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L'agriculture au point de vue de l'émigration [microforme]

Si je ne connaissais pas le but de votre assooiation, qui veut l'avancement de la religion, des sciences et des arts, je pourrais hésiter en abordant un sujet dont on parle rarement dans les villes, et qui, je le crains bien, n’est guère à la mode dans notre Province. Ici, la tendance des jeunes gens instruits n’est malheureusement pas vers l’agriculture. Je le dis avec regret, et je répète que c’est un malheur ; car on néglige, trop souvent, une carrière qui donne les plus grandes jouissances à ceux qui s’y livrent avec courage et persévérance, une carrière suivie avec succès el de belles et nobles intelligences, dans

ien d’autres pays, même dans les provinces environnantes, et, de plus, à mon avis, la carrière qui offre les plus grandés chances de réussite pour tous ceux qui s'y livrent avec cette énergie et cette volonié ferme, indispensable au succès dans la vie. Cette réflexion me rappelle les dernières paroles qu'un saint évêque et un grand patriote, arrivé à un âge très avancé, adressait aux élèves d’un collége auquel il était très-attaché. J'étais alors bien jeune, cependant Je crois voir encore Monseigneur Turgeon, alors Archevèque de Québec, nous-disant, dans sa dernière visite au collége de Nicolet: «Mes enfants, je veux votrebien, je sens que je

Chap.

vous parle, probablement, pour la dernière fois et je m’afflige à la vue des difficultés qui vous attendent dans la vie. Vous trouvez peut-être votre séjour au collège, monotone et ennuyeux, vous avez hâte d’entrer dans le monde. Pourtant ce n’est qu'alors que commenceront pour vous les difficultés etles ennuis véritables. Les carrières, qui vous sourient davantage, les professions libérales et le commerce, vers lesquelles tend presque tout: la jeunesse instruite qui entre dans le monde, sont encombr'es au point que les plus beaux ta.

lents seuis peuvent s’y faire jour; encore en voit-on un grand nombre qui tombent, découragés et ruinés pour la vie, avant d’avoir obtenu un succés durable. Pour ma part, j'ai beau chercher, « disait ce vénérable évêque », je ne vois encore, en dehors du sacerdoce, qu’une seule carrière qui offre un avenir assuré,pour tous les talents, et cette carrière c’est l’agriculture ; malheureusement elle est bien loin d’être estimée et appréciée comme elle le mérites

Si je rappelle ce souvenir, Messieurs, ce n'est pas, certainement, pour vous décourager et vous induire à laisser les professions qui vous occupent ou vers lesquelles vous aspirez. Notre pays a bien grandi depuis lors ; on en était «ncore à cetle époque où la viile de Montréal comptait à peu près 40,000 habitants, où sor commerce maritime était à peine développé et dans

ce moment où l'élément français, peu d’années après l’union du Canada, luttait pour ce qu’il avait de plus cher; peut être méme pour son exist-nce. Notre pays a fait d'immen-es progrès depuis cette époque et notre jeuness: insiruite et laborieuse trouve maintenant, beaucoup plus facilement qu'alors, un avenir prosuère, assez souvent même brillant. D'un autre côté, ceux qui conuaissent nos campagnes doi vent avouer qu'elles sont dans le malaise, pour dire le moins. Un grand nembre de cultivateurs se decouragent, et quelquesuns même, f-rment maison et grange,tour nent le dos au clocher du villag» et prennent, avec tant d’autres moins fortunés qu'eux, le chemin de l'exil. Arrêtez les au rassage, ils vous diront que leurs familles sont nombreuses, que les jeunes gens veulent gagner de l'argent et, qu’àprès avoir tout calculé, ils seront mieux à tre vailler dans les fabriques aux Etats-Unis

Entrez chez le cultivateur aisé, même chez celui qui s’est enrichi en cuitivant, demandez lu: où sont ses enfants : il vous répondra le plus souvent, qu'il les a fait instruire et qu'ils sont deverus avocat, notaire ou médecin.

il ajoutera peut-être, en soupirant, que les professions sont encore encombrées et qu'il en coûte bien cher, pour la bourse et quelqu+8 fois pour le cœur, de garder les jeunes gens à la ville, par le temps qui court.

