‹ L'âge ingrat: comédie en trois actesChapitre 29 sur 96 · ACTE PliEMIER · texte numérisé non relu

ACTE PliEMIER

belle-mère I. . Que Dieu pardonne à la mienne... Enfin, un joar on Ta demandée, cette séparation, et alors, bataille!... car mon mari aussi avait des parents dont la fierté se trouvait engagée... bataille I Et les interrogatoires, et les enquêtes, et les témoins, et les avocats, et les journaux... toute la comédie lugubre de ces faillites du cœur. Pendant un mois, tout le monde, entends-tu, tout le monde, le public idiot, bavard et avide, a fureté dans ma vie, a lu mes lettres, a interprété mes baisers, a piétiné dans mon alcôve... mes ignorances d'enfant, mes jalousies d'épouse, mes pudeurs de femme, on a tout fouillé, pillé, souillé, et devant tout le monde... on a déshabillé mon âme !

HENRIETTE

Berthe !

BERTHE

Et après cela, après cette victoire, où tout le monde est vaincu, que reste-t-il ? La joie malsaine d'avoir rendu douleur pour douleur, des griefs changés en offenses et des indifférents en ennemis; une feinme, ou plutôt un être hybride,' ni femme, ni fille, ni veuve, sans guide, sans but, esseulée, suspecte, dont la situation, en justifiant toutes les espéJ*ances,encourage toutes les insultes, et une mère qui vous dit : Mais moi, mon enfant, je te • reste... Si la mienne m'était restée encore.

HENRIETTE

Pardon, Berthe.

BERTHE

Et j'ai vingt ans!... Oh! cet homme! à qui on m'avait donnée sincère, crédule, aimante... ohl cet homme, je le déteste... Et maintenant il dit qu'il m'aime!... et il n'y a pas six mois!... ah! il veut venir, eh bien! qu'il vienne !

42 L'AGB INGRAT

HENRIETTE

Je t'en prie, Berthe, si j'avais sa...

BERTHE

Oai, pardon, j'ai tort... il ne s'agit pas de moi... Laissons cela... parlons de toi... oh! d'abord, je ferai tout... mais pas de séparation, ta m'entends. Et pas un mot à ta mère, ni à ton mari, tu blesserais sa vanité... Laissemoi faire moi et ne pleure pas... Il y a une femme, distu... probablement quelque coquette qui s'amuse à dégourdir Trissotin... C'est à elle qu'il faut s'adresser... c'est le seul moyen, vois-tu... mais ne pleure donc pas comme cela, marraine... je saurai qui c'est, je m'en charge. . et si on peut la voir, eh bien ! j'irai la trouver, moi... Je puis aller partout, une femme séparée! et je lui raconterai l'atfaire tout bonnement... Entre femmes... Si!... si!... cela m'amusera!... Et d'ailleurs elle ne doit pas y tenir beaucoup, elle te le renverra, va... ah! ce Marins... une Américaine, tu dis... une... attends donc... il y a six mois... et mon mari... donne-moi donc ce mouchoir. (Elle Ut les initiales.) J. W. et UUC COUronUC I... Ah!

par exemple, si c'est celle que je crois,, tu peux être tranquille, ^i^'irai la voir et elle me le rendra à moi !... Je te le promets !... Elle me doit bien cela!

HENRIETTE

Mais comment sauras-tu?

BERTHE

Mes renseignements?... Mon agence n'est pas loin.

(Apercevant Désanbiers.) Et, ticUS, la VOilà!... LaisSC-moll...

Mais plus de séparation, n'est-ce pas?... Tu m'entends.

HENRIETTE

Oui, Berthe!

fiERTHE, relisant les initiales.

J. W. Julia Wacker... c'est elle... je suis sûre que c'est

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