SCÈNE VII
CERNEVILLE , LARONCIÈRE.
CERNEVILLE.
Ah! pardon, monsieur, vous m'avez prévenu ; j'allais passer chez vous.
LARONCIÈRE.
Je viens vous dire qu'après avoir mûrement réfléchi, il m'est impossible de différer plus long-temps.
CERNEVILLE.
Je fais bon du déficit de Darmancourt.
LARONCIÈRE.
Vous payez les onze cent mille francs?
CERNEVILLE.
Six cent mille francs que j'emprunte, le reste à moi ; le tout en mandats à vue sur la banque.
LARONCIÈRE, bas.
Le mariage est certain. . . on ne fait pas de tels sacrifices, [haut) J'admire votre générosité. . . Je recevrai la somme que vous offrez ; mais je ne puis me dispenser de rendre compte. . .
CERNEVILLE.
Quelle nécessité ?
LARONCIÈRE.
Ce que vous faites pour M. Darmancourt, ne lave pas l'abus de confiance dont il s'est rendu coupable.
CERNEVILLE.
Lorsqu'on ne vous fait rien perdre...
LARONCIÈRE.
La même chose peut arriver eucore ; et vous ne serez pas toujours d'humeur. . .
CERNEVILLE.
En ce cas, monsieur, je retire ma parole. C'est son honneur seul qui me touche ; et si je ne le sauve pas en acquittant sa dette, il est inutile que je me dépouille.
LARONCIÈRE.
Les intérêts du trésor à couvert par vos offres, on peut faire grâce à Darmancourt de l'opprobre qu'il a mérité; mais je deviendrais coupable, si je lui confiais plus long-temps une recette.
CERNEVILLE.
Ainsi , vous lui ôtez sa place ?
LARONCIÈRE.
La lui laisseriez-vous?
L'Jgcnt du change. 3
CERNE VILLE
Ah! monsieur , je vous prie. . .
LARONCIERE.
\'ous avez de l'honneur, osez me le conseiller... ( Cemevillc baisse, la tête sans répondre). J'espère que vous distinguerez ce que je puis accorder et ce que le devoir m'interdit. J'accepte l'argent, je me tairai ; mais j'exige qu'il se défasse à l'instant de son emploi, sous le prétexte qu'il voudra.
CERNE MLLE
J'avoue qu'il n'est pas digne de le garder; mais son fils.. .
LARONCIERE
Son fils. . . qui nous en répondrait?
CERNEVILLE.
Moi.
LARONCIERE.
C'est beaucoup faire pour eux.
CERNEVILLE.
J'ai vingt moyens de m'assurer de lui.
laroncière , rêvant.
J'avoue que. . . je n'ai point d'objection personnelle contre le jeune homme. . . et dans le dessein où je suis de vous demander une grâce pour moi-même. . .
CERNEVILLE.
Je pourrais vous obliger !...
LARONCIÈRE.
Sur un point de la plus haute importance.
cerneville, vivement.
Tenez-moi pour déshonoré, si je vous refuse.
LARONC1ÈRE.
Puisque vous m'encouragez, je vais parler; Vous connaissez ma fortune; vous avez une nièce, elle m'a charmé! je l'aime; je vous demande sa main, comme la plus précieuse faveur. cerneville, stupéfait.
Vous me demandez mon Eugénie?
LARONCIÈRE.
Auriez-vous pris des eogagemens?
CERNEVILLE.
En vérité, ce n'est pas cela mais si vous la connaissiez
mieux.
LARONCIÈRE.
Je l'ai étudiée plus que ^ous nepensez.
CERNEVILLE.
Cette enfant n'a pas de fortune.
LARONCIÈRE.
Sur un mérite comme le sien, c'est une différence imperceptible.
cerneville , à part.
Comment sortir de ce nouvel embarras ?
laroncière.
Vous m'avez assuré que je ne serais pas rejeté.
cerneville.
Soyez certain qu'elle est trop honorée de votre recherche, et que l'obstacle ne viendra pas de ma part, mais
Vous me la refusez ?
cerneville.
Croyez que Ayant de vous répondre, il faut que je prévienne ma nièce.
laroncière.
Souvenez-vous que vous n'avez pas d'engagement.
cerneville.
Et l'affaire de Darmancourt?
LARONCIÈRE.
Dans une heure, nous en terminerons deux à la fois. (// sort. )
SGÉ3E VIII.
CERNEVILLE, Seut.
Il sort mécontent.... Le père et le fils sont perdus, s'il se croit refusé... et comment l'accepter ?