CHEZ L'HOMME ET CHEZ LES ANIMAUX
Un problème à résoudre. — Pourquoi les rapports sexuels ne sont pas constants. — Influence de l'âge des producteurs. — Les recherches de M. Boudin. — Observation de M. Bertillon père sur l'hyperpolyandrie en Norvège. — Les mariages jeunes chez les juifs. — Autres causes influentes. — La « performance » physiologique des parents. — La production des filles coïncide avec un meilleur état de la mère.
— Les époux trop jeunes engendrent des mâles. — Le cas des époux norvégiens. — L'hyperpolyandrie se manifeste quand les conditions procréatrices sont moins favorables. — Une observation de Quételet. — Les naissances chez les Européens et chez les esclaves au cap de Bonne-Espérance.
— Les Européens ont plus de filles. — Conditions défavorables d'existence des esclaves. — Une statistique de naissances en Autriche. — La proportionnalité des mâles est plus faible dans les naissances illégitimes que dans" les régulières. — Explication rationnelle de ce fait. — Les naissances aux colonies. — A Saigon, les unions de Français sont exagérément fécondes en garçons, celles de Français et de femmes métisses fécondes en filles. — C'est là un fait très normal. — Observations des éleveurs et des naturalistes.
— Faits rapportés par M. Girou de Buzareingues. — Expériences sur des troupeaux de moutons. — Elles confirment les observations faites sur la race humaine. — Le cas des brebis turgos. — Les expériences de M. Cornaz sur la fécon
fondation. — La maturation de tte théorie à la race juive. — m précepte religieux sur la pro-
*mais établi pour nous,
es races humaines, l'hy-
le générale.
groupes d'individus, il
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qu'il convient de résou-
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[es rapports sexuels ne 3S mêmes ? Quelles sont les modifier, et, parmi celles qui sont attribuanêmes ?
i reste, les hommes de de ces résultats anorils se sont efforcés d'en ionnelle.
Tout d'abord, Ton a remarqué que chez les individus de même race, la sexualité des produits semblait se modifier de façous différentes, suivant les conditions d'âge des parents.
Un sagace observateur, M. Boudin, comme conclusion à un travail sur « l'Influence de l'âge relatif des parents sur le sexe des enfants », travail adressé à l'Académie des sciences, écrit les lignes suivantes :
Il résulte de cette étude : 1° que le sexe masculin prédomine quand le père est plus âgé que la mère ; 2° que le sexe féminin prédomine quand la mère est plus âgée que le père ; 3° que les deux sexes tendent à s'équilibrer, cependant encore avec une légère prédominance du sexe féminin, quand le père et la mère sont du môme âge.
D'autres observateurs sont arrivés au môme résultat que moi, en faisant des recherches sur d'autres points du globe. Parmi ces observateurs, je me bornerai à citer M. Hofacker à Tubingen, M. Sadler en Angleterre, M. Gochlert à Vienne, M. Boulanger à Calais 1 .
4 Boudin. — De Vinfluence de Vdge relatif des parents sur
Et, dans un autre mémoire sur le même objet, mémoire communiqué cette fois à la société d'anthropologie, le même auteur appuie ses conclusions par des relevés statistiques effectués soit par lui-même, soit par d'autres démographes.
Mes recherches personnelles m'ont donné, pour 4.000 filles, les proportions suivantes de garçons :
Lorsque le père était plus jeune que la mère 910
— avait le même âge — 948
— était plus âgé — 4092
Les registres des naissances de la ville de Tubingen ont donné à Hofacker, pour 1,996 enfants produits par 386 mariages, la répartition ci-après :
Nombre de garçons pour 1000 filles.
>ère plus jeune que la mère
— du même âge que la mère
— plus âgé de 1 à 3 ans
— plus âgé de 3 à 6 ans
— plus âgé de 6 à 9 ans
— plus âgé de 9 ans et au delà 1437
le sexe des enfants. — Comptes rendus de V Académie des sciences, séance du 23 février 1863, t. LVI 1 er semestre, p. 353.
En France, le docteur Boulanger a fait des recherches analogues sur 6,006 enfants légitimes nés à Calais de 1833 à 1852, et provenant de parents domiciliés ou non dans cette ville.
Le résultat de ses investigations se trouve résumé dans le tableau ci-joint :
Nombre de garçons pour 1,000 filles.
Père plus jeune que la mère 1016
Père du même âge que la mère 1078
Père plus âgé que la mère 1090
En 1854 et 1855, le bureau de la statistique générale de France a trouvé, pour 5,311 enfants nés à Paris, la répartition sexuelle ci-après :
Nombre de garçons pour 1,000 filles.
Père plus jeune que la mère 975
Père du même âge que la mère 1021
Père plus âgé que la mère 1044 *
Pareillement, un statisticien émérite, le docteur Bertillon père, a constaté, d'après de nom-
Boudin. — De Vinfluence de Vâge relatif des parents sur le sexe des enfants; — Bulletin de la société d'Anthropologie, séance du 18 décembre 1862, p. 592 et 593.
breux documents officiels, qu'en Norwège, quel que soit l'âge de l'époux, si l'épouse a moins de vingt-cinq ans, les enfants qui naissent dans Tannée même du mariage donnent une hyperpolyandrie énorme, jusque 208 garçons pour 100 filles.
Quelles conclusions tirer de ces observations diverses au point de vue de l'explication de l'hyperpolyandrie juive, et, comme semblent l'admettre assez volontiers certains auteurs, faut-il y trouver la clef unique du problème ?
La loi juive fait un devoir à ses adeptes de se marier jeunes et considère le célibat comme coupable. C'est ainsi que, suivant Schimmer, comme le remarque M. G. Lagneau, la proportion des mariés juifs de moins de vingt-quatre ans est de 343 pour 1,000 au lieu de 176 chez les chrétiens. En Russie, comme il appert des recherches de MM. J. Bertillon, G. Lagneau, Johnson, H. Passy et Levasseur, on remarquerait le même phénomène. En chiffres ronds, sur 1,000 mariages juifs, 434 hommes et 608 femmes auraient moins de vingt ans, 263 hommes et 212 femmes auraient de vingt à vingt-cinq ans, quand catholiques, protestants
et arméniens-grégoriens ne compteraient que 82,66 et même 27 époux au-dessous de vingt ans et 316, 318 et 336 entre vingt et vingt-cinq ans. Eh bien, chez les Valaques et les Moldaves, où la masculinité se rapproche de celle des israélites, on se marie aussi jeune que chez les juifs.
