CHICOUTIMI
L’Agriculture des régions froides de Québec
SOMMAIRE.—Délhaitation des régions froides de la province de Québec. — Caractère du climat des régions froides de Québec.—Conséquences de ces conditions climatériques.—Solution d’un problème.—Conditions spéciales de la culture à faire dans les régions froides de Québec.—Conditions du choix spécial des semences dans les régions froides de Québec.—Usage des engrais chimiques.—Conditions du choix des races d'animaux à garder dans les régions froides de Québec.
DELIMITATION DES REGIONS FROIDES DE LA PROVINCE DE QUEBEC.— Le titre qu’on vient de lire indique que nous avons l'intention, dans le présent article, de causer de l’agriculture telle qu’elle doit se pratiquer, £énéralement, dans ce que nous appelons la région froide de la province de Québec, c’est-à-dire celle qui couvre l’espace que l’on voit occupé sur la carte de cette province, au nord d’une ligne que l’on tracerait entre les 46ème et 47ème degrés de latitude, soit par 469.30, par opposition à l’espace qu’occupe le sud d’une telle ligne. Ceux qui ont tant soit peu parcouru notre province savent qu’en effet la région située au sud de cette ligne 462.30’ a un climat beaucoup moins sévère que celle qui s'étend au nord de cette ligne et qui, «lle, comprend, de l’est à l’ouest, lescomtés des Isles de la Madeleine, de Gaspé, Bonaventure, Rimouski, Témiscouata, Kamouraska, L’Islet, Montmagny, Bellechasse, Lévis, Dorchester, au sud du Saint-Laurent, Saguenay, Chicoutimi, Lac St- Jean, Charlevoix, Montmorency, Québec, Portneuf, Champlain, Saint- Maurice, Trois-Rivières, Maskinongé, Berthier, puis partie de Joliette, de Montcalm, de Labelle, de Wright, de Pontiac, au nord du Saint- Laurent et de l’Ottawa.
La différence de climat qui existe entre ces deux régions t‘iles que délimitées est asse grande pour exiger de la part du cultivateu: qui occupe celle du nord une modification considérable dans son agriculture, telle qu’il doit la pratiquer, en ce qui concerne la culture du sol ellemême, le choix des semences et la sélection des races d'animaux.
de
CARACTERE DU CLIMAT DES REGIONS FROIDES DE QUEBEC.—Les traits caractéristiques du climat de cette région septentrionale de la province de Québec sont: Un hiver rigoureux commençant prématurément au 15 novembre pour finir tardivement au ler de mai, soit cinq mois et demi; un printemps d’un mois, celui de mai, gérér. 'ement humide et froid, un automne de deux mois et demi, de septe.. ‘re inclusivement au 15 de novembre, généralement fort humide avr” assez souvent, des gelées hâtives dès le 10 septembre, et des nuits froides qui font que, dès le 15 septembre, le séjour du bétail dehors pendant la nuit est prohibé. De cet ensemble de saisons découle le fait que l’hivernement des animaux à l’étable doit se calculer, pour le jour, du 15 octobre au 20 mai, et pour la nuit du 15 septembre au 1er juin, et cet autre fait que, pour la culture de la terre, le cultivateur ne peut compter sur une saison normale que du 15 mai au 20 octobre—exception faite des saisons qui nous donnent des mois de mai et d'octobre anormalement très beaux ou très mauvais, environ une fois tous les sept ou dix ans.
CONSEQUENCES DE CES CONDITIONS CLIMATERIQUES.—Des conditions de climat et de saison comme celles qui viennent d’être indiquées ressort le fait que le cultivateur n’a, au printemps, qu’un temps très court pour le travail des semailles, ne peut compter que sur une saison d'été relativement limitée pour la croissance et la maturation des récoltes et que sur une période fort restreinte à l’automne pour récolter et serrer les moissons. D'un autre côté, la rigueur du climat lui indique qu'il ne peut retirer du profit de son exploitation u’au moyen de semences spécialement choisies et de races d'animaux douées de grandes qualités de rusticité, de sobriété et d'endurance, s’il veut en retirer les revenus que le met en droit d'espérer la grande somme de travail diligent qu’il lui faut accomplir dans le court temps que lui offre la très brève belle saison de la région qu'il habite.
