PRÉFACE IX
V Agonie, c'est Rome envahie, polluée par les voluptueux et féroces cultes d'Asie ; c'est l'entrée obscène et triomphale du bel Hcliogabale, mitre d'or, les joues peintes de vermillon, entouré de ses prêtres syriens, de ses eunuques, de ses femmes nues, de ses mignons épilés ; c'est l'adoration de la Pierre-Noire, l'icône unisexuelle, le phallus géant et sacré, intronisé dans les palais et les temples avec d'étonnantes prostitutions des Impératrices et des Princesses ; tout le nit forcené d'un peuple en délire, toute une colossale et fracassante et ironique folie, sombrant en des massacres de chrétiens, en des clameiu^s rouges de cirques, en des incendies.
Il ne faudrait pas s'imagmer que l'écrivain se borne à des descriptions de temples, d'architectures, de cérémonies sanglantes, à des évocations de rites étranges et de mœurs maudites. Certes, Jean Lombard est un savant. Il connaît jusqu'au moindre bibelot qui orne le coin d'un triclinium de Romain riche ; il sait jusqu'au nom de l'étoffe précieuse qui cache mal la nudité des femmes et des éphèbes ; il ne nous fait grâce d'aucun document, d'aucune reconstitution caractéristique. Mais, dans le prodigieux énidit qui revit curieusement toute une époque plastique, il y a un f>enseur profond, qui observe, explique les passions humaines, dans le recul pourtant si incertain de l'histoire, et qui, sous l'armure dorée des soldats byzantins, et la robe traînante des Asiatiques, sait les humaniser de vérités générales et éternelles. Et combien l'on regrette que ce visionnaire qui lit leurs secrets, aux pierres efFacées des temples, aussi bien qu'au coeur des hommes, n'ait pu achever V Affamée, ce livre social, où il aurait fixé, avec des cou^