De 1870 à 1871, sur 1,000 hommes qui ont contracté mariage, 115 avaient moins de vingt et un ans. De 1872 à 1875, plus de moitié, 565 avaient moins de . vingt-cinq ans '.
Si Ton s'en rapportait à ces seules indications, il semblerait que la solution de la question soit donnée d'une façon suffisante.
Mais, si Ton examine un peu plus à fond les choses, on voit vite qu'il ne saurait en être ainsi et que d'autres données que celles des âges respectifs des parents interviennent en l'affaire et y exercent leur influence propre.
De ces circonstances spéciales, la plus mani-
1 Debierre. — Quelques remarques sur les conditions ou les lois qui semblent présider à l'origine et au rapport des sexes, (lievue internationale des sciences biologiques), année 1883, avril, t. I", p. 347.
feslement importante est, sans contredit, celle résultant des conditions de bien-être, ou mieux de parfaite performance physiologique des êtres géniteurs. Du reste, il est de toute évidence que Tinfluence des rapports d'âge des parents n'est qu'une des formes de la mise en lumière de cette condition particulière de l'état physique des individus procréateurs.
Que voyons-nous en effet?
Si nous nous reportons aux observations des divers auteurs que nous avons rapportées tout à l'heure, nous constatons que, lorsque l'être femelle est en état de complet développement, alors même que le père n'a peut-être point acquis encore toute son activité virile, il y a tendance à la génération des filles ; si, entre les époux il existe des différences d'âge, plus elles sont accusées au profit du mâle, plus l'hyperpolyandrie tend à s'accentuer.
Semblablemont, du reste, quand l'époux est manifestement trop jeune, les qualités physiologiques de l'épouse ne sont plus suffisantes pour
la procréation femelle, et il y a surabondance de naissances mâles ; c'est le cas des mariages norvégiens constaté par le docteur Bertillon. Dans les pays du Nord, en effet, chacun sait que le développement sexuel est plus tardif que dans d'autres contrées plus voisines du soleil, et il est normal d'admettre que cet âge de vingt-cinq ans qui dans d'autres pays est pour l'homme celui du maximum d'activité procréatrice est ici encore assez fort éloigné de cette période particulière de son existence.
Il n'est donc guère besoin de beaucoup insister pour faire constater l'infériorité physiologique réelle des procréants, en ces derniers cas, infériorité provenait surtout du côté de l'homme, soit qu'il ait, — comme c'est le cas le plus ordinaire, — dépassé la période optima d'intensité procréatrice, soit au contraire qu'il ne l'ait pas encore atteinte.
De nombreuses observations, au surplus, semblent devoir confirmer cette thèse que la manifestation de l'hyperpolyandrie coïncide avec des
conditions procréatrices moins favorables et dépend, non seulement de l'âge, mais aussi des circonstances générales de la vie des individus.
De 1813 à 1820, rapporte M. Ch, Letourneau, un observateur, Quételet, a noté qu'il naquit au cap de Bonne-Espérance, chez les Européens, 6,780 filles et seulement 6,604 garçons, tandis que, durant le même laps de temps, il était né chez les esclaves 2,936 garçons et 2,826 filles *.
Il est manifeste que dans le cks de ces observations relevées par Quételet, les garanties de bien-être étaient tout à l'avantage des colons européens et non à celui des esclaves; de plus, il est encore infiniment probable que les colons étaient proportionnellement plus nombreux dans le temps de la période optima de faculté génératrice que les esclaves indigènes.
Les Européens, en effet, n'auraient point émigré en un âge relativement avancé, tandis que
1 Ch. Letourneau. — Article Hérédité, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 4 6 série, t. XIII, p. 153,
les esclaves étant autochtones devaient fatalement présenter, sous ce rapport, des variations beaucoup plus grandes.
Le docteur Bertillon nous apporte du reste un autre argument de réelle importance en faveur de cette manière de voir. D'après une statistique autrichienne portant sur un relevé de plus de quarante mille naissances, les garçons dans les naissances vivantes légitimes sont dans la proportion de 107,1 pour 100 filles, tandis que dans les naissances illégitimes, ils ne sont plus que 105,4 pour 100 i.
Ce fait de la diminution de l'hyperpolyandrie dans les naissances illégitimes vient bien corroborer l'opinion que nous développons en ce moment.
Les unions illégitimes, en effet, sont bien plus déterminées par les aptitudes physiques que les légitimes, où les conjoints sont tenus d'obéir à de nombreuses considérations sociales de
1 Bertillon. — Article Natalité du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. 2 9 série, vol. XI, p. 467.
famille, de fortune, de situation personnelle, etc.
Il est donc indéniable que, dans les unions libres, les procréateurs sont d'une manière générale en de meilleures conditions de valeur physiologique que dans les mariages réguliers. D'où, leur prédominance en conceptions femelles.
Les statistiques coloniales de notre pays nous fournissent encore, à ce propos, des documents d'un haut intérêt.
En Cochinchine, en Tannée 1888, à la mairie de Saïgon, il fut inscrit au registre des naissances 28 garçons et 19 filles issus de pères et mères français, tandis que, durant la même année, le même registre porle l'inscription de 2 garçons et de 14 filles nés de père français et de mère métisse \
Dans le premier cas, — père et mère français, — l'hyperpolyandrie normale , — entre 5 et 6
1 Statistiques coloniales publiées par le ministère du commerce, de l'industrie et des colonies, année 1888, p. 11.
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p. 100, — s'est accrue considérablement; dans lo second, au contraire, il y a abondance extrême des naissances femelles.
Or, il importe de le bien constater, dans le premier cas, les parents procréateurs, par suite même de leur transplantation sous un nouveau climat peu propice à la vie des Européens qui y souffrent constamment d'une anémie accentuée, se trouvent en de fort mauvaises conditions physiologiques.
Dans le second, au contraire, la mère métisse étant autochtone et absolument acclimatée en vertu d'une longue hérédité, vit et se développe dans un milieu très favorable à sa santé générale.