SOLUTION D'UN PROBLEME.—Le problème étant ainsi Ja pee lui, comment le cultivateur doit-il s’y prendre pour le résoudre? Pour arriver à sa solution il faut considérer les trois aspects sous lesquis elle se présente, savoir: Les conditions spéciales de la culture à faire, celles des semences à choisir, celles des races d'animaux à garder sur la ferme.
CONDITIONS SPECIALES DE LA CULTURE A FAIRE DANS LES REGIONS FROIDES DE QUEBEC.—A maintes reprises, il a été enseigné aux cultivateurs de notre province qu’ils doivent s'appliquer à la pratique de l’ameublissement et de l'assainissement du sol au moyen de deux o tions qui assurent l'obtention de ces deux condit'. 1 indispensables à
toute bonne culture. Il leur a également été prouvé que, étant donné les.
onditions climatériques de Québec, il faut s’assurer cet ameublissement et cet assainissement de bonne heure au printemps, vu la néces-
sité pd y a de profiter des pe beaux jours qui viennent réchauffer le sol afin de faire les semailles le plus tôt possible. Enfin, il a été prescrit que le meilleur moyen de faciliter le réchauffement et l’ameublissement hâtifs et rapides du sol, au printemps, se trouve dans l’égouttement à fond son un bon système de fossoyage, ou encore mieux, de drainage souterrain, pour enlever l'excès d’eau qui s’imbibe dans le sol à la fonte des neiges ou à la suite des pluies abondanteset continues, et le tient froid, et dans l'opération du labour d’automn- :‘1i permet à la gelée de désintégrer le sol et d’en briser les cules de manière à le rendre friable de bonne heure et sensible à l’action du hersage dès le débu;: du printemps. Or, s’il est une région où ces deux opérations du drainage ct du labour d'automne doivent être À que y c’est bien celle dont nous sommes À nous occuper. De fait, à part les sols sablonneux sans consistance, les terres noires légères, sur lesquelles l’action du labour d'automne est perdue et les terrains en pentes abruptes qui se lavent sous l'influence des pluies, tous les sols, dans la province de Québec, doivent être labourés l’automne, nonobstant le préjugé qu’opposent à cette pratique bon nombre de culti-’ateurs qui prétendent que le labour d'automne, à moins d’être fait dans d’excellentes conditions, provoque la cruissance infaillible, au printemps, de certaines mauvaises herbes. A ce préjugé, nous opposons l'affirmation suivante: aucun labour, qu’il soit fait au printemps ou à l’automne, ne peut À grrr à la croissance des mauvaise herbes, à moins que le sol labouré ne contienne d'avance des iacines de plantes nuisibles bisannuelles ou vivaces ou des graines ge gr de mauvaises herbes. S'il en était autrement, il faudrait croire à la génératio:, spontanée,c’est-à-dire à la croissance des mauvaises plantes dans un sol qui n’en contient ni des graines ni des racines, ce qui serait une absurdité.
Aujourd’hui, avec les bonn:: “hasrues un fer et en acier que nous possédons, et de bons attelages, on peut =bourer dans n'importe quel terrain, l'automne, quel que soit ce tertun, pourvu qu’on y mette le nombre voulu de chevaux et, l’on est certain que l’action gels et dégels de l’hiver fera de ce terrain ainsi laituré, quel que mauvais que puisse être ce labour, un terrain biex #38 au printemps, L'on a
aussi, de nos jours, l’av:ntage que n’a #% 2 nos ancêtres, de pouvoir nous servir d'appareils pour pulvé : printemps le sol, tels ue ces bouleverseurs (cultivateurs) à &: Sergique et ces herses à
isques (à roulettes) qui permettent de me:s.* dans le plus parfait état de pulvérisation et d’ameublissement possiisie n'importe quel terrain.
Donc, aujourd’hui, au moyen de la pratique du souterrain dont des démonstrations avec des males p »ctionnées sont données gratuitement dans toutes nos campagnes, + aux facilités qui nous
sont accordées par nos départements de 1 agri lture fédéral et local, des labours faits à l’automne et des énergique. #ersages pratiqués le printemps nous sommes, dans les régions froides, #* mesure d'avancer
l'époque des semailles d’au moins quinze jours, ce qui, le plus souvent, assure à l'automne la récoite sans gelée des \ qui restera souvent, fort problématique, si on néglige ces méthodes de culture que nous venons d'indiquer.