Combien en trouverez-vous qi, après avoir fait un cours au collége, se sont faits cultivateurs ? Combien sur ceux-ci ont mis à profit leur éducation antérieur- pour faire une étude sérieuse de l’agricuitire et qui, aujourd’hui, tendent à l’am-lioration agri: ole, en cherchant äunir la scitnce à la pratique ? Causez avec la plupart de nos cultivateurs, ils vous avertiront que les innovations en agricuiture ont fait la ruine de ceux qui les ont essayr-es el que, pour eux, ils se garderont bi-n de sortir du sentier battu. Visitez l-s bibliothèques paroissiales, où il en existe, règl:

g-nérale, vous y trouverez à peine un livre sur l’agriculture. Chez l- cuitivateur, ,; as un traité d'agriculture sur cent maisons, peut-être sur mille babitations trouverezvous deux livres sur l’agriculture, +t quels livres! Dans nos collèges d'agriculture, soutenus à grands fais par le gouvern:ment, depuis plusieurs ann-es, combien d'élèves ont été formés, et combien sont devenus cultivateurs? Combien, d’entre ceux-ci, ont mis en pratique ce qu'ils

S1 vous étes intime,

avaient appris? En reste-t-il dix qui aient pu s'élever au-dessus des préjugés et qui font, aujourd’hui, une culture tout-à-fait raisonnée ?

D: fait, messieurs, quoique notre sol et

notre climat soient très-favorables à l’agri-

culture, comme le preuvent abondamment le récoltes vraiment étonnantes qu'obtenaient nos ancêtres, le bien-être qui règne encore parmi des milliers de cultivateurs, dans notre province, et les fortunes que des étrangers savent faire, sur des terres que bi-n des cultivateurs disent épuisées, il faut admettre que notre agriculture est dans un état de souffrance tel, que ses rangs se déciment à un ‘degré alarmant, puisque c’est la classe agricole qui fournit, presque exclusivement la population qui émigre aux Etats-Unis. Il est donc temps, grandement temps, de chercher des remèdes efficaces; il est temps que tous les amis du pays, et surtout, nos legislateurs, tant à Otfawa qu’à, Québec, donnent leur mrilleure attention à ce sujet, afin de trouver moyen de relever le moral du cultivateur, de rehausser sa position, en lui fournissant l'instruction spéciale qui lui est indispens:ble pour bien pratiquer son: art, de lui assurer de meilleurs marchés pour ses produits, tant à l’intérieur qu'à l’étranger, et de favoriser l’etablissement d'industries annexés. à. l’agriculture, afin de mettre une digue à l’émigration qui d6sole nos campagnes et qui nous prive, actuellement, des bras nécessaires à la bonne exploitation du sol. |

Je le répète, noire pays est éminemment agricole, notre population rurale pos-ède

une 1nt-lligence et ues talents remarqua-

bles, je pourrais dire, hors, ligne, et cela, après avoir vu de près, st san: préjugés, les populations agricoles les plus distinguées, tant en Europe qu’en Am-rique. Que nous manquent-1] donc? Deux choses surtout; d’abord, l'instruction spéciale qui nous permettra de tirer les plus grands produits nets, sans épuiser le sol; puis, l'encouragement éne:gique et constant des classes instruites, surtout de celles qui sont apvele: s à gouverner la nation.

On me dira peut-être : * Comment instruire la population agricole; elle ne veut pas aller aux collèges d'agriculture; elle le voudrait qu’elle ne le pourrait peutêtre, pas? Les enfants ne peuvent guère apprendre l’agriculiure dans nos ecoles élémentaires. Puis, seriez-vous sûr de faire lire des traités spéciaux quand même nous

les aurions, et nous n’en avons certainemen! pas de compiets, qui soient spécialement adaptés aux conditions et aux besoins de cette province? Quels sont donc les moyens â prendre ? ”

Je réponirai : Nous possédons déjà une organisation toute faite qui fonctionne depuis plusieurs années, qui a des ressources considérabies et jouit de la confiance des cultivateurs ; je veux parler des Sociétés d'agriculture.

Ces Sociétés ont fait du bien, beaucoup de bien ; elles en auraient fait bien davantage avec une surveillance attentive et raisonnée. L: Conseil d'agriculture a eté formé tout exprès pour donner cette surveillance. L'organisation est donc toute faite, elleest bonne et il ne s’agit plus que d’en tirer un bon parti.

Nous voulons instruire toute la population; il faut donc arriver aux masses, et cela, par les individus les plus habiles, les plus avancés en agriculture dans chaque paroisse. ]l est évident que ceux-ci, une fois connus, deviendront des modèles qu’il faudra citer à tous ceux qui font moins bien qu'eux. “Mais ces modèles,” me direz-vous, ‘auront encore beaucoup à apprendre. ” Alors, faites en sorte qu'ils aient intérêt à comparer les résulats qu'ils obtiennent avec ceux obtenus par les meilleurs cultivateurs dans d’autres parois es.