Or, comme nous l'avons vu , c'est surtout quand la femme est dans le meilleur état de performance qu'il y a tendance à la production accentuée des conceptions femelles ; il est donc normal que les unions d'Européens et de métisses aux colonies soient fécondes en filles.
Les observations des naturalistes et des éleveurs sont du reste favorables à cette thèse.
femelles. En 1807, j'achetai trois béliers sans cornes âgés de 18 mois, et je réformai les trois autres.
Le nombre des femelles fut beaucoup plus considérable que celui des mâles. En 1808, le nombre des femelles diminua, quoique encore supérieur à celui des mâles. En 1809, j'achetai quatre autres béliers, dont deux vieux avaient fait la monte à la bergerie de Perpignan. Depuis cette époque, je n'ai guère employé que des béliers vieux qui avaient déjà fait la monte à la même bergerie, et ils ont donné à peu près autant de mâles que de femelles.
En 1819, M. Périer, fermier du domaine d'Is, dans l'Aveyron, résolut, pour des raisons particulières, de ne pas livrer ses brebis au bélier. Il acheta des agneaux mâles de six mois et les mit dans le troupeau de ses brebis, ayant soin d'en éloigner tout mâle adulte. Ses bergers et ses domestiques, dont le salaire consistait en partie dans la faculté de tenir plusieurs brebis portières avec le troupeau de la ferme, ne jugèrent pas à propos de suivre l'exemple de leur maître, et ils placèrent leurs brebis dans les troupeaux du voisinage, où il y avait des béliers. M. Périer n'obtint pas de sa spéculation le résultat qu'il en attendait. Ses brebis furent fécondées, à son grand étonnement, par les jeunes agneaux qu'il avait achetés, et elles produisirent
soixante-six femelles contre trente-quatre mâles; la première moitié de l'agnelage, qui provient ordinairement des brebis les plus vigoureuses, fut presque exclusivement composée de femelles. Il n'en fut pas de même des brebis qui appartenaient aux bergers et aux domestiques ; celles-ci donnèrent vingt et un mâles et dixhuit femelles.
En 1812, j'ai mis des béliers jeunes dans mon troupeau de mérinos, et des béliers vieux dans mon troupeau de métisses; et cette monte m'a produit plus d'agnelettes que d'agneaux mérinos et beaucoup plus d'agneaux que d'agnelettes métisses. M. G., artiste vétérinaire, m'a dit qu'en 1812, il avait confié la monte de son troupeau à deux béliers antenais, et que sur cent trente-huit agneaux ', il n'avait eu que cinquante mâles. Le petit troupeau du sieur Lavabre, de Tantayron, avait été sailli en 1825 par un bélier antenais; il a donné en 1826, cinq mâles et dix-sept femelles. Celui de M. Pouget de Lacombe a été sailli en 1826 par un agneau, et il lui a donné, en 1827, douze mâles et seize femelles. J'ai demandé à divers bergers quel sexe prédominait ordinairement dans les produits des antenaises ; ils ont tous répondu, sans hésiter, que c'était le sexe masculin, et je me suis assuré qu'ils disaient vrai, par des observations répétées et personnelles. Au
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domaine de la Panouze, les brebis antenaises ont produit, en 1825, trente et un mâles et vingt et une femelles. A Valleplaine, chez M. Molinier, elles ont donné en 1827, vingt mâles et huit femelles l .
Cette longue citation que nous venons de faire de l'ouvrage de M. Girou de Buzareingues est particulièrement instructive ; elle nous montre en effet, par de nombreux et concluants exemples, que chez nos animaux domestiques, la production des femelles est, — ainsi que nous avons déjà vu qu'il en était pour l'homme, — en rapport direct avec les qualités vitales des parents procréateurs.
Plus ceux-ci sont en une meilleure situation physiologique, plus les chances de procréation femelle se manifestent, et cela avec une régularité parfaite, absolument comparable à ce qui se passe chez les humains.
C'est ainsi que Ton a remarqué dans TAveyron que les brebis targos, c'est-à-dire les brebis ayant
4 Girou de Buzareingues. — De la Génération, Paris, 1828, in-8°, p. 134 à 137.
été tenues une année durant éloignées du mâle,
produisent Tannée suivante plus d'agnelettes que
d'agneaux.
v Cette période de chasteté forcée a eu en effet
pour résultat de permettre aux brebis de prendre
des forces et d'arriver au mâle en un parfait
état de santé.
Au surplus, pour de mêmes individus, rien ne prouve mieux que la conception des femelles . coïncide avec l'instant de plus grande vigueur des parents que cette observation de M. Thury établie sur vingt-neuf expériences dirigées spécialement en ce sens sous sa direction par M. Cornaz.
Quand la vache est menée au taureau dès le début du rut, le produit auquel elle donne naissance est toujours une génisse; celle qui, au contraire, n'est couverte qu'à la fin de la période des amours porte toujours des mâles *.
De ces expériences, Thury conclut que le sexe du produit futur dépend essentiellement du degré
* Thury. — Mémoire sur ta production des sexes, in-8°, Paris, 1863,
posa
de maturité auquel l'ovule est arrivé lors de la fécondation.
Celui qui est fécondé avant un degré de maturation déterminé deviendrait le point de départ delà génération d'une femelle ; l'individualisation des cellules vitellines, par contre, conduirait à la production d'un mâle quand le point précis de maturation de l'ovule aurait été dépassé.
Si donc, nous venons à appliquer ces idées de Thury à l'espèce humaine, nous sommes de suite conduits à penser que la copulation dans le premier cas serait favorable à la production des filles, à celui des garçons dans le second.
Il y a peut-être là une des raisons de l'hyperpolyandrie juive qu'expliquerait alors l'observance assez régulière de cette prescription du Lévitique : « Et quand une femme aura son flux de sang en sa chair, elle sera séparée pendant sept jours. Et quiconque la touchera sera souillé jusques au soir 1 . »
• Bible, III e livre, art. 19 duchap. xv du Lévitique, version d'Osterwald, p. 152, Paris, 1830.
des oiseaux. — La coloration du - Elle est semblable pour les deux deur désagréable. — Les oiseaux taille. — Pourquoi les femelles . — L'arénoïdie. — Influence de mes « hedjeras » en Orient. — . — Un cas d'arénoïdie temporaire, e. — Son action sur les fonctions idrena. — Dégradation plus comsduit au simple rôle d'une glande idé de la Bonellie. — La supériomelle est démontrée.
animal, la femelle est une jue supérieure!
usiou qui, logiquement, dégagée des nombreuses tations, tant sur l'homme que nous avons précédem-
jette assertion est-elle pré- 3nvient-il de lui accorder, en étendue? C'est ce qu'il lant rechercher et établir, nous savons actuellement femelle correspond assez 5 conditions de bien-être )hysiologique des parents.