CONDITIONS DU CHOIX SPECIAL DES SEMENCES DANS LES REGIONS FROIDES DE QUEBEC.—Tel qu'il a été dit plus haut, l'on ne peut, dans nos régions froides, compter pour la croissance et la maturation de nos récoltes que sur une saison de trois mois u’été assurée, les quelques beaux jours que nous avons en septembre ne nous étant jamais garantis. Cela nous met dans la nécessité de ne cultiver en fait de céréales que celles qui peuvent môûrir en trois mois. On trouve cette qualité de maturation rapide dans certaines variétés de blé telles que le Marquis, le Preston, le Fyfe et l’ancien blé connu sous le nom de Blé de la Mer Noire, dans quelques variétés d'avoine, telles que l'American Banner, l’Abondance, la Ligowo, d'orge telles que la Mandchourie. En fait de pommes de terre il faut éviter les variétés À maturation tardive et se contents des variétés hâtives bien connues des types Rose hâtive (Early ror Beauté d'Hébron, Ohio hâtive (Early Ohio), Bovee, etc.
L'on a souvent parlé, dans ces dernières années surtout, et ce avec raison, des grands avantages qu'offre aux ‘iltivateurs de Québec, la culture du blé-d’Inde et de la luzerne, deux des plantes les plus précieuses pour les patrons de l’industrie laitière qui ont beaucoup de bétail à nourrir. Pour la région froide dont il est maintenant question, il importe que les cultivateurs les plus au nord n’entreprennent ces cultures en grand qu'après de sérieux et nombreux essais faits en suivant bien toutes les indications quand au mode de culture et aux variétés a cultiver fournies par les bulletins sur ces cultures distribués gratuitement, sur demande, par les autorités des fermes expérimentales du gouvernement fédéral. L'on ne devra faire les frais de construire des silos que là où l'on se sera assuré que la culture du blé-d’Inde est pratique et, pour ce qui est de la luzerne, qu’on se dise que, dans le nord de la Province, il n’y a encore que de rares endroits où l’on a constaté qu’elle réussit. D'un autre côté, l’on est certain que la culture des fourrages verts, des racines, navets blancs et jaunes, betteraves, carottes, est rénumératrice.
Il y a une chose, en tout cela, qu'il ne faut pas perdre de vue, c’est que si, dans la première partie de cet article, l’on a tant insisté sur la né-
sité absolue de s'assurer d’un ameublissement et d’un échauffement bâtifs du sol de bonne heure, au printemps, c'est parce qu'il importe de semer de bonne heure afin que les semences aient le temps de germer et de bien lever avant d’être saisies par les grandes chaleurs de l'été qui, souvent, au nord, se font sentir dès le commencement de juin et retardent, par la sécheresse, la germination «! la croissance des grains qui ont été l'objet de semailles faites trop tardivement.
USAGE DES ENGRAIS CHIMIQUES.—On conseille aussi l'usage de certains engrais chimiques pour activer la première croissance de cer taines semences. Le sulfate d'ammoniaque etle nitrate de soude favorisent une prompte croissance de certaines plantes racines, de quelques céréales et de beaucoup de plantes potagères. Le superphosphate est l’ami des crucifères, choux, navets, navette, Les cngrais potassiqe sont de précieux adjuvants des patates, des betteraves et des plantes
e prairies. Les scories de os a gg vo aident merveilleusement, appliquées l’automne, aux prairies et pâturages. D'une manière générale, ceux qui joignent aux fumures ordinaires, faites avec l’engrais de ferme, des e chimiques, soit pour les plantes racines, soit pour les céréales, soit pour les plantes fourragères,sont certains d'augmenter leurs chances de succès dans leur culture septentrionale, d'une manière remarquable et fort rémunératrice.
