SCÈNE PREMIÈRE ^ BIASSOU, GERMAINE
GERMAINE, apercevant Biasson qui apparaît par la porte du fond.
Vous ici, mon parrain! c'esl-il Dieu possible?
DIASSOU, tenant sous le bras un panier recouvert d'un morceau de toile.
El pourquoi que je n'y viendrions point? l'étrangère a-l-clle donné l'ordre de mettre à la porte les anciens serviteurs du cliàteau ?...
GERMAINE
Non, mais depuis l'accident qu'est arrivé à madame la duchesse quéques-uns disent, tout bas, que c'est vous qui v avez jeté un sort.
BIASSOU
Moi... si j'y avions jeté un sort, Germaine, rétranpère ne s'en serionl point relevée; ce n'est même [loint elle, a te qui paraît, (ju'a été blessée.
GERMAINE
C'est vrai! quand son clieviil, (lui s'était emporté, allait lui briser les jambes, ou poul-élre bien lui écraser la této contre les arbres de la l'orèl, le jeune voisin du cliàleau de la Roclie- Barjon, qui accouipai-'iuiii madame la duchesse, a sauté à la bride du cheval, il s est laissé traîner et fouler par lui, mais tout de même il a fini [lar aircter la btMe. Ouand les i)i(]ueu\ sont arrivés, le jeune homme avait la tèie et la poitrine eu sang.
BIASSOU
Ce que le sort fait est bien fait, de quoi qu'il se môlait ce M. de Monlmarcy ?
GEUMAINK.
La duchesse allait peut-être mourir,
BIASSOU
Pas tout entière, il serait encore resté sa fille, celle qui lient la place d'notre véritable maîtresse.
GEUMAINE.
Parrain, m'est avis que vous laissez trop paraître votre haine.
BIASSOU
Bah!
GERMAINE
On ne sait que trop déjà que nous tenons pour madame la marquise douairière, pour sa fille la défunte, et pour l'orpheline qu'elle nous a laissée.
BIASSOU
Après?... j' sommes t'y les maîtres do ne pas en vouloir à la seconde femme de M. le duc et à son enfant qui s'en est venue couper l'herbe sous le pied de not' demoiselle? Chacun Î)Our les siens dans ce bas monde! Qu'elle prenne garde à elle a belle demoiselle, je connais une herbe qui se cueille au déclin de la lune, et j' sais une conjuration qui se dit la veille de la Chandeleur, qui n'ont jamais manqué leus effets.
GERMAINE
Y en a-l-il aussi quéques-unes de bienfaisantes, parrain, de vos conjurations?
BIASSOU
S'il y en a?... Pas plus tard qu'à ce matin, comme le coq chantait, j'en ons prononcé une sur la tôle d'un agneau qui venait de naître... A c'ie heure, c'est un porte-bonheur !
GERMAINE
Un porte-bonheur !
BIASSOU
Le v'Ià dans ce panier, je l'apporte à not' jeune maîtresse.
GERMAINE, regardant dans le panier. /
Un petit agneau tout blanc!... Elle ne va pas tarder à venir, vite, i)laf,ons le panier sur la table de sa chambre. (Kilo prend le panier et entre dans la chambre à droite.) o BIASSOU.
Penche un peu le panier, ne crains point de gôner l'agneau, faut qu'elle l'entende bAlcr dev;inl que de l'avoir vu, jjour (jnn le charme soye complet.