I.A DUCllESSli
Tu en es sùie !... il le l'a dit?
Oui !
BLANCHE
LA DUCHESSE
Alor?, c'est autrefois, il y a longtemps, puisqu'il y a trois mois qu'il a quitte Paris, puisque depuis trois mois il n'a pas bougé de ce pays.
BLANCHE
C'est vrai, il y a trois mois.
LA DUCHESSE
Ah! pauvre enfant !... illui disait cela... Et, depui?, ton image s'est cU'ycée de sa mémoire, ton souvenir a disparu de son cœur.
BLANCHE
Oh! vous le jugez mal, Gaston est un honnête homme; depuis trois mois il n'a pas cessé d'écrire un seul jour à sa sœur, et c'est de moi que parlaient toutes ses lettres.
LA DUCHESSE
Comment... lorsqu'il était ici, près de moi...
BLANCHE
Oh! ne l'accusez pas, je suis seule coupable. Je lui avais conseillé de s'établir d'abord chez lui... dans votre voisinage.
LA DUCHESSE, altérée.
Ah! c'est toi, (pii... lui as...
BLANCHE
Vous le savez... il n'est pas de grande noblesse... il n'osait pas prétendre à une alliance avec nous... et un jour... je lui ai dit: « Rassurez-vous... Dieu m'a donné pour mère, un ange de tendresse... Elle ne recherchera qu'une seule condition dans mon mariage, c'est le bonheur de son enfant; faites-vous connaître d'elle, gagnez son alfeclion, son esliine, et elle nous protégera!... »
LA DUCHESSE, à pari.
Ail! mon Dieu ! mon Dieu !
BLANCHE, conliniiaiit.
" Et quand elle aura appris que mon bonheur (l(''|)end de notre union, pour l'assurer, il n'i-st pas d'cllurts, il n'est pas de .sjcrilices dont elle ne soit capable! Oh ! il n'y a pas au monde deu\ mères comme la mienne!... vous le verrez!... •
LA DUCHESSE, il part.
Chacune de ses paroles me brûle, me rend folle.
ACTl': DHUXIKME. W
nt.ANCIIli:, ronliiiuanl.
« Vous serez, lui ai-jc dit, frapiid du cliarmo do sou esprit, mais c'est le jour où vous pourrez connaître son cœur, (jue vous vous trouverez en face d'une sainte!... Toutefois, faites bien attention ! D'autres ne cachent pas avec autant de soin leurs défauts, que ma mère ne dissimule ses qualités. Il n'y a que moi qui la connaisse, aussi Auit-il voir combien je l'aime I... »
LA DUCHESSE
Oh! tais-toij Blanche! par pitié, tais-toi... (Elle s'affaisso sur un banc, Blanche se met à genoux devant elle et continue.)
Et il m'a avoué depuis que j'avais raison. Il m'a même reproché de ne pas lui en avoir dit assez. Tiens, maman, je te ferai voir la lettre qu'il m'a écrite après qu'il a eu le bonheur de te sauver la vie. C'est la plus belle de toutes. Et tu veux que je ne l'aime pas, lui, qui m'a sauvé ma mère!... allons donc!... mais je l'adore 1...
LA DUCHESSE, altérée.
Ainsi lorsqu'il venait habiter près d'ici?...
BLANCHE
C'était pour se rapprocher de ma mère...
LA DUCHESSE
Les soins, les attentions, dont il m'entourait ?
BLANCHE
C'était pour plaire à ma mère.
LA DUCHESSE
Et lorsqu'il se montrait joyeux d'une blessure reçue en me sauvant... c'était... parce qu'il me savait ta mère.
BLANCHE
Oui !
LA DUCHESSE, à part.
Oh I malheureuse folle que j'étais 1 malheureuse! malheurcUJO ! (Elle sanglote et so cache la fijjure dans ses mains.) BLANCHE.
Tu pleures!... je suis donc bien coupable, maman ? /-^
LA DUCHESSE. IvV.^
Toi, pauvre enfant... (Se relevant.) C'est fini, ce n'cet plus rien... c'est fini, Blanche.
Maman !
LA DUCHESSE
Attends... emhMssc-m<>i... ombrasse-moi... Bien... A pn-.-
4i L'Alt:ULE.
sont je siii- forte... à préscnl!... je suis mcro... Tu l'aimes rceilemeit, u'oslce pas?
blanchi:.
Oui, maman.
LA DUCHESSE
Et fi l'on vous sôparail ?
BLANCIIIC.
Jcn mourrais...
LA DUCHESSE
Oui, pauvre enfant, tu serais sans force contre la Uille, le désespoir te tuerait I Et je ne le sauverais pas... blanchi:.
Ma bonne mère!...
la duchesse.
Bonne!... qu'en sais-lu?... Est-ce i)arcc qu'autrefois je me réjouissais do tous les bonheurs que me donnait ton enfance? Est-ce parce que mon cœur s'ouvrait toutes les fois que tu m'appelais de tes petites mains, de ton sourire et de tes caresses?... Mais je n'ai encore rien fait pour toi... je ne t'ai encore rien donné en échange de tout ce que j'ai re(;ii do ta tendresse ! C'est mainttMianl qu'il faut être bonne mère! Jo léserai! oui, je fer. i Irnvement mon devoir, et je me sens fière, je me sens li'..if.i-e do celte volonté d'assurer Ion bonheur. Il me .semble qu'un voile qui couvrait mes yeux ^e déchire, que je lis mieux dans mon cœur! Oui, je ])ressenlais(iuc Dieu les destinait l'un à l'autre! C'est un (ils que j'aimais en Gaston, et c'est loi (jui me réconcilies avec moi-mémo, c'est |)ar loi que je relève la tète et que je me dis heureuse... HiatichC; embrasse-moi encore, ma lille !... (liianciie dans les bras Uo la duchesse ; aa fond apparaissent le duc el le commandeur.) ^ " . • /