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LE RÔLE DE LA MACHINE EN AGRICULTURE

première existe; il s'agit d'en modifier la forme ou les qualités, d'en associer on d'en séparer les éléments.

Avec un arbre, il s'agit de faire des poutres, des planches; avec des fibres végétales, il est nécessaire • de former des fils pour constituer un tissu.

D'un minerai, il est question d'extraire un métal pur. bien qu'il se trouve combiné avec quelques corps simples.

Des grains d'une céréale, il faut tirer la farine qu'ils renferment et séparer cette dernière des enveloppes de la graine qui s'y trouvent mêlées.

Aprr< des siècles d'efforts et de laborieuses recherches, l'homme a découvert la machine^ l'outil, les procédés, qui lui permettent d'accomplir les transformations désirées. La scie est substituée au coin ou à la hache; la machine à filer ou à tisser remplace la main de la ménagère ou celle du tisserand. Le haut fourneau moderne accomplit d'une façon économique et parfaite la transformation du minerai. La meule écrase le grain que le bras des esclaves broyait entre deux pierres; la farine traverse une série de toiles qui la séparent des enveloppes de la graine.

S'agit-il de produire la force motrice? L'eau et le vent animent les appareils qui transmettent l'énergie et la transforment. Plus tard, la houille devient la matière première, la source de force à laquelle nous puisons, et ce sont les différents organes de la machine à vapeur qui opèrent la transformation plus ou moins économique et parfaite de la chaleur en mouvement.

Ainsi, dans l'Industrie, la machine exécute directement la transformation qui doit accroître l'utilité et la valeur de la matière première employée. Pour le filateur, pour le tisserand, pour le métallurgiste, pour le meunier, la machine réalise Vœuvre princijDcile. C'est elle qui file, qui tisse, qui sépare le métal

du minerai, ou l'amande du grain de ses enveloppes.

Sans doute, il existe dans l'industrie mille outils ingénieux qui. sans opérer la modification principale, servent cependant à la compléter ou à la préparer. Mais on peut dire que la machine est surtout utile lorsqu'elle se charge seule de l'œuvre maîtresse avec cette précision, cette régularité, et cette infatigable énergie dont elle nous paraît douée.

Quant aux conditions dans lesquelles les machines travaillent pour l'industriel, il faut ajouter qu'elles sont généralement semblables à elles-mêmes, et bien connues à l'avance. Avec un moteur et un poids égal de combustible d'égale qualité, on obtiendra, en France comme en Angleterre, en Europe comme en Afrique, le même nombre de chevaux-vapeur. La même machine filera, tissera, ou moudra des grains sous toutes les latitudes et sous tous les climats. Les opérations elles-mêmes, les transformations apportées à la matière brute, sont le plus souvent assez simples ; en outre, elles sont rapides, et l'on peut en accroître indéfiniment le nombre, les ralentir ou les accélérer, sans avoir à compter avec les influences atmosphériques.

En Agriculture, la machine ne remplit jamais le rôle que nous venons d'assigner aux instruments de la production industrielle; les conditions du travail et la nature des opérations ne sont pas moins dissemblables. Dans l'industrie agricole, l'homme ne transforme pas lui-même, comme le fîlateur ou le tisserand, du chanvre ou de la laine en fils, et ces fils en tissus. Il ne peut qu'assurer dans les meilleures conditions, révélées par l'observation et l'expérience, les transformations d'une graine en une plante, ou, ce qui n'est pas moins merveilleux, la transformation d'un aliment par un être animé . Les machines ne sont plus les

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instruments aux organes simples et fixes que l'homme modifie à son gré, dont il règle l'action, l'énergie et la productivité.

En Agriculture, rien de pareil. C'est la plante qui est la machine aux mécanismes cachés, dont la vie mystérieuse est réglée par des lois que rien ne révèle tout d'abord aux yeux. La machine^ c'est la terre dont on a ignoré si longtemps jusqu'à la composition chimique, jusqu'aux transformations les plus importantes sous l'influence des saisons, de l'humidité, de la chaleur, sous l'influence de ces organismes microscopiques dont faction incessante peut rendre le sol stérile ou fécond.

Ici, nous le répétons, V action humaine est indirecte-, l'agriculteur se borne à découvrir dans quelles conditions, et suivant quelles lois, la plante se développe ; il fait ce qu'on appelle de la physiologie végétale; puis, il étudie les lois naturelles qui règlent la transformation du milieu où la plante végète, c'està-dire de la terre.

Ailleurs, l'agriculteur cherche comment l'animal se développe, de quelle manière, plus ou moins avantageuse et économique, il transforme en lait, en laine, en viande, en force, l'aliment qui lui est donné. Et, quand il possède toutes ces notions, si incomplètes qu'elles soient, quand il a lutté contre les circonstances imprévues, contre l'action des lois qu'il a longtemps ignorées, alors l'agriculteur ne peut que se placer dans les meilleures conditions, et attendre une transformation toujours incertaine, parce qu'il ne peut rien sur les vents, sur les pluies, sur les agents morbides, parce qu'il commence à peine à entrevoir les lois auxquelles sont soumises ces trois machines qu il n'a pas faites, et dont il doit pourtant se servir : la plante, la terre, ranimai.

