LES MALADIES DES A \ I M \ I S
que l'on veut, et maintes fois il a été utilisé à éteindre les épidémies dans les fermes.
« Dans le même temps, Pasteur s'occupe de La maladie charbonneuse des moutons el des vaches; elle lui paraît particulièrement favorable à l'expérimentation, puisqu'elle peut être inoculée et que l'on sait, depuis I tavaine, que le sang des animaux charbonneux contient un microbe particulier. De plus, elle cause de grandes pertes à l'agriculture ; quel succès pour la science nouvelle si elle en trouvait le remède !
« Une maladie des vaches et des moulons ne s'étudie pas seulement au laboratoire, il faut l'observer sur place. Aussi Pasteur et ses collaborateurs s'installentils pendanl l'été en plein pays charbonneux, dans ta ferme de M. Maunoury, qui fui pour eux un auxiliaire précieux et dévoué. Par des expériences qui sont restées des modèles, Pasteur écarte toutes les objections contre le rôle attribué par Davaineà la bactéridie. Elle est bien certainement la cause du sang de rate et c'est en avalant les spores de ce microbe que les animaux prennent la maladie. Ces -pores, Pasteur les extrait de la terre des champs dangereux, elles y sont apportées et entretenues par l'enfouissement sur place des cadavres des animaux morts de maladie. N'enterrez plus dans les champs les bètes charbonneuses, conseillait Pasteur aux cultivateurs, vous y ensemencez en même temps le sang de rate. Ces prescriptions étaient excellentes, mais, leurs bons effets eussent été longs à apparaître, et durant bien des années encore la fièvre charbonneuse aurait fait des victimes si Pasteur n'avait préparé contre le charbon un vaccin analogue à celui du choléra des poules. Je ne dirai pas ici les difficultés du problème, je rappellerai qu'en mai 1881 la nouvelle méthode de prévention du charbon faisait ses preuves à Pouilly-le-
Port, près Melun, dans une expérience publique. Celle-ci avait été organisée par la Société d'Agriculture <lo Seine-et-Marne ; clic était suivie par des agriculteurs, des vétérinaires, des médecins et des savants. Son retentissement fut immense; sans doute elle donnait à l'agriculture le moyen de se débarrasser d'un fléau redoutable, mais surtout elle permettait à la médecine l'étude expérimentale de l'immunité. Cette question de l'immunité contre les maladies infectieuses est le sujet des méditations des médecins depuis qu'ils observent des malades; elle a donné lieu à maintes doctrines, aussi comprend-on pourquoi les résultats de Pouilly-le-Fort procurèrent moins de satisfact ion à écriai nés écoles médicales qu'aux agriculteurs. Ces derniers, dépourvus d'esprit de système n'envisageaient que les bénéfices qui résulteraient pour eux de la vaccination anticharbon ueuse, les autres ne pouvaient renoncer sans quelque amertume aux doctrines qui avaient orienté leur labeur.
« Aujourd'hui. la vaccination contre le charbon n'a plus que des partisans, elle s'est répandue dans tous les pays, elle est une pratique agricole courante grâce aux vétérinaires. Depuis 1881, en France seulement, il a été inoculé préventivement plus de dix millions d'animaux et beaucoup plus dans les autres contrées.
« Cette grande d «'couverte fut bientôt suivie de celle de la vaccination contre le rouget des porcs qui, de 1881 à 1911, aété appliquée à plus de deux millions de porcelets.
«Après vingt-cinq années d'épreuve, les vaccinations pastoriennes sont restées telles qu'elles sont sorties du laboratoire de la rue d'Ulm. Un seul perfectionnement leur a été apporté; dans le cas où on doit vacciner un troupeau en pleine épidémie, on associe un sérum au vaccin, cette séro-vaccination donnant plus de sécurité. »