CONDITIONS DU CHOIX DES RACES D'ANIMAUX À GARDER DANS LES REGIONS FROIDES DE QUEBEC.—Nous n'énoncerons rien de nouveau en disant ici, que, dans les régions septentrionales de la province de Quèbec, encore plus que dans ses autres régions, l’industrie laitière est la branche la plus profitable de l’agriculture. La preuve de cette assertion n’est plus à faire. Elle nous amène à dire, tout de suite, en parlant de races d’animaux qui conviennent le mieux aux cultivateurs des régions froides, quelles sont les races de vaches qui sont les plus utiles pour pratiquer l'industrie laitière dans ces régions. La nomenclature n’en sera pas longue puisque, à notre avis, doux races seules conviennent réellement pour cet objet: La vache canadienne et l'ayrshire. Chacun sait que que ce que l’on appelle la vache canadienne c’est la vache française importée par Champlain et ses successeurs dans la Nouvelle France. Son histoire n’est pas à faire. Depuis lon ps l’on n’a plus à faire valoir ses mérites. Sobre, rustique, frugale, endurante, elle a mérité qu’on dise d’elle au concours des différentes races laitières, à l’Exposition pan-Américaine de Buffalo, qu’elle est la vache la plus économique à garder. Quand à l’ayrshire, le fait qu’elle est originaire de l’Ecosse, où elle a à support: les rigueurs d’un hiver guère moins sévère que le nôtre, la rend très ena rante et capable de suppurter aussi bien que la
vache canadienne la froide température que notre climat force nos bêtes à subir. On se laisse souvent tenter par les qualités des autres races laitières qu’on 2 l’occasion de rencontrer dans notre province, par l’élé-
ainsi que ce celui de la guernesey en matière grasse,par la forte taille jointe à l'énorme production de lait de la holstein, mais il est un point qu’il ne faut pas perdre de vue, étant donnée la grande rigueur de notre climat septentrional, c’est celui que les animaux des races qui sont originaires de pays à climat bien moins rigoureux que le nôtre, telles que les iles de Jersey, de Guernesey, la Hollande, ont beaucoup à souffrir de nos printemps et de nos autonmes humides et froids, de la basse tem-
rature de nos hivers et voient vite leur constitution s’altérer, même orsqu’on en a tout le soin possible et, encore bien plus, lorsqu'ils ont à subir le sort misérable qui mr leur partage chez un trop grand nombre de nos cultivateurs dont les étables laissent beaucoup à désirer et ui soumettent souvent leurs bêtes, en hiver, à un régime de famine et, l'été, à une diète dont l’herbe est le plus rare élément. Avec la tuberculose qui, comme un reptile venimeux, s’insinue en rampant sournoisement dans nos troupeaux, on comprendra facilement que si l’on ne se borne pas à garder des bêtes essentiellement acclimatées, rustiques et ecoutumées à une frugalité qui leur permette de conserver leur santé malgré le pauvre régime auquel beaucoup d’entre elles sont soumises, l'on ne peut espérer se former des troupeaux qui rendent profitable notre industrie laitière.
Pour ce qui est des autres espèces d'animaux qui conviennent à nos régions froides, en fait de chevaux nous ne pourrons facilement trouver une aussi bonne race que l'était celle de notre cheval canadien, d’origine française lui aussi, et qui a vu de si beaux jours, dans notre province, avant que nous l’ayons laissé enlever par nos voisins, les américains. Nous devons diriger nos efforts vers la reconstitution de cette utile race, ee à laquelle devraient se consacrer nos meilleurs éleveurs canadiens-
rançais.
Le mouton est un animal dont nous avons beaucoup trop négligé l'élevage chez nous, pour des raisons qu’il ne nous appartient pas de discuter ici. Pourtant, beaucoup de nos terrains s'adaptent merveilleusement bien à l'élevage de cet utile animal qui, par sa laine, et surtout par sa chair, acquiert de nos jours beaucoup de valeur. Ce sont le races à laine courte qui conviennent le mieux à notre climat du nord et parmi celles là, les shropshires et les bampshires qui s’acclimatent le mieux ches nous.
En fait de cochons, les races dont nous retirons le meilleur profit sont les berkshires et les yorkshires, suivies de près par les chester blancs et les tamworths. Pour les oiseaux de basse-cour, restreignons notre
choix à la plymouth rock barrée, quand aux poules, et à l’oie commune canadienne,
Puis, lorsqu'il vous arrivera de visiter une ferme canadienne dans la région nord de notre province, si vous vous aperceves que les principes dont le présent article est un résumé y sont mis en application, vous pourrez vous dire que son propriétaire est engagé dans la voie de le prospérité.