CHAPITRE IV
Les découvertes scientifiques et les méthodes
nouvelles.
Pour comprendre la portée de ces méthodes, iJ est maintenant indispensable de parler des découvertes scientifiques qui ont transformé la technique agricole.
L'emploi des engrais complémentaires et des engrais minéraux en particulier, caractérise une période particulière de l'évolution agricole. Des observations isolées faites par des praticiens avaient déjà révélé l'influence de certaines substances minérales telles que la chaux ou le carbonate de chaux, le plâtre, les os pilés renfermant des phosphates, les cendres des végétaux incinérés, Je nitrate de potasse.
Il y avait loin pourtant de ces constatations empiriques à l'intelligence des phénomènes relatifs à la nutrition des végétaux.
C'est en étudiant le développement de la plante dans un sol stérile qu'on est arrivé à reconnaître quelles sont les matières indispensables à sa croissance.
L'un des premiers, Boussingaull a montré, il y a plus de soixante ans, qu'un végétal cultivé dans un sable stérile se développait normalement quand on ajoutait à ce sable du phosphate de chaux, dû silicate
de potasse et de l'azotate de potasse. C'était là une véritable révélation. La portée de pareilles recherches a été considérable.
A la même époque Boussingault démontrait encore que lés plantes étaient capables d'assimiler l'azote des nitrates. Dans ces expériences classiques le poids de matière végétale élaborée croît dans le même 'sens, sinon dans la même proportion, que le nitrate de potasse ajouté à un sol stérile pour le compléter. Dans quatre vases renfermant du sable calciné on avait placé des graines à y ]Bélianthus. Au bout de cinquante jours, les résultats obtenus ne laissaient subsister aucun doute.
En voici le tableau :
Rapport du poids Echantillons . Poids des plantes, de la plante
déterres. semence déduite. à la semence.
N° 1. Sans nitrate . . . 0,397 4,6
N° 2. 0s r ,02 do nitrate . 0,729 7,6
No 3. 0sr,04 de nitrate . 1,130 11,3
N° 4. 0§'',16 de nitrate . 3,280 30,8
L'inlluence des nitrates sur la nutrition et le développement des végétaux était mise en évidence avec une indiscutable clarté. Des expériences répétées au laboratoire et dans les champs ont confirmé les résultats des essais de Boussingault. La généralisai ion de l'emploi des nitrates, du nitrate de soude «In Chili, par exemple, a été la conséquence de cette découverte scientifique.
Voici maintenant comment ont été révélés les avantages de l'emploi des phosphates.
Dès L822 on utilisait aux environs de Nantes d'énormes dépôts de noir animal, substance qui servait à clarifier les sucres. Les cultivateurs avaient constaté l'heureux effet de cet engrais sur leurs champs, mais
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ils ignoraient, à vrai dire, les raisons de cette action fertilisant»'.
A la même époque on signalait en Allemagne, et surtout en Angleterre, l'avantage de l'emploi des os pilés. Une usine installée à Hull, dans le comté d'York, broyait les os que l'on allait chercher partout, et spécialement en Allemagne où l'on en tirait des champs de bataille illustrés par des guerres récentes. Bien qu'on sût à ce moment que les plantes, et spécialement les graines, renfermaient du phosphore, nul ne paraissait comprendre que le noir animal et les os non calcinés devaient leur action fertilisante aux phosphates qu'ils renfermaient.
Un agronome anglais, le duc de Richmond, eut le mérite de découvrir cette vérité. On supposait avant lui que les os étaient surtout utiles parce qu'ils apportaient au sol des matières grasses et de la gélatine. II démontra que les os bouillis ou calcinés exerçaient la même action fertilisante et il avança même que cette influence devait être attribuée à V acide phosphorique mêlé à la chaux des os employés comme engrais.
Des essais nombreux confirmèrent cette opinion.
Les conséquences d'une pareille découverte furent aussi fécondes qu'imprévues. On songea, en effet, à utiliser dès lors les phosphates fossiles trouvés au même moment par les géologues. Les gisements de phosphates de chaux découverts en Angleterre, en France, en Espagne (Estramadure) devaient donc être exploités pour fournir à l'Agriculture un engrais d'une extraordinaire puissance.
