LE DUC, LA DUCHESSE
LA DUCHESSE
Ellca voulu se lever... elle va... Mais que vous nrrivc-t-il mon ami? D ou vient cette pâleur?d'où viontque vous me regarde/ ain.-i? Il y a de la colère, do la menace dans votre regard ! Ou avez-vous donc?
LE DUC, lui montrant les papiers.
Ce que j'ai, madame!... Vous avez pris soin de le dénoncer vous-même !
LA DUCHESSE
Oh! il sait tout!... il sait tout ! (Elle se cache la n^ure dans ses deux mains.)
LE DUC, d'une voix tiembiunle.
Pourquoi cacher votre vis;ig(î? Est-ce la honte qui vous rond muette! Est-ce le remords (pic lrahisse;it vos regards?
LA DUCHESSE, loiiiijant a ses pieds.
Pitié, Armand! vous ne uh- jugerez jamai.s aussi sévèreineiil (pio je me suis jugée moi-iiiémi'!
Li; Dl c.
Elle l'avoue! elle l'avoue! Ah! lemv. î je voim en supj.li:> !
74 L'AIEL'LE.
appelez à votre secours rinpocrisio, le men?on2;e, les l'aux soiments! vous réussirez peul-ètre à me glisser dans le onnir u;i rayon de doute I Je ne veux pas de cette horrible vérité.
LA DUCHESSE
Non, je ne chercherai pas à étouffer la réprobation de ma propre conscience. El quand bien inème, dans un élan de générosité, vous m'accorderiez !e pardon el l'oubli, moi, la premièrCj je ne me pardonnerais pas! jo n'oublierai jamais !
LE DCC
Le pardon!... l'oubli !... pour un pareil crime! mais vous seriez sur votre lit de mort, brisée et repentante, que je ne saurais vous promettre ni pardon, ni oubli.
LA DUCHESSE
Vous êtes un juge sévère, mais la pitié pour le coupable n'est pas un droit ; c'est une grâce!
LE DUC
Pas de grâce pour l'épouse, pas de pitié pour la mère, pas de miséricorde pour la femme qui a oublié ces deux litres sacrés.
LA DUCHESSE
Pas de pitié... pour la mère! Mais de quel crime m'accusezvous donc ?
LE DUC
De quel crime ? Dieu n'a pas permis qu'il s'accomplit tout entier. Blanche est sauvée, madame.
Blanche? pourquoi me parlez-vous d'elle?
LE DUC
Oui, elle est sauvée, mais quelques gouttes de plus el le poison la tuait I
LA DUCHESSE
Le poison I... que dites-vous là?... ma fille empoisonnée!...
LE DUC
L'infâme tentative a échoué !
LA DUCHESSE
Ma fille empoisonnée, et vous me parlez de crime? Oui... vous m'en parliez à moi... à moi... comme si... (Eiio s'arrête.) Voyons!... ma tète se perd!... Pas do pitié pour la femme! je le comprends... mais pas de pitié pour la mère, disiezvous!... mais alors, c'est donc sur moi que vous osiez jeter -vos soupçons!... Non!... cela n'est pas possible!... Uépondezl LE DUC, lui raoïilranl les papiers.
Rolisoz vos propres paroles,... madame! « C'est un arrêt de mort pour moi... ou pour... »
ACTli TUOISIÈAUÎ. / /A^ / 75)
Oh! c'est infâme!... Mais quel homme êles-vous donc pour ovoir conçu cet iibominablo soupçon?.. Que s'est-il passif dans votre cœur? quel démon s'est emparé de votre âme lorsque vous vous êtes dit : « Cette femme à qui, pendant dix-huit ans, je n'ai rien eu à reprocher, cette femme que le monde entoure de son respect, c'est un monstre odieux ! Elle tue .son enfant ! »
LE nue.
Je n'ai rien à vous reprocher?...
Non 1 rien ! Coupable vis-à-vis de moi-même, je suis innocente devant vous!... Le jour où vous m'avez épousée, je vous ai donné tout mon amour. Je ne vivais qu'en vous et par vous! Vous m'avez abandonnée, délaissée; vous m'avez livrée à l'isolement et au désespoir! Un jour, ma solitude s'est rompue. J'entends des paroles d'intérêt, de sympathie; un sentiment naît en moi ! un sentiment coupable, oui, je l'avoue! Je le combats de toutes mes forces, je lutte, je cherche un conseil, un refuge, un yppui... Periontiel... Oh! je me trompe! Dieu veillait sur moi!... Il m'envoie ma fille et la lumière pénètre dans mon âme et je suis sauvée ! Mais je ne me suis pas pardonné moi-même d'avoir laissé mon cœur un instant ouvert à une coupable pensée!... J'accepte d'avance toutes les expiations, je les appelle sur ma tèle... Quant à vous, monsieur, rien ne vous autorise à condamner l'épouse et je vous défends d'outrager en moi la mère !
LE DUC
Mais ces pages tracées par vous ne vous accusent-elles pas? Votre amour s'y exhale en menaces de mort contre votre rivale.
LA DUCHESSE. '
Lisez-les donc jusqu'à la (in, ces pages que vous avez surprises!... Vous y avez trouvé les traces du combat, vous y trouverez aussi les preuves de la victoire I
LE DUC
Quelles preuves? dites, parlez!
LA DUCHESSE
Tenez, voici le jour où j'ai retrouvé ma fille, le jour où son cœur s'est ouvert à moi !
LE DUC
Après? après?
Voici la rivale frémissante, éi»erdue 1
LE DUC
Après ?
LA DUCHESSE
La voilà qui faiblit, qui chancelle, qui pleure... LE DUC, avec force.
Et voici que la mère se réveille et triomphe!... Henriette, ne songeons plus qu'à Blanche! Unissons-nous pour préserver du danger qui la menace, la tète chérie de notre enfant!
LA DUCHESSE
Cherchez l'assassin, et punissez-le, voilà votre tâche ; quant à ma fille ! je ne la laisse à personne, pas même à vous! A partir de ce jour, elle n'aura plus d'autres soins que les miens; je m'installe à son chevet, je ne la quitte plus d'un instant!... Qu'on vienne donc me la prendre!,., elle est à moi, elle m'appartient, entendez-vous, et j'en réponds devant Dieu !