Si le fait est absolu en lui-même, nécessairement, il doit avoir des conséquences tangibles, et il doit en même temps se manifester sous les modes les plus divers.
En d'autres termes, s'il est exact que l'expression femelle soit réellement, au point de vue physiologique, une expression supérieure, nous devons constater sa prédominance chaque fois que les circonstances vitales deviennent particulièrement favorables, et, au contraire, une tendance à sa disparition au profit de l'expression mâle, chaque fois que le milieu se fait plus âpre à l'existence, chaque fois encore que l'espèce entre, pour une cause ou pour une autre, dans une période de décadence.
À ces seules conditions, et si encore elles se vérifient rigoureusement le long de l'échelle entière des êtres, supérieurs ou inférieurs, animaux ou végétaux, la réelle prépondérance physiologique de la femelle se trouvera démontrée.
L'examen attentif des faits va se charger de nous prouver qu'il en est bien ainsi.
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Puisque la procréation des individus femelles correspond à un optimum spécial, il est naturel de penser que partout où Ton aura affaire à des espèces particulièrement florissantes, les mâles y seront, relativement, sur un pied d'infériorité numérique. C'est du reste ce qui arrive aussi bien chez les hommes que chez les animaux.
En Chine, où la race est prolifique entre toutes, les femmes sont très nombreuses et le rapport des sexes est tout autre que dans nos nations européennes; il en est de même chez certaines races nègres de l'Afrique centrale ou occidentale, où les femmes également forment le plus fort contingent de populations qui chaque jour s'accroissent en des proportions inconnues sous nos climats.
Chez les salmonidés, saumons ou truites, élevés à l'aquarium du Trocadéro à Paris, et qui s'y développent dans des conditions relativement bonnes, les femelles sont en grosse majorité, environ 65 p. 400, ainsi que l'a constaté M. Jous-
set de Bellesme, le directeur autorisé de cet établissement de pisciculture.
Même, chez certaines espèces, il semble que l'écart sexuel soit encore plus considérable; c'est ainsi que, dans un bassin renfermant des truites de la variété dite « arc-en-ciel », pour un mâle, l'on compte sept ou huit individus femelles.
Du reste, le fait est constant, plus la vie est facile, plus la femelle prend de l'importance, ou, plus exactement, plus celle du mâle tend à disparaître. C'est ainsi que chez un grand nombre de plantes, — chez les plantes de culture, notamment, — la reproduction sexuée, celle qui se fait par l'intermédiaire des graines, a disparu à peu près complètement, ou, tout au moins, n'est pas absolument nécessaire à la dissémination et à la multiplication de l'espèce. C'est le cas des plantes qui se reproduisent par le bouturage, le marcottage, par l'intermédiaire de bulbes ou de bulbilles, comme le lis, les saxifrages, l'ail vivipare, etc., etc.
Au reste, ces générations agames sont des plus
fréquentes dans le règne animal, plus peut-être encore que dans le végétal, s'il est possible.
Chez nombre d'animaux inférieurs, la reproduction se fait le plus souvent par simple segmentation, comme il arrive chez certains infusôires; par gemmation, comme c'est le cas pour divers bryozoaires (hydres d'eau douce); par génération alternante, où Ton voit alors ce fait particulièrement remarquable de la succession régulière chez une même espèce, d'une génération sexuée avec une génération asexuée. En d'autres termes, des individus sexués engendrent des êtres asexués dont les descendants possèdent seuls les caractères du type primitif; les salpes et autres ascidiens, notamment, présentent cette dernière particularité.
Les faits de parthénogenèse, — la reproduction virginale d'Owen, — si abondants chez les insectes et que l'on rencontre chez certains crustacés (daphnées), sont encore beaucoup plus concluants, car ils fournissent une preuve expérimentale manifeste de l'importance relative,
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physiologiquement parlant, de l'expression mâle, et établissent nettement, sous ce rapport, la supériorité absolue de l'expression femelle.
Ainsi, chez l'abeille commune, la reine pond des œufs qui donnent naissance à des mâles si elle n'a point été fécondée, à des femelles si elle Ta été.
La multiplication de l'espèce, on le voit, peut déjà se faire, imparfaitement il est vrai, sans l'intervention du mâle.
Les pucerons sont d'un exemple plus remarquable encore. Chez ces êtres, en effet, durant le printemps et l'été, tous les individus sont aptères et femelles et ils engendrent d'autres pucerons également femelles, qui donnent à leur tour naissance à d'autres générations de femelles fécondes sans l'intervention du mâle.
Ces femelles vivipares sont pourvues d'organes génitaux, pseudovaires, construits sur le type des ovaires ; mais elles manquent d'organes d'accouplement: on peut les considérer comme se
reproduisant, soit pargemmiparité, soit paroviparité parthénogénésique.
C'est seulement à l'arrière-saison qu'on voit naître des mâles et des femelles à quatre ailes munis d'organes d'accouplement et de fécondation. L'accouplement a lieu aussitôt: les femelles ailées donnent ensuite des œufs qui hivernent et d'où sortent, au printemps, des femelles aptères et vivipares.
Chez le phylloxéra, on ne trouve, au printemps, que des femelles aptères vivant sur les racines et pondant des œufs sans le secours des mâles. Au bout d'une huitaine de jours, on voit sortir de l'œuf une larve qui ressemble à la mère, devient adulte au bout d'une vingtaine de jours, après avoir subi trois mues, et pond une trentaine d'œufs. Les choses continuent ainsi, mais avec un nombre d'œufs décroissant, pendant sept ou huit générations.