Utilisés sous forme de poudre, à l'état naturel, ou soumis à l'action de l'acide sulfurique pour constituer des superphosphates , les os et les phosphates fossiles sont devenus, à partir de 1850, un des engrais les plus utilement employés. Nous verrons tout à l'heure
quelles sont les énormes quantités de phosphal es mises aujourd'hui à la disposition de l'agriculture grâce à l'exploitation des gisements découverts dans l'Afrique du Nord, notamment en Tunisie.
Enfin, on savait déjà au milieu du xix e siècle que tous les végétaux renferment de ta potasse de même qu'ils contiennent des substances azotées ou des phosphates. Il était naturel de se demander >i les sels de potasse employés comme engrais n'exerçaient pas sur les piaules cultivées une action utile. C'est seulement en 1867 que l'exploitation des puissants gisements de Stasfurt- A ii hait, en Allemagne', permit l'emploi économique de cette matière fertilisante. Klle est aujourd'hui utilisée d'une façon habituelle, soit isolément, soit le plus souvent à l'état de mélange avec des phosphates ou des matières minérales riches en azote comme le sulfate d'ammoniaque.
En somme, à partir de 1850 et surtout de 1860, grâce aux découvertes scientifiques des chimistes et des géologues, grâce aux expériences répétées des agronomes, l'Agriculture moderne était pourvue de moyens d'action et de transformation d une extraordinaire puissance : nous voulons parler des engrais minéraux complémentaires.
Dans cette catégorie il faut ranger non seulement les sels de potasse et de soude connus sous le nom de nitrates, les phosphates, et les sulfates ou chlorures de potassium, mais encore tous les amendements tels que la chaux et le plâtre, apportant au Sol une matière utile à la plante et manquant au sol.
Il faut même joindre à cette liste des substances fertilisantes les plus actives, les résidus industriels dont la composition chimique désormais connue permettait d'assimiler l'influence à celle des composés définis tels que les nitrates ou les phosphates. Les
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débris d origine animale, les os, la corne, le sang desséché, les engrais de poissons, la laine, lurent, avec raison, considérés désormais comme des matières premières capables de compléter la terre arable en lui apportant de l'azote et de l'acide phosphorique, de la chaux ou de la potasse sous des formes ou des combinaisons diverses.
L'analyse chimique révéla dès lors la composition de toutes ces substances et permit de les assimiler à des engrais minéraux d'un type défini. Des essais multipliés précisèrent leur action et les conditions de leur emploi.
Il en fut de même pour les engrais de ferme, c'està-dire pour les fumiers, le purin des étables, et surtout pour les substances végétales telles que les tourteaux de graines oléagineuses. En apprenant à l'agronome ce que renfermaient la marne ou la tangue, le maërl, les faluns, les goémons, les varechs, et autres engrais de ruer, le chimiste lui fit comprendre les raisons de leur action fertilisante et les conditions de leur emploi. Les recherches de laboratoire justifiaienl cet usage el donnaient enfin, après tant de siècles, l'intelligence des pratiques empiriques.
Sans doute, le cultivateur continuait d'ignorer les transformations subies dans le sol par les matières que ce dernier renfermait ou qui lui étaient apportées pour le fertiliser.
L'usage même des substances fertilisantes nouvelles était encore mal connu. Les rapports existant entre la composition chimique du sol et celle des engrais n'étaient pas précisés, et, d'autre pari, il fallait multiplier encore les essais pour déterminer la nature des fumures convenant à telles ou telles plantes.
Les doses, l'époque des épandages, l'action combv-
née ou isolée des engrais minéraux devaient encore vive l'objet des études les plus difficiles et les plus délicates, car. en pareille matière, nulle généralisation n'est possible et la solution du problème posé varie avec chaque région comme avec chaque plante, avec chaque champ comme avec chaque saison.
Les certitudes acquises étaient cependant si précieuses, et les connaissances applicables à l'accroissement delà fertilité étaient déjà si fécondes que leurs conséquences économiques ont été immédiatement observées.