‹ L'agriculture et le phosphate de chaux: notice sur les travaux et sur lesChapitre 28 sur 49 · MONSIEUR DE KERMAREC, AVOCAT A PARIS · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE KERMAREC, AVOCAT A PARIS

Monsieur,

J'ai reçu avec le plus grand intérêt la lettre que vous avez bien voulu me faire l'honneur de m'écrire le 8 de ce mois. J'y aurais répondu moins tardivement, si j'avais été moins maladroit à lire votre signature.

Vous me demandez d'abord si, ce avant la « communication de M. de Molon à l'Académie « des Sciences, en décembre 1856, il était à la « connaissance de MM. les Ingénieurs des Mines ce et de l'Académie, qu'il eût été pratiquement « découvert, circonscrit et signalé en France, des « gisements de . phosphate de chaux fossile uti- « lement exploitables. »

J'ai répondu implicitement à cette question dans différents articles insérés au Moniteur* en février 1857 ; j'ai cité tout ce qui était alors à ma connaissance sur l'existence de gisements de phosphate de chaux en France et je n'ai eu à mentionner que des documents purement scientifiques.

M. de Molon est très-certainement le premier qui ait signalé des gisements exploitables de phosphate de chaux, en France ; il est le premier qui ait ouvert, dans un but industriel, des exploitations de phosphate de chaux. Jusqu'à lui on n'en avait recueilli que quelques échantillons qui avaient été placés dans les collections minéralogiques.

Je dois déclarer que c'était aux travaux de M. de Molon que je faisais allusion, lorsque, le 23 octobre 1857, je disais à la fin de ma préface : <c Je regrette « de n'avoir pu y indiquer le& nombreux gisements « de phosphate de chaux qui, tout récemment, ont « été découverts et mis en exploitation dans diffé-» « rentes parties de la, France, mais j'espère que « ces découvertes, devenues l'objet d'une industrie « déjà importante, seront bientôt l'objet de puce blications spéciales.

Vous me demandez en second lieu : « si avant « l'exploitation de M. de Molon, il avait été ex- « trait en France des nodules de phosphates de « chaux fossiles. »

Je répète qu'il n'est pas à ma connaissance qu'avant 1856 on en eût découvert des quantités exploitables, à plus forte raison extrait.

En troisième lieu, vous me demandez enfin et surtout : « s'il avait été livré à l'Agriculture « Française du phosphate minéral à l'état de poudre

« naturelle et s'il était connu, avant l'application que « M. de Molon en a fait faire, que sous cette forme « l'agriculture pouvait utilement l'employer. »

Je n'ai connaissance d'aucune autre expérience faite à cet égard, et je regarde comme certain que M. de Molon a été le premier à livrer aux Agriculteurs, le phosphate de chaux naturel, soit en nodules soit pulvérisé ; en 1856, nous ignorions, M. Dufrenoy et moi, que cette exploitation pouvait se faire industriellement.

Je crois donc pouyoir répondre affirmativement à votre dernière question : « M. de Molon « a-t-il, par son travail, donné à la Société un « produit nouveau et utile ?»

Je Grois que M. de Molon a créé une industrie nouvelle qui grandira de plus en plus et qui rendra à l'Agriculture les plus importants services.

Vous pouvez, Monsieur, faire tel usage que vous voudrez de ces déclarations qui sont, de ma part, l'expression d'une conviction très-réfléchie et, si vous parvenez à faire rendre à M. de Molon la justice qui lui est due, je vous en féliciterai comme d'une bonne action à laquelle je serais heureux de pouvoir contribuer moi-même.

Votre dévoué serviteur,

Signé: L. ÉL1E de BEAUMÔNT.

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