Certaines femelles aptères, celles qui trouvent une nourriture plus substantielle sur les radicelles, subissent deux mues de plus, et, après avoir
passé par l'état do nymphes, prennent quatre ailes. Ces femelles ailées, en août et en septembre, pondent dans le duvet des feuilles de deux à six œufs d'où sortent des insectes sexués, les uns mâles, les autres femelles, tous dépourvus d'ailes et de tube digestif. Ces sujets, incapables de se nourrir, s'accouplent, puis la femelle pond un seul œuf (œuf d'hiver) qui passe Thiver au-dessus du sol et donne, au printemps, une femelle aptère analogue à celle des racines et se reproduisant encore sans l'intervention du mâle.
Ces faits, .étudiés d'une façon si complète par les naturalistes, ne sont-ils pas la consécration la plus formelle de la supériorité physiologique do l'expression femelle?
Mais, au surplus, à côté d'eux, il en est nombre d'autres non moins probants qui viennent les confirmer de la manière la plus positive.
Les lignes suivantes, que nous empruntons au professeur Ch. Robin, sont à cet égard singulièrement instructives:
GO l'agonie d'israel
On sait que Shirack, Huber et Réaumur ont montré : 1° que les abeilles ouvrières sont des femelles dont les organes génitaux sont restés à l'état embryonnaire ; 2° qu'à l'aide d'une nourriture convenable et étant placés dans une des cellules dites royales, ces individus se développent en reines ou femelles fécondes, au lieu de rester ouvrières ou femelles stériles (neutres) ; 3° qu'enfin, en mettant des œufs d'abeilles mâles ou faux-bourdons dans ces dernières conditions, dès la ponte, leurs larves ne deviennent jamais neutres ni femelles, et ne donnent que des mâles. Ces particularités et la manière dont l'abeille-mère pond ses œufs dans telles ou telles alvéoles, la manière dont les neutres les ferment et nourrissent les jeunes, montrent que les ovules portent d'avance dans leur intimité un caractère sexuel qui précède leur développement embryogénique. Cela est prouvé encore par ce fait qu'après avoir pondu des œufs d'ouvrières et de mâles, la femelle finit par ne pondre plus que des œufs donnant uniquement des mâles, dans quelques conditions qu'ils soient placés 1 .
Ici, en effet, la démonstration est aussi com-
4 Ch. Robin. — Article Sexe du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, in-8°, 3* série, t. IX, p. 481 et 482.
plète que possible. Non seulement nous voyons les œufs des femelles ouvrières susceptibles d'un perfectionnement que ne «sauraient présenter ceux des abeilles mâles ou faux-bourdons, mais encore nous trouvons que, dans les pontes des reines, les derniers produits, qui coïncident évidemment avec le temps où la femelle est fortement épuisée par l'énorme travail physiologique qu'elle vient d'accomplir, sont toujours des mâles.
Les pigeons nous permettent d'observer également des phénomènes analogues. Dernièrement, en effet, la revue scientifique le Cosmos nous apprenait que M. Pembray, ainsi qu'il résultait de communications adressées par lui au Magazine anglais The Nature^ a constaté que chez les pigeons le premier œuf pondu donne toujours naissance à une femelle, le second à un mâle.
Une série d'expériences effectuées par cet observateur, sur six couvées, a présenté des résultats absolument identiques pour chaque essai 1 ,
1 Le Cosmos, numéro du 25 janvier 1890.
N'est-il pas logique, au reste, que les êtres imparfaits soient conçus en des conditions moins favorables que ceux d'une différenciation plus élevée.
Mais, ces expériences devenues classiques de Schirak, d'Huber, et de Réaumur, nous conduisent à d'autres constatations, et à d'autres expériences non moins importantes.
La qualité de la nourriture accordée aux larves d'abeilles ouvrières est, nous venons de le voir, susceptible d'influer sur la future destinée sexuelle du sujet qui, à l'occasion, pourra de femelle imparfaite s'élever au rang de femelle féconde ou de reine.
Le docteur G. Born de Breslau, et le professeur Emile Yung, ont démontré par de nombreuses expériences que, même chez des animaux occupant un rang fort élevé dans l'échelle des êtres, chez des vertébrés, la nature et l'abondance de l'alimentation étaient semblablement susceptibles d'influer sur la production du sexe.
Dans un travail récent, dont j'ai eu l'honneur de
communiquer les conclusions à l'Académie, j'ai montré que des têtards de Rana esculenta se développent très inégalement selon la nature des aliments qu'on leur accorde *. Il m'a paru intéressant, étant données les conditions de ces expériences, d'examiner le sexe des jeunes animaux obtenus dans mes différents vases. Mon attention a été attirée particulièrement sur ce point par un mémoire de M. le D r Born 8 , de Breslau. Cet expérimentateur, ayant disposé un très grand nombre d'œufs de Rana fusca, fécondés artificiellement, dans une série d'aquariums (renfermant de 300 à 800 œufs chacun), et ayant nourri les jeunes après leur éclosion, les uns avec une alimentation essentiellement végétale (algues, lentilles d'eau), les autres avec une alimentation mixte (algues, larves de grenouilles et de Pelobates hachées, chair de grenouilles adultes déjà partiellement décomposée), a trouvé que, sur 1,443 têtards métamorphosés dans l'ensemble de ses bassins, 98 p. 100 étaient des femelles et 8 p. 100 des mâles.
Et le professeur Yung, dans son mémoire sur
4 E. Yung. — De l'influence de la nature des aliments sur le développement de la grenouille, t. XCIÏ, p. 1525.
8 D r G. Born. — Experimentelle Untersuchungen ùber die Enlstchung der Geschlechtsunterschiede (Breslauer arztliche Zeitschrift, 1881).
celte question si inlércssanlc, après avoir rappelé que le docteur Born, au cours de ses expériences, a même obtenu dans l'un de ses aquariums, une proportion de femelles de 100 p. 100 ajoute :
M. Born attribue ces résultats étonnants au fait de l'absence chez ses animaux d'une nourriture mêlée, telle que celle que leur présente dans la nature les agglomérations des détritus organiques qui constituent la vase ou le limon des marais, et il appuie cette supposition sur l'observation d'un certain aquarium qui, ayant reçu accidentellement de la vase, fournit une proportion de 28 p. 100 de mâles, tous bien reconnaissablés, et de plus forte taille que les autres. D'autre part, M. Born a constaté que normalement, dans la nature, le nombre des mâles, chez les jeunes, égale le nombre des femelles 1 .