Offrez des primes, et des primes considerables, aux meilleurs cultivateurs dans chaque paroisse, c’-si-à-tire à ceux qui obtiennent les meilleurs revenus nets de leur culture, sans épuiser le sol. Offrez des primes encore plus consi'érables, au meiileur cultivateur de la division ; car il serait bon d’écarter un granu obstacle au progrès; Je veux parler de cette malheureuse m-ladie, épitémique peut-être, qu’on appelle politique, je ne sais trop pourquoi puisqu'il ne s'agit presque jamais du pays, et presque toujours des indi idus; vous la trouverez partout, dans le Conseil municipal, dans la Societé d’agriculture, bien souvent dans l'organisation de: fabriques, quelque fois sur le banc des magistrats, sinon sur celui des juges, et dans bien d’autres endroits encore qui ne lui conviennent pas mieux. J’ai visite plusieurs comtés ; dans maints eniroits on m'a dit :

‘Notre Société d'agriculture ferait du bien.

ilyadansle comté plusieurs hommes qu pourraient travailler util-ment à l’avancement de l’agr culture, malheureusement, la politique s'en mèle, les ‘'ections des direc-

teurs sont faites en vue des élections aw parlement, et tout s’en ressent, rien n’avance, c’est dégoû:ant.” Des hommes bien pensants, qui veulent le bien dæ pays, suggèrent de nouvelles divisions pour nos Sociétés d'agriculture, notamment celle de la paroisse, de la division régiorale, de la province, et du Canada out entier. Voilà encore une question importante, à laquelle il serait bou de songer, cependant je l’éloigne pour le moment, Car nous sommes pressés; le mal qui nous occupe est te lement grave, que st les remèdes ne sont pas appliqués sans retard, notre nation aura perdu son meilleur sang, une forte partié de la population agricole.

Donc, le premier remède, à mon avis, consiste dans des primes considérables à offrir, dans chaque paroisse, pour faire sortir les meïlleurs cultivateurs de leur obscurité. Ceux-là connus et appréciés, qu’on les fasse concourir entre eux, dans la région, la division, ou lé district, :omme vous le voudrez. Qu'on nous envoie des juges honnêtes et habiles; qu’on réunisse tous les cultivateurs et qu’on donne à ces reunions tout l'éclat possible ; qu’on nous dise alors quels sont ceux qui doivent servir de modèles aux autres, et qu’on nous explique eu quoi teurs cultures sont préférables. Nous sommes tous à même d’en juger, une fois que notre attention sera attirée sur la chose, et plusieurs d’entre nous, cultivateurs, tiennent aux honneurs aussi bien qu'aux primes! Nous serons donc un grand nombre d'interessés dans c-tie course qui nous promet : honneur, primes en argent, et moyens de rendre notre exploitation plus protitable ! Une fois que nous y aurons vu bien clairement notre intérét, de ce moment, nos colléges d’agriculture seront recherchés, les traités d'agricuituré seront lus et M Ar et les préjuges feront place au veritable progrès.

Mais pour donner toutes cés primes, il faut de l'argent ? Eh bien ! nous en avons.

Notre législature locaie, qui est certaines ment animée des meil'eures intentions, vo-te $50,000 par année, soit $8:0 par comté, pour l’amélioration de l’agricuiture. Si cette sommié n’est pas assez considérable, demandons-en davantage et soyons tous persuadés, quélque soit notre état, que l'argent employé au développement .bien entendu de l'agriculture est un simple pla.

cement de fondés, à gros intéré s. Qu'on nous donne le moyen de produire deux

‘brins d’herbe où il n’en croissait qu’un seul et, du coup, nous doublons notre richess+ en doubiant la production entière du pays. Et rappelons-nous-le bien, la -colonisation ne s-ra en honneur que quand Tagriculture sera recherchée, qu’elle enricbira ceux qui en font leur profession ; d’i- -ci là, tout l'argent que nous y dépenserens produira des résultats assez problématiques, et l’émigration marchera son troin !

