belles dents de ce r(Me !...

Mais tout finit, même les parties de campagne et l'argent qu'on emporte. A mi-cliemin, Kanteuil s'aperçut que sa bourse était vide. Il était la délicatesse même, et l'on réglait tous les soirs la dépense de la journée ! De Rouen, il vint à Paris chercher monnaie et obtint un acompte sur son eau-foi-te de la Jolir fillf de la Garde. ^lais quand on fut rentré à Paris, et qu'à la barrière Hugo, qui ne voulait point être \\\ dans un cabriolet ■< avec la sœur » de Nanteuil, dit : n Vous allez régler avec le loueur: voici la moitié de ce qu'il a à réclamer, » Céleslin fut pris d'un serrement de cœur. Il savait redevoir trois cents francs! Il alla, avec le cabriolet, chez l'éditeur de \s. Jolie fille de In Garde; chez un ami qui venait de changer de maîtresse; chez ini peintre, qui préparait son Salon : tous furent inflexibles... Ce ne fut qu au moment où il allait vendre le cabriolet pour payer le cheval, qu'il rencontra un amateur riche et aimable, son élève, et qu'il fut délivré de son mauvais rêve.

Par un singulier hasard, si cette partie marque le point culminant de .son dévouement pour le Maître, la Jolie fille de la Garde est aussi le chef-d'ceuvre de pointe dans son œuvre de graveur. Nous nous y arrêterons un instant.

i< La Jolie fille de la Garde. Chanl populaire du Bourbonnais. » Ce titre se lit au milieu d'une banderole portant deux écus chargés d'une tour, el à la devise : « Dieu seul la garde. » Les onze couplets descendent sur la droite, puis remontent sur la gauche, écrits en gothique :

<( Au château de La Garde il v a trois belles filles. — 11 y en a une plus belle que le jour. — Hàte-toi, Capitaine, — le Duc va l'épouser.

<< Dedans son jardin, suivi de sa troupe, — Il entre et la prend sur son bon cheval eris. — Et la conduit en croupe, — Tout droit à son loçis.

« Aussitôt arrivée, l'hôtesse la regarde. — Etes-vous ici par force ou par plaisir? — Au château de La Garde — Trois cavaliers m'ont pris.

« Sur ce propos-là, le souper se prépare. — Soupez, la belle, soupez avec appétit.

— Hàte-toi, Capitaine — voici venir la nuit.

<< Le souper huit, la belle tombe morte! — Elle tomlie morte pour ne plus revenir. — Au château de son père — Les cavaliers l'ont prise.

(( Nos bons cavaliers, sonnez vos trompettes. — Puisque ma mie est morte, sonnez piteusement. — Nous allons dans la terre — La poser tristement.

« De nos ennemis, n'est-ce point l'avant-garde? — Baissez la herse, nous nous défendrons ! — Cette tour, Dieu la garde. — Point ils ne la jirendront !

« Sire de La Garde, ouvrez votre porte ! Votre fille est morte là-bas dans le vallon. — Un serpent Ta mordue — Dessous son blanc talon.

(v II nous faut l'enlerrer au jardin de son jière.

— Sous des rosiers blancs, rosiers bien lleuris. — Pour mieux conduire son âme — Tout droit en Paradis.

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Ed. MONNIER et C'«, éditeurs, 7, rue de l'Odéon, PARIS.

FLEURS DU PERSIL

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