Au surplus, les conditions générales de l'alimentation exercent-elles dans la production des sexes, chez les animaux comme chez les plantes, une influence considérable et qui a été constatée
* Emile Yung. — De Vinfluence des milieux physico-chimiques sur les êtres vivants; — Revue internationale des sciences biologiques, année 1882, t. IX, p. 343.
par de nombreux naturalistes, aussi bien que par les éleveurs ou les jardiniers?
Parmi les agents perturbateurs de l'hérédité, il en est un dont les éleveurs signalent particulièrement la puissance, c'est l'alimentation surabondante. Fréquemment les animaux trop nourris, les plantes transportées d'un sol pauvre dans un sol riche, deviennent stériles '.
Semblablement, le grand naturaliste Darwin écrit dans un de ses livres fondamentaux : « On a quelques raisons de croire que des graines conservées pendant très longtemps ou qui ont dû n'être qu'imparfaitement fécondées, produisent plus sûrement des fleurs doubles que les graines récentes et complètement fécondées; mais la cause excitante la plus ordinaire paraît être la culture longtemps continuée dans un sol riche 2 .»
Et, à l'appui de cette opinion, il cite plusieurs
1 Ch. Letourneau. — Article Hérédité du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 4 a série, t. XIII, p. 391 .
• Ch. Darwin. — De la variation des animaux et des plantes, traduction Ed. Barbier. Paris, Reinwald, 1880, in-8% t, II, p. 159.
observations, dontrunelui estmème personnelle, et qui sont particulièrement concluantes : « Un Narcisse et un Anthémis nobilis doubles sont redevenus simples après transplantation dans un sol pauvre ; j'ai vu également une primevère blanche double devenir simple et cela d'une manière permanente, après avoir été divisée et transplantée pendant qu'elle était en pleine floraison i . »
Ceâ faits sont d'une importance extrême. Avec une rigueur absolue, ils concourent à nous démontrer le manque de valeur essentielle du sexe, et notamment du sexe mâle, dans la vie et la reproduction des êtres.
Il ne faut pas oublier, en effet, que chez les plantes, quand la fleur devient double, ce sont les étamines, — c'est-à-dire les organes mâles, — qui les premières se transforment en pétales, et cela quand le plus souvent le pistil, — organe femelle, — demeure parfaitement sans altération. Mais, si les organes mâles disparaissent aussi
1 Darwin. — Loc. cil.
facilement, n'est-ce donc pas qu'ils sont moins essentiels à la vie générale du végétal ?
Les faits, comme Ton voit, se répètent à tous les degrés de l'échelle, et, ce que nous avons vu exister tout à l'heure chez les insectes, nous le voyons à présent se manifester chez les plantes.
Aussi bien, du reste, toutes les observations concordent-elles, et viennent-elles, chacune, se donner un appui commun et une confirmation !
Ainsi, dans la fécondité d'une espèce survient-il une modification particulière, de suite l'on constate des phénomènes anormaux du côté de l'expression mâle.
A l'aquarium du Trocadéro, à Paris, où les bassins sont alimentés par l'eau de la Vanne qui est très froide, les poissons autres que les salmonidés ne peuvent se reproduire. Les femelle de perche apportées pleines à l'aquarium pondent bien leurs œufs, mais ceux-ci ne sont plus fécondés.
L'arrêt de la fonction génératrice mâle avant celui de la fonction similaire femelle se mani-
ste avec une même rigueur chez les végétaux i les étamines devenues inutiles se transforment en vite en pétales.
Lorsque la fécondité disparaît en conséquence d'une use différente, notamment par suite de l'hybrida- >n, il existe, d'après Gartner, une forte tendance lez les fleurs à devenir doubles, tendance qui est iréditaire. En outre, il est notoire que, chez les rbrides, les organes mâles deviennent stériles avant s organes femelles, et que, chez les fleurs doubles, 5 étamines deviennent foliacées les premières. C'est qu'on peut observer chez les fleurs mâles des antes dioïques qui, d'après Gallesio, deviennent ssi doubles les premières *.
Chez les animaux, notamment chez les animaux périeurs, où, en raison des lois d'une longue crédité, les organes de la génération présentent îe plasticité moindre que chez les plantes, il y a plus guère de transformation ou de dispa- Lion de l'appareil sexuel, mais une simple di-
1 Ch. Darwin. — De la variation des animaux et des plantes, iduction Ed. Barbier. Paris, Reinwald, 1880, in-8°, t. II,
celle-ci est d'une expression plus élevée, son organisation doit être plus complexe, sa différenciation plus grande.
Or, c'est justement ce que confirment de nombreuses observations. Parmi les animaux inférieurs, la femelle est le plus ordinairement d une taille et d'une vigueur plus grande que celles du mâle, et ses organes sont plus parfaits.
A la suite de ses études sur la faune des Apiaires de France, M. Perez * a reconnu qu'il était impossible de donner les caractères distinctifs entre un mâle de psithyre, — espèce parasite du bourdon et dérivée de lui par cause même de son parasitisme, — et un mâle de bourdon. Les différences se manifestent seulement chez la femelle.
Les truites et les saumons femelles sont, en général, à égalité d'âge et de nourriture, plus grosses et plus robustes que leurs compagnons mâles.
1 Perez. — Contribution à la faune des Apiaires de France, II e partie, Soc, linnéenne de Bordeaux, t. XXXVII, p. 205, année
Au reste, dans la nature, il semble que le mâle soit d'une importance très secondaire, et qu'il n'y ait guère d'inconvénient réel à le sacrifier en grand nombre.
L'histoire des amours de l'araignée est à ce propos notoirement intéressante.