Il y a encore d’autres moyens de propager l'instruction agricole qui soat employes avec plus ou moins de succes, sous la direction du Conseil d'Agriculture de cette province, ou qui sont maintenant à l'étude par cette institution,dont nous a dotés l’administration actuelle et qui peut devenir excellente. Je me contenterai donc, en passant, de rendre un juste tribut d’nommages à ces quelques hommes devoués qui, depuis plusieurs années, n’épargnent aucunement leurs peines,pour dévelopner l’agriculture dans cette province, et cela sans la moiadre remunération ;—à moins que ces MM. ne soient tellement animés de sentiments chrétiens, qu'ils acceptent,comme rémuneration suflisante, les reproches qu’on leur fait quelquefois, de ne point faire avancer, au gré de nos iésirs, tout ce qui peut ameiiorer l’agriculture dans notre province. Espérons que les justes plaintes du Conseil Agricole seront enfin entendues de ceux qui sauvegardent, avec tant d'intérêt, la bourse publique et que des moyens seront enfin votés pour permettre les améliorations véritables que le Con- -seil Agricole désire voir adopter depuis longtemps.

J'ai dit que deux choses, surtout, nous «manquaient: l'instrucuon spéciale pour une, et l’encouragement énergique des classes instruites, principalement celui de nos gouverpants, pour l’autre. Le temps me manque pour traiter convenablement ce sujet; j'ai dit un mot des moyens à adopter pour procurer aux cultivateurs J'iastruction spéciale dont ilsont tant besoin, vovons maintenant ce que nos législateurs peuvent faire pour développer l’agricuiture et arrêter, par ce moyen, l’émigration de la classe agricole.

11 me semble qu'avant la Confédération, nos iégislateurs étaient loin de s’occuper suffisamment des intérêts véritables du cultivateur. On votait bien à l’ecriculiure, chaque année, quelques milliers de piastres, les représentants des divisions ru-

rales faisaient, de temps à autres, de jolis discours sur l’agriculture et la colonisation, qui, eile aussi, recevait sa pilance et cela fait, on retournait aux luttes, plus ou moins acharnées, qui absorbaient la plus forte partie du temps qu’on pouvait donner aux interèits publics. Aujourd'hui, l'administration fédérale semble vouloir renvoyer, aux legislatures locales, toutes | les questions qui se rattachent à l’agriculture ; comme s1 cet intérêt élait purement local. On oublie donc que lragri:ulture est, de beaucoup, la princisale industrie du pays tout entier, quelle fai vivre encore toute la population, qu’elle en occupe les + et qu’elle représente, dans la même proportion, la richesse totale de la nauon.

Si l’agriculture est en souffrance, comme il est impossible de le nier, c’est donc la plus forte partie de la population qui souffre, et on aura beau développer notre com.

merce, créer de nouvelles industries dans les villes donner à quelques individus l’occasion de devenir m.llionaires et «te s’accaparer une forte partie du capital flottant, transporter à travers notre territoire les produits de os voisins, voir même ceux dela Chine et du Japon, si en même temps qu’on donne suite à tous ces beaux projets qui, certes nous offrent des avantatages reels, si dis-je, on oublie ou l’on neglige, les interêts du culiivateur, si l’on induit celui-ci à laisser le sol, pour courrir azrès ce qui brille, on aura enlevé à notre pays ce qui fait son honneur et sa force, on aura encore négligé notre principale source de richesses, celle qui nous a fait ce que nous sommes ; On aura amuli et peut-être démoralisé la population, et le moient Visndra, probabl-ment, ici, comwe il est venu pour la France, quand on s’apercevra qu’en cherchant exclusivement les riciesses mobilières et les plaisirs, On à Cuuru, en aveugles, vers un affreux précipice. Ces réflexions s’appliquent, d’une manière particulière à notre population canadievne-française, catho:ique et agricole, si belle, si pure, si distinguée, tant qu’on la laisse dans l’élénent qui lui a douné la vie et qui l’a fait ce qu'elle est, mais qui, comme 1iout ce qui est précieux, d’ailleurs, supporte si malles déplacements.

Messieurs, à mon avis, la législature fédérale peut et doit s'occuper d’agriculture, sa législation fédérale, peut nous aider comme elle peut aussi nous ruiner, Pour n’en citer qu’un seul exemple, je ne

parlerai que de l'introduction en franchise des grains des Etats de l'Ouest, tandis que les nôtres sont frapp?s d’un impôt pr-sque prohibitif à leur eniree dans les Etat-- Uuis. On dira peut-être. «Nous obtenons ainsi, au moins à meill-ur march», le pain nécessaire aux habitants des villes.»

