‹ L'aime: romanChapitre 8 sur 14 · X. Biochimie de la métaphysique · texte numérisé non relu

X. Biochimie de la métaphysique

Y. Lui.

Z. Moi.

Cosmétique, xi. — Gapillis optimum unguentum, s.. ..a.

Aphor. XIII. — Ses gestes constituent toute une géométrie dont les innombrables théorèmes et corollaires aboutissent fatalement à une seule et même conclusion.

* Quels diamants imprévus dans les plus hideux charbons! Et à quoi donc, lui, sans se tromper, les distingue-t-il? Certes, cet homme ni cette femme, il ne les connaissait point. J'ai eu la naïveté de croire que si, et il a eu la bonté de me jurer que non. Il ne m'avait, d'ailleurs, pas amené à ce bal des Pignetons pour m'y faire assister à cette inoubliable scène. Nous étions entrés là, par hasard, sans autre raison que son désir de prendre ce qu'il appelle un bain de crapule. Il était servi à souhait. Rien que des trouilles de la plus basse classe, et leurs souteneurs! Nous étions vêtus, lui surtout, si élégant, de façon que tout de suite on nous remarquât. Nous voilà dans la foule. Des mines gouailleuses et effrayantes. Moi, j'avais peur, je ne m'en cache pas. Plus, cependant, pour lui que pour moi. Et, de fait, c'est lui qu'on regardait le plus, et le plus formidablement. Il souriait. Un haut, large et désarticulé voyou, aux jambes molles, aux longs bras terminés par d'énormes pattes en éclanches, à la face glabre et blême où

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flamméchaient deux yeux de rat féroce, s'écrie tout à oup :

— En rond et à moi le caneçon !

Nous sommes au centre d'un cercle de gueules. Le voyou s'avance, se plante devant nous, et dit à Gabriel, en lui montrant une grosse fille :

— V'ià Manda, ma gerce. Moi, j'suis la terreur des Pignetons et je m'appelle la Crêpe. D'quoi qu'tu rinces?

Et Gab. répond tranquillement :

— De rien, mon ami; mais si madame veut nous offrir un saladier, je l'accepte.

Et, non moins tranquillement, il va vers là fille et la baise sur les lèvres.

Je m'attendais à des hurlements de pandémonium, à une tuerie. Il y eut un silence de mort. Les deux mâles se regardaient dans le blanc des yeux. Soudain Iji Crêpe dit à Manda :

— Ehben! la gosse, commande-le donc, ton saladier.

Il tourna lentement la tête dans tous les sens, pour voir si quelqu'un pouffetait, s'apprêtant à tomber sur le premier qui aurait seulement l'air de le soupçonner lâche. Personne ne broncha. On sentait bien, au reste, qu'il n'agissait pas par frousse. Mais on ne comprenait pas non plus pourquoi il agissait ainsi. Lui, sans doute, le comprenait encore moins que tous. 11 se contenta de donner aux autres, à Manda, et à lui-même, cette explication :

— C'est mon frère.

Et il embrassa Gabriel en sanglotant.

Puis, la tournée bue, il ajouta :

— Manda, tu peux marcher avec lui tout comme avec moi.

Il s'était levé, nous menait vers la porte, avait hâte de nous voir dehors, répétait d'une voix tremblante :

— C'est mon frère.

Dans la rue, )a fille se mit à pleurer et dit doucement à Gabriel :

— La Crêpe et moi, n'y a plus de bonheur. Ça s'en va comm' ça. C'est de vot* faute. Il a bien vu que tout à l'heure, quand vous m'avez sucé la pomme, j'y ai été de mon voyage. Mais je n'vous en veux pas. Au contraire! Seulement, voilà! Y a d'main, nom de Pieu, y a d'main. Enfin, puisqu'on se gobe, (juoi!

Elle sauta au cou de Gabriel, lui mit encore la bouche aux lèvres, s'y pâma longuement, lui glissa ensuite dans le col de la chemise une poignée de sous qu'elle avait en main, la monnaie qu'on lui avait rendue tout à l'heure sur une pièce de deux francs, quand elle avait payé le saladier.

Et elle se sauva comme une folle.

Cosmétique, xi. — Cure de hâle, au bord de la mer, par grand vent ou gros soleil, pour tonifier la peau. Après quoi, pour que la peau redevienne

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blanche, la laver longuement dans un litre de lail tiède où l'on a fait macérer du plantain, et où Ton à délayé quatre cuillerées de raifort en fine râpure ; mais avoir bien soin de ne pas essuyer le liquide et de le laisser s'évaporer, séchant sur la peau, à l'ombre et sans courant d'air.

^ La Morg. l'a nourri elle-même, et jusqu'à vingt et un mois, chiffre décidé par de Cruvel, à cause du 7 multiplié par 3, et à cause du 21 = 2 + 1=3.