L'accouplement chez ces derniers êtres, — où la femelle est, du reste, ordinairement beaucoup plus robuste et plus grosse que le mâle, — s'accompagne généralement d'un véritable holocauste des époux. Chaque fois, en effet, que ce dernier ne réussit pas, du premier coup, à satisfaire sa douce compagne, sa destinée est accomplie. L'araignée femelle en fait sa proie, le tue et s'en repaît. « La femelle, plus forte, tend des pièges aux mâles comme aux autres petits animaux et ne l'épargne même pas pendant ou après l'accouplement. Aussi celui-ci ne s'en approche-t-il qu'avec la plus grande circonspection 1 , » écrit un des zoologistes les plus émi-
*D r G. Claus. — Traité de Zoologie, traduction de G. Moquin-Tandon, un vol. in-8°, chez Savy, 1878, p. 517.
nents de notre temps, dans un traité deveni classique.
Si l'existence du mâle est d'un intérêt mé diocre, celle de la femelle, en revanche, nou apparaît comme infiniment plus précieuse; et cela est si exact, que les moyens de proteclioi mis à sa disposition sont plus nombreux et plu variés que chez les mâles.
C'est ainsi que nous voyons en certains cas h femelle user d'artifices particuliers et dont L mâle n'a cure, dans le seul but de mieux sauve garder sa vie. De Homeyer nous en cite un bie: curieux exemple :
« La grue-femelle, rapporte cet auteur, ai moment de la ponte, enduit ses ailes et son do avec de la vase, ce qui, en séchant, lui donne ui ton roux. L'animal se confond — par ce mi métisme voulu — avec les objets environ nants 1 . »
1 D r Foveau de Courmelles. — Les facultés mentales des an maux. Bibliothèque scientifique contemporaine, J,-B. Btnlèlii et fils, p. 160. Paris, 1890.
SUPÉRIORITÉ DE L.i FEMELLE 73
Le procédé n'est-il pas d'une ingéniosité véritablement merveilleuse ?
Mais, au surplus, en cet ordre d'idées, les faits abondent et nous n'avons que l'embarras du choix.
A ce propos, il en est un essentiellement intéressant et que chacun a pu observer, c'est la différence existante entre le vêtement extérieur du mâle et celui de la femelle chez un grand nombre d'espèces animales.
Les oiseaux, à cet égard, sont des plus curieux à observer.
Ces êtres peuvent se diviser en deux groupes : l'un dans lequel les deux sexes sont ornés de couleurs voyantes, l'autre dans lequel le mâle seul en est paré.
Ces différences existantes entre des individus d'une même espèce animale ne se peuvent expliquer que par la nécessité, en certains cas, de protéger plus spécialement la femelle qu'un plumage trop coloré signalerait à l'attention des ennemis de sa race.
Et, cette façon de voir est justement confirmée par cette division que nous avons indiquée tout à l'heure en oiseaux dont les deux sexes sont revêtus d'un vêtement éclatant, et en oiseaux chez qui les plumes de la femelle demeurent grises et ternes, tandis que celles du mâle sont splendidement décorées.
Les différences sexuelles de couleur et de plumage sont très importantes chez les oiseaux ; on s'en est déjà beaucoup occupé ; elles ont été, en ce qui concerne les oiseaux polygames, fort bien expliquées par le principe de la sélection sexuelle, énoncé par M. Darwin. Nous pouvons assez bien comprendre que la rivalité des mâles en force et en beauté ait produit le brillant plumage et la grande taille des faisans et des grouse mâles, mais cette théorie n'explique pas pourquoi les femelles du toucan, du guêpier, du perroquet, de Tara macao, et de la mésange sont toujours aussi vivement colorées que le mâle, tandis que celles du cotinga, du pipra, du tangara, des oiseaux de paradis, et de notre merle commun, sont de couleurs si ternes et si peu apparentes qu'on peut à peine les reconnaître comme appartenant à la même espèce que le mâle.
Cette anomalie peut s'expliquer par l'influence du mode de nidification, car j'ai reconnu, comme une règle souffrant peu d'exceptions, que, lorsque les deux sexes portent les mêmes couleurs éclatantes et très apparentes, le nid est de la première classe, soit, formé de manière à cacher la couveuse, tandis que s'il y a contraste, c'est-à-dire si le mâle est de couleurs brillantes et la femelle de couleurs ternes, le nid est ouvert et la couveuse exposée à la vue *.
Ces quelques lignes du naturaliste anglais qui, avec Darwin, fut l'un des plus ardents et des plus autorisés défenseurs de la doctrine évolutionniste, sont particulièrement concluantes.
Au surplus, Wallace lui-même s'est chargé de nous donner une autre confirmation plus précise peut-être de notre façon de voir et qui, en tout cas, en est le contrôle immédiat et rigoureux.
C'est à propos de l'examen de certaines ano-
1 Alfred Russel Wallace. — La sélection naturelle, traduction de M. Lucien de Candolle, un vol* in-8° chez Reinwald, Paris, 1872, p. 249.
malies apparentes observées chez les oiseaux, toujours sous le rapport du plumage.
On sait depuis longtemps que, chez certaines espèces, les mâles partagent ou exercent exclusivement la fonction de l'incubation. On a aussi souvent remarqué que, chez certains oiseaux, les différences sexuelles dans la couleur étaient renversées, le mâle étant de couleurs ternes, la femelle de couleur vives et souvent plus grande que lui. Je ne sache pas cependant qu'on ait jamais considéré ces deux anomalies comme étant reliées par le lien de causalité jusqu'au moment où je les ai produites à l'appui de ma théorie de l'adaptation protectrice. C'est cependant un fait incontestable, que dans les cas les mieux connus où la femelle est plus apparente que le mâle, il est certain que c'est à celui-ci qu'incombe la charge de l'incubation, on a tout au moins de fortes raisons de le supposer. L'exemple le plus concluant est celui du Phalarope gris (Phalaropus fulicarius), dont les deux sexes sont identiques en hiver, tandis qu'en été c'est la femelle et non pas le mâle, qui revêt le brillant plumage des noces, mais le mâle couve les œufs, déposés sur la terre nue. La femelle du pluvier (Eudromias morinellus) est plus grande et plus vive-
ment colorée que le mâle, et, dans ce cas-ci encore, il est presque certain que c'est le mâle qui couve. Il en est de même chez les Turnices de l'Inde, et M. Jerdon dans ses Oiseaux des Indes affirme, d'après les récits des indigèaes, qu'après la ponte, les femelles abandonnent leurs œufs et se réunissent en troupes, pendant que les mâles sont occupés à couver *.