Voilà qui n'est pas prouvé, puisque la Puissance exporte du hlé chaque année; mais supposant que vous auriez raison pour le blé, faut-il pour cela laisser entrer en franchise des millions de mots de maïs, qui inondent tous nos marches et prennent la place de nos avoiues et de nos orges, qu'il n’est plus possible de vendre à des prix rémunératifs ? C'est ainsi que vous permettez aux distillateurs d’inonder le pays de leur vile production. Si notre population doit se ruiner, au physique et au moral, en buvant votre whiskey, qu donne aujourd’hui au gouverr:emeut une perue considérable de s:s revenus, de grâce faites en sorte que les graius qu'on y emploie, tant pour sa confection que puur l’engraissement des iuilliers de bœufs qui entourent les distilleries, soient achetés de nos cultivateurs et non pas des américains qui, tout en se moquant le nous, nous vendeut leur surcroit de produits, enlèvent notre argent et nous ferment leurs marchés! De même pour ie tabac, qu’on pourrait si bien vuitiver ici, tout en nettoyant et en ameliorant nos terres. Eh bien! à cause de nos lois stupides, passez-moi ie mot, le tabac cana:tieu doit faire place, sur nos propres marchés, à ceux du Massachuse.ts et des autres Etais limitrophes.

Ceux-ci, encore, nous vendent leur surplus de production agr.cole, je pourrais dire leurs saletés, r-fusent uoS grains et 8e moquent encore de nous. Puisque notre gouvernemeut à besoin de revenus, pourquoi, tout en taxant le tabac canadieu, n’établit-il pas un droit différentiel qui soit, pour le producteur canadien, une protection suffisante ? Notre sol est très propre à la cu’ture du tabac, et du moment que le cultivateur canadien en connaitra la culture en grand, notre tabac pourra concourir avantageusement avec ceux qu’on importe des Etats voisins. Mais il faut en encourager la grande culture, et cet encouragement ne peut nous être accordé que par un droit differentiel, suffisamment protecteur.

A part l'étude de notre condition agriro!e, au point de vue du fisc, les législatu- « ces, fédérale et locale, doivent aussi cher-

cher à nous donner cette haute instruction agricole, qui fait la force et la richesse de l'Angleterre, de la Belgique et de l’Alle.

magne Dans ces pays {a haute éducation agricole est en houneur, Ils possèdeut tous, en sus de leurs dépar.ements officiels et réels d'agriculture, des universités, des colleges et des écoles d'agriculture ou l’on en‘eigne la science de la pratique. Aussi voit-on les hommes les plus distinguess, tant par leur position sociale et leur richesse que par leur haute science, donner tout leur temps au développement de l’agriculture de leur pays. Il en résulte ceci : au lieu de voir, comme en Cauada, l’épuisement annuel et regulier du soi constaté tous les dix ans dans jes recensements, officiels,'on coustate, au contraire, que les produits agricoles ont triplé, et même quaduplé, dans les cinquaute dernières années.

Oui, dans ces pays, les gouvernants étudient, et font étudier par leur pius beaux talents, toutes les questions qui se ratlachent à l’agriculture.

On a vu le gouvernement anglais voter, et preter à des intérêts nominaux (£4,000;- 000) quatre millions de livres sterling, pour encourager le drainage souterrain et var là augmenter, d'autant de millions. les revenus aunuels des terres ainsi améliorées. On voit la Belgique et la Hollande, des pays bien peu favorisés par la nature, devenir les jardins de l’Europe. Dans ces pays pourtant si avancés et silionnés de canaux, de toute part, qu'a fait le gouvernement dans ces dernières années? Ila construit, à ses frais et partout, des routes empierrées dont le parcours est entièrement libre : il a fait, dans toutes les directions, des chemins de fer qu'ii dirige luimême, et sur lesquels le paysan voyage pour des prix excessivement modiques.