On se demande parfois pourquoi l'industrie agricole ne fait pas plus de progrès, pourquoi sa productivité s'accroît avec tant de lenteur. Peut-être le comprendra-t-on mieux si l'on conçoit nettement les difficultés multiples, et à peine entrevues jusqu'à nos jours, de ces transformations qui s'opèrent chaque jour sous nos yeux, mais suivant des lois que l'homme n'a pu découvrir ou pressentir qu'après de longs siècles de recherches ou de tâtonnements.

Quant à l'outil mécanique, quant à la machine au sens habituel du mot, son rôle en agriculture ne peut être etn'est jamaisquesecondaire. A l'inverse de ce qui se passe dans l'industrie, comme nous l'avons dit et répété, en Agriculture, l'opération principale n'est pas l'œuvre de l'outil ; ce dernier est employé aux différentes façons du sol, au labour, au hersage, à la récolte ou aux transformations des produits déjà obtenus.

La charrue fend le sol, sert à l'aérer, à le soumettre aux influences des agents atmosphériques ; la moissonneuse et la faucheuse mécaniques coupent les tiges des plantes fourragères ou des céréales, la machine à battre sépare le grain de la balle, d'autres instruments nettoient encore les céréales et remplacent l'homme dont l'action directe s'efface. Mais ces services, si appréciables et appréciés qu'ils soient, ne sont que d'une faible importance si on les compare à ceux que rendent en industrie les machines qui filent, qui tissent ou qui produisent la forer.

Le rôle des instruments mécaniques est donc tout différent en agriculture de ce qu'il est dans l'industrie.

Les conditions dans lesquelles s'opère le travail mécanique ne sont pas moins dissemblables. Si certains instruments comme les machines à battre, si les appareils destinés à la préparation des grains, de four-

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rages et «les racines pour l'alimentation du bétail, etc., peuvent être employés à toute époque et à tout instant avec une régularité parfaite et une efficacité certaine, il n'en est pas de même pour les machines employées à l'extérieur de la ferme.

Les opérations agricoles sont irrégulières et intermittentes.

( h\ ne peut se servir du semoir qu'à l'époque des semailles, et la charrue reste inutilisée en dehors de la période des labours. Si la faucheuse remplace à merveille le bras de l'homme pour abattre en quelques heures sur la prairie les tiges des plantes fourragères, il n'en faut pas moins attendre que le soleil ait desséché ces tiges pour qu'on puisse se servir d'un autre instrument comme le râteau achevai, et réunir en une masse unique le foin éparpillé à la surface du sol.

Les progrès incontestables de la mécanique agricole ne sauraient donc être comparés à ceux de l'outillage industriel. Leur action sur la production et le prix de revient des denrées a été, jusqu'ici, très limitée. Il ne faut accuser, d'ailleurs, ni la routine des cultivateurs, ni le défaut d'esprit d'invention des constructeurs de machinés agricoles. Pour qu'un outil ou un procédé industriel permette de réaliser des économies notables, il faut que cet outil ou ce procédé accomplisse la transformation principale, celle qui représente le plus grand travail et correspond aux dépenses les plus fortes. Or, les machines agricoles ne peuvent pas, en général, remplir ce rôle et atteindre ce but. Leur emploi est nécessairement limité à un petit nombre d'opérations secondaires; cet emploi est en outre irrégulier, intermittent.

La division des cultures, la nature des sols, leur relief et leur pente, la collaboration toujours néces-

saire de l'homme et «les moteurs animés pour coiiipléter l'action de l'engin mécanique, le jeu variable des influences atmosphériques et la nature des plantes cultivées, tout s'unit pour enlever à la machine agricole son efficacité immédiate, son action pondérante sur la productivité des terres et le prix de revient des produits.

A plus forte raison en est-il de même quand il s'agit de la production animale. Le rôle de l'outil est alors presque insignifiant. Quand nous aurons cité quelques appareils destinés au concassage des graines alimentaires ou, en général, à la préparation des aliments, nous aurons tout dit.

La véritable machine, le seul instrument de transformai ion, c'est ranimai lui-même. Il n'en est pas de plus compliqué, «le plus difficile à connaître et à diriger. Ce sont les lois mêmes de la vie animale qu'il faut pénétrer; c'est à elles qu'il convient d'obéir tout d'abord pour pouvoir ensuite leur commander, en les utilisant à notre profit, quand il s'agit d'élevage, d'engraissement, de sélection, etc., etc. La zootechnie,, cette science qui se propose précisément d'appliquer à l'entretien des animaux domestiques les découvertes scientifiques modernes, la zootechnie est née d'hier. Ce sont ses progrès qui donneront à l'homme la puissance d'action qu'il n'a pas encore.

Le génie de quelques éleveurs, comme l'Anglais Collings, le créateur de la variété améliorée des courtes-cornes Durham a plus fait pour les progrès de l'agriculture anglaise que l'inventeur de la moissonneuse. Aucun instrument mécanique n'a accru la productivité du sol autant que les découvertes de ceux qui ont, les premiers, étudié l'action des amendements et des engrais chimiques sur l'alimentation des plantes et leur développement.

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