Mais, ce n'est pas chez les oiseaux seuls que des phénomènes semblables se peuvent observer. Chez les lépidoptères, le papillon femelle est, en règle générale, de couleurs ternes et peu visibles, alors même que le mâle possède les teintes les plus brillantes. On ne rencontre d'exceptions à cette règle que dans les cas où l'espèce se trouve protégée de ses ennemis par une odeur désagréable, comme il arrive pour les Héliconides, les Acréides et les Danaïdes; les deux sexes alors possèdent une parure pareillement splendide.
« Dans les merveilleux insectes-feuilles de l'O-
1 Alfred Russel Wallace. — La sélection naturelle, traduction de M. Lucien de Candolle, un vol. in -8°, chez Reinwald. Paris, 1872, p. 261.
rient, du genre Phyllhim, la femelle seule imite les feuilles vertes, parce que sa sécurité pendant le temps de la ponte est nécessaire à la perpétuation de la race *. »
Un naturaliste anglais du siècle dernier, Daines Barrington, rapporte encore M. Wallace, a observé que tous les oiseaux chanteurs sont petits et il explique ce fait par la difficulté qu'auraient de grands oiseaux à se cacher, si leur voix attirait l'attention de leurs ennemis; «c'est pour la même raison, ajoute-t-il, que les femelles ne chantent jamais, car ce talent serait encore plus dangereux pour elles durant l'incubation, et, c'est ce même motif qui, peut-être, doit expliquer leur infériorité au point vue du plumage 2 ».
Les phénomènes d'arénoïdie, — c'est-à-dire d'apparition chez la femelle des caractères du mâle, — bien connus des naturalistes viennent encore appuyer d'une manière concluante la thèse de la supériorité physiologique de la femelle.
4 Alfred Russel Wallace. — Loc. cit., p. 270. * Alfred Russel Wallace. —Loc. cit., p. 272.
L'arénoïdie, en effet, ne se manifeste jamais que chez les sujets âgés ou chez ceux qui, par une cause accidentelle, ont perdu les caractères de leur sexe, et cela, aussi bien dans l'espèce humaine que dans les espèces animales.
Les vieilles femmes ont souvent une barbe abondante, les traits masculinisés, la voix plus forte, et, à leur intention, Ton a même créé le nom de virago.
Dans l'Asie centrale, il existe toute une classe de femmes chez lesquelles on a pratiqué la castration. On les nomme les hedjeras. Ces infortunées perdent rapidement tous les attraits de leur sexe et deviennent vieilles en quelques années.
Mais c'est chez les oiseaux que les faits d'arénoïdie se montrent plus spécialement fréquents.
On sait qu'un grand nombre de femelles d'oiseaux, telles que les poules, diverses faisanes, les femelles de perdrix, les paons, les canes, etc., revêtent partiellement les caractères secondaires mâles de leur espèce, après l'ablation des ovaires où lorsqu'elles vieillissent. Ce cas parait se présenter chez la poule faisane plus
fréquemment dans certaines saisons que dans d'autres (Yarret, 1827, D r Hamilton, 1862). Une cane âgée de dix ans a été signalée comme ayant revêtu les plumages parfaits d'hiver et d'été du canard mâle. Waterton (1838) rapporte un cas curieux d'une poule qui, après avoir cessé de pondre, prit le plumage, la voix, les ergots et le naturel belliqueux du coq et se montrait toute prête à combattre l'adversaire qu'on lui présenterait. Tous les caractères, y compris l'instinct du combat, étaient donc restés assoupis chez cette poule, tant que ses ovaires avaient rempli leurs fonctions. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1842) a réuni les cas de dix oiseaux différents chez lesquels de vieilles femelles avaient pris les caractères du mâle. Il paraît qu'Aristote connaissait les changements qui ont lieu chez les vieilles poules. On connaît des cas de femelles de deux espèces de cerfs qui avaient pris des cornes en vieillissant...
Enfin, tout le monde sait que, chez beaucoup de femmes, après la cessation des règles, le menton et la lèvre]supérieure se garnissent d'une véritable barbe, phénomène dont on ne peut nier non plus le rapport avec le développement du plumage mâle chez les vieilles poules faisanes *.
* Bulletin scientifique du nord de la France et de la Bel-
Bien plus, l'arénoïdie est parfois temporaire, et la femelle qui a présenté à une époque déterminée de son existence certains des caractères du mâle, peut, les circonstances ambiantes venant à se modifier, perdre ces caractères et reprendre une nature plus en rapport avec son véritable sexe.
Le zoologiste allemand Lenz, dans un de ses plus importants ouvrages *, cite le cas d'une poule qui, le coq étant mort, prit sa place dans la basse-cour, cessa de pondre, et rapidement acquit quelques-uns des caractères extérieurs du sexe mâle, — développement de la crête, du plumage, du chant.
Cependant, le propriétaire de la basse-cour ayant donné à ses volailles un nouveau coq, la poule dont nous parlons lui céda la place, et, cessant d'être stérile, se remit à pondre comme sijamaiselle n'eûtabandonné son rôle de femelle.
gique, année 1887. Numéros de janvier et février. — Alfred Giard. La castration parasitaire, p. 18 et 19. 1 Zoologie des anciens Grecs et Romains. Gotha, 1856.
sont fauves ou même bruns. Enfin, ce qui est plus remarquable, la femelle a les pattes postérieures plus grêles, leur brosse plus ou moins réduite, parfois nulle, et dans les espèces dont le mâle a la face blanche ou jaune, la femelle acquiert des taches de cette couleur ; l'aiguillon lui-même devient plus petit 1 .
C'est, on le voit encore se dégager de ces observations, le sexe mâle qui tend à disparaître le premier, comme étant le moins nécessaire; en effet, quand la femelle est attaquée par le parasite, nous la voyons immédiatement prendre, comme premier degré de dégradation sexuelle, certains des caractères extérieurs du mâle.
Du reste, chez les êtres où la vie parasitaire est la règle habituelle, le mâle est toujours plus dégradé que la femelle, et, fréquemment, il se trouve parasite lui-même de sa femelle, passant son existence sur son épouse, vivant à son en-
4 Bulletin scientifique du nord de la France et de la Belgique, année 1887, numéro de janvier et février. — Alfred Giard. La castration parasitaire , p. 14 et 15.