‹ L'Agriculture moderneChapitre 82 sur 84 · Voir Enquête agricole de 4882, introduction, p · texte numérisé non relu

Voir Enquête agricole de 4882, introduction, p

2. C'est-à-dire le capital employé par l'agriculteur pour mettre la terre en valeur (semences, bétail, outillage, etc., etc.).

lions de francs à 5 milliards 700 millions. La valeur de la production brute annuelle atteignait seulement, d'après M. Tisserand, 8 milliards en 1852, et dépasse 13 milliards en L882. Comparée au nombre des cultivateurs qui la crée par leur travail et leurs capitaux, cette valeur augmente de Ou 0 0 !

Nous persistons à penser que cet essor merveilleux a eu pour conséquence un développement parallèle de la consommation dans les campagnes, et, le phénomène que nous signalions plus haut s'est déjà produit. Pour satisfaire aux demandes croissantes d une population rurale plus exigeante parce qu'elbétait plus riche, la production industrielle a grandi. Il lui a fallu demander aux campagnes les auxiliaires indispensables à ses travaux et le déplacement observé de nos jours a été constaté dans la seconde moitié du xix e siècle.

D'ailleurs, la prospérité de l'Agriculture n'en souffrit pas, puisque cette prospérité même était la cause puissante qui provoquait le développement de l'industrie, en lui assurant un débouché pins large.

La misère du salarié rural avait-elle, au contraire, chassé le travailleur manuel des campagnes? Rien de moins exact. De 1862 à 1882, dans l'espace de vingt ans, les gages des serviteurs de ferme augmentent dans les proportions suivantes :

Maîtres valets 104 fr. ou 2S °/ 0

Laboureurs, charretiers 68 — 26 —

Bouviers, bergers 60 — 26 —

Servantes 105 — 80 —

L'augmentation serait bien plus accusée, si nous comparions les salaires de 1882 à ceux de 1852 1 .

1 . Voir à ce sujet notre ouvrage : les Salaire* et le Contrat <le travail. Paris, chez Brière, 1908, 1 vol.

l'agriculture moderne et l'exode rural 313

Ainsi, nous constatons aujourd'hui ce que l'on observai I hier. Voilà lout !

L'Agriculture a déjà subi l'épreuve que lui imposait la diminution du nombre des bras disponibles et la hausse simultanée des salaires. Elle a victorieusement résisté, et triomphé de cet obstacle. Sons l'influence toute-puissante des débouchés qui s'ouvrent plus larges «levant lui. l'agriculteur perfectionne les procédés techniques, dans le but de produire davantage et de profiter des hauts prix que lui assure précisément le développement de la consommation.

Ses épargnes réalisées accroissent le capital dont il dispose, c'est-à-dire les agents de transformations et les moyens de production de toutes catégories. Non seulement le territoire déjà cultivé est mis en valeur d'une façon plus parfaite, mais les surfaces incultes sont conquises: la jachère est réduite ou disparaît. Ainsi, l'étendue du sol productif augmenté réellement malgré la diminution absolue du nombre des travailleurs chargés de la cultiver. C'est cela que nous apprend l'étude du passé, et pareil enseignement ne saurait être négligé.

Il n'est pas question d'ailleurs de nier les inconvénients que présente l'exode rural. Le patron agricole trouve là une difficulté de plus qui rend sa tâche pénible et ses préoccupations incessantes. Le problème qui se dresse devant lui a cependant été résolu. L'emploi de l'outillage mécanique constitue une des solutions qui se sont imposées. Cet usage est efficace, et partout il est signalé.

L'esprit d'association si largement développé depuis quelque trente ans, permet aux petits cultivateurs de profiter des avantages que présente la machine agricole perfectionnée, et nos constructeurs se sont efforcés d'ailleurs de réduire les prix de l'outil

mécanique pour le mettre à la portée de cette clientèle agricole.

La main-d'œuvre nomade ou étrangère constitue encore un secours, une aide souvent indispensable, utilisée dans nos départements de culture industrielle et riche.

Aux Bretons qui émigrent temporairement, aux Belges qui sont utilisés dans l'Ile de France, viennent se joindre depuis six ou sept ans, et avec un succès parfois marqué, des travailleurs ruraux polonais.

Une note jointe à l'enquête officielle sur les salaires ruraux nous donne quelques conclusions intéressantes au sujet de cette main-d'œuvre étrangère.

« Comme il n'est que trop évident que, pour des causes multiples, la main-d'œuvre agricole fait en France de plus en plus défaut, les agriculteurs se trouvent donc dans l'obligation, pour y suppléer, d'avoirs recours aux ouvriers étrangers. L'immigration polonaise de Galicie ne fait que répondre à un besoin déjà ancien," mais que le recrutement insuffisant d'ouvriers belges ou italiens a contribué à aggraver. Elle se trouve donc pleinement justifiée et ne peut à aucun degré porter préjudice à la main-d'œuvre agricole indigène. En outre, les ouvriers galiciens appartenant originairement à une nation qui est traditionnellement sympathique à la France, pourraient, mieux que d'autres, y être cordialement accueillis. Il semble donc que tous les efforts qui seront tentés pour organiser, utiliser et développer méthodiquement cette immigration, au mieux des intérêts réciproques des agriculteurs français et des ouvriers galiciens, doivent être favorisés par les pouvoirs publics des deux nations dont ils servent en même temps les intérêts généraux. »

Enfin, la rareté et la cherté de la main-d'œuvre ont

Page 1