Biochimie, a. — (Préface en style courant.) Tout le monde sait, ne fût-ce que par le baccalauréat ou par les livres de vulgarisation scientifique, ce que l'on entend en chimie par les termes suivants: sel, base, acide. On n'ignore pas qu'un sel est dû à la combinaison d'une base et d'un acide, celui-ci en tant qu'élément électro-négatif, celle-là en tant qu'élément électro-positif. Or je prétends faire voir dans ce traité que don Juan est explicable par ces simples notions, accessibles aux intelligences les plus ordinaires. J'établirai que les êtres, mâles ou femelles, sont divisés en deux classes : les êtres-bases et les êtres-acides. Le spasme amoureux sera démontré être la combinaison d'où naît un sel. On verra qu'il y a combinaison complète, seulement quand une base se trouve en

présence d'un acide, et réciproquement, et que de cette nécessité .éludée viennent les amours malheureux, trahisons, changements, inquiétudes, etc.. On comprendra l'origine et l'on suivra la marche du frisson causé par le courant électrique qui s'établit dès qu'une base, positive, se rencontre avec un acide, négatif. On pourra en faire autour de soi l'expérience, et se rendre compte ainsi des répugnances ou des résistances que l'on a soi-même éprouvées, quand, base, on était en butte ou bien on s'adressait à une autre base, et de même quand, acide, à un autre acide. Gela dûment élucidé, je montrerai par des exemples, des témoignages, des analyses indéniables, que l'Aimé, lui, échappe à cette loi des répugnances et des résistances. Cherchant pourquoi, je trouverai et forcerai les esprits impartiaux à trouver avec moi qu'il ne peut y en avoir qu'une raison : à savoir qu'il est, avant toute combinaison, déjà un sel. On n'aura pas de peine alors à imaginer comment il est capable de jouer alternativement le rôle de base ou d'acide, d'agir en tant qu'élément électro-positif ou électro-négatif. Ce qui sera sans doute plus malaisé à concevoir, et ce que pourtant je promets de rendre irréfragable, c'est qu'il lui est loisible de se décomposer en quelque sorte lui-même préalablement à toute recomposition avec un corps externe, faisant ainsi abstraction de l'élément qu'il ne va pas être obligé de mettre en présence. Autrement dit, j'affirme qu'il est un sel, mais un sel en puissance, ayant la faculté de

devenir, en acte, soit la base, soit Tacide, que ré* clame la combinaison à opérer. J'en donnerai des preuves extrêmement intéressantes et pleines d'observations toutes nouvelles, notamment par les regards, les odeurs, le goût des salives et des sécrétions. Aux gens d'esprit vif et qui entendent à demimot, je me contenterai de signaler ici, en passant, ce détail si caractéristique et si suggestif (toutes nuances laissées de côté, et la chose indiquée grosno modo), que ses sueurs au déduit fleurent, selon les cas, l'amande amère ou la pêche cuite. Voilà qui suffit, je crois, pour allécher les curieux. Je descendrai, d'ailleurs, aux suprêmes analyses; et il me semble impossible que des doutes résistent aux enregistrements irréfutables du spasmomètre, par exemple, et du vernier à titillations. Mais, pour en revenir à l'économie de ce traité, but de cette préface en style courant, je dois prévenir aussi les personnes peu accoutumées au lent processus de la philosophie scientifique et à l'encombrante accumulation des documents qui...

{Note. — Cette préface est décidément trop en eau claire, et non de belle eau. II faudra relire les Provinciales et prendre modèle.)

{Sumote. — Pas de modèle du tout vaudrait mieux. Mais que notre langue d'aujourd'hui est bourbeuse !)

Aphor. (?). — Il y a du vrai dans tout, même dans la vérité.

Analogies (?). — Il ressemble au prêtre croyant qui consacre Thostie, y crée son Dieu et se l'incorpore ; et, comme au prêtre, il lui faut emprunter quelque chose qui n'est pourtant pas en lui, créateur de Dieu, quelque chose qui n'est qu'un vulgaire corps fait de farine, le pain à chanter

* Je lui contais hier, je ne sais à propos de quoi, l'admirable histoire de Stendhal qui, pendant la retraite de Russie (est-ce bien Stendhal ?), n'avait pas manqué un seul jour de se faire la barbe. Mon enthousiasme lui parut extrêmement burlesque. J'insistais, voulant le lui expliquer, ne me rendant pas compte que la chose lui semblait trop naturelle pour s'en étonner tant. Il me coupa la parole par cette phrase extraordinaire et que Stendhal, je pense, eût goûtée :

— Sans doute, sans doute, je comprends bien, c'est assez curieux , en effet. Comment diable faisait-il pour se procurer de l'eau chaude?

Analogies, il — Il pourrait être considéré romme faisant précisément le contraire de l'acide cyanhydrique pur, le plus énergique des poisons.

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qui éteint la vie où qu'elle se manifeste, fût-ce dans les plantes, fût-ce dans sa plus simple expression, une cellule.

Cosmétique, xix. — En cas d'un peu d'épuisement nerveux, l'abbé conseillait, paraît-il, comme antispasmodique, une très simple tisane au chenopodium ambrosioïdes, avec deux pincées d'une poudre qu'il composait en écrasant la racine du sélin des marais. Mais la Morg. seule s'en sert parfois; lui, non.

Propositio (?). — iEternus ex aeteriiilate ens non ens semetipsurii irr..at.