On peut traverser la Belgique, dans toute son étendue, en chemin de fer, dans des voitures confortables, pour 2 50 à 3francs, Le gouvernement à encore divisé ce petit pays, quine depasse guère, en étendue.

deux de nos comités, et dont la population égale eu nombre toute la population du Canada, en sept régions agricoles, ayant chacune leur administration spéciale; chaque région offre aux cultivateurs, moyennaut une souscription annuelle de trois francs, tous les avantages de nos s0ciétes d'agriculture, plus la surveillance officielle et, en sus, un bon journal agricole hebdomadaire et gratuit. Quand j'exprimai ma surprise, à Monsieur le Direc-

teur général de l’agriculture en Belgique, en apprenant les sacrifices que faisaient <ncore le gouvernement belge pour imstruire ses cultivateurs, qui paeriant ser vent de modèles à ceux de l'Europe entière, il me répondit : ‘“ Si le cultivateut perd, faute d’iastruction, des profits qu'il aurait pu faire en pratiquant mieux son art,ce n’est pas seul-ment lui qui perd, mais c'est encore la nation qu'il appauvrit. Il faur donc aller à lui, avec le flambeau de l'instruction, s’ii néglige de le rechercher lui-même.” Eh bien! Mes- ‘sieurs, je vous le demande, ce raisonnement manque-t-il de justesse? Et s’il est juste, ne doit-il pas, a bien plus forte raison, s'appliquer à notre pauvre province, qui craiot l'instruction agricole comme on craint la peste.

Qu'’ont fait encore l'Allemagne, la Russie et l'Lialie en faveur de l'agriculture ?

Pour ne vous parler que dejce dernier pays, car le temps me presse, je vous dirai que j'ai trouve en B-igique, à l’Institut agronomique de l'Elat à Gembloux, dix-huit Jeunes gens, choisis parmi les lauréats des universites italiennes, et qui, comme récompense de: succès obtenus dans leurs études, avaieut été envoyés, aux frais entiers du gouvernement. italien, pour suivre Je cours complet de Gembloux, obtenir les -dégrés d’ingenieur agricole, après quoi on leur offrait des situations brillantes en Italie, tant dans les maisons d'éducation, que dans la direction des. usines agricoles

ue le gouvernement vient de fonder aux.

is de l’état. Ainsi, pour s'assurer l’établissement de sucreries de betteraves, le gouvernement italien vientil. de garantir les fabricants de toute taxe, pour dix ans en même temps qu’il a mis sur les sucres étrangers ua droit presque prolubitif.

On agite ici, depuis quelque temps, la queslion de a fabrication du sucre de betteraves duns notre pays. Chargé, par notre gouvernement, de faire une étude spéciale de cette question ; pendant mon séjour en Europe, j'ai pu arriver à des conclusions dont je vous ferai part, puisque cette question se rattache bien intimement à celles qui nous occupent aujourd’hui.

La production du sucre de bett-rayes a été, pendant près de cinquante ans, à l’état

tinent européen, convaincus de l'importance d’un sujet qui, tout en les rendant indépendants de pays éloignés et étrangers, pour un article consid-r8 comme de première nécessité, au point de vue de l’alimentation, leur permettrait de produire, dans le pays même, ua produit dont la consommation représente une valeur annuelie de milliers de muilions, ont fait les plus granis sacrifices pour résoudre cette question d’rne manière pratique et prolitable. Aujourd’hui cette question ne présente plus de doute. M. Bonnemant, qui est sans contredit un des agronomes les plus distingués du nord de la France, et que nous devons nous honorer de poss<éder au milieu de nous, nous faisait part, tout dernièrement, par l'entremise des journaux, des profits que donne cette entreprise. Ii nous disait que la Province de Qu: bec est éminemment propre à cette production et il propose, à nos capitalistes, la formation d’une societé pour cette exp'oitation, à la condition que le gouvernement lui prometira les garanties qui sont encore données sur le continent européen.

Pour être bref, je me contenterai de dire que je concours entièrement dans tout ce ont ce monsieur a fait part au public.

Voilà encore une de ces choses que le gouvernement fédéral peut et doit encourager, s’il veut renire justice à l’agriculture et remplir les devoirs qui lui incombent.

Ily a plus, je crois que notre législature localé doit contribuer, pour sa part, à l’établissement de cette nouvelle industrie qui, si elle réussit à s'implanter ici, pourrait bien révolutionner l’agriculture de celte province. Car, il est certain, messieurs, que partout où elle est établie solidement, elle a triplé la production des terres et augmenté, dans la même proportion, la valeur du sol et la richesse de ceux qui l’exploitenit.

Je regrette d’avoir traité bien à la hâte et bien à la légère ces sujets d’une si haute importance, au point de vue du développement du pays. Si pourtant, ces quelques idées éparses peuvent tomber, quelque part, en bonne terre, germer et porter fruit, vous ne regretterez pas, sans doute, les quelques moments d’attention que vous

de problème. Les gouvernements du.con- | avez bien voulu me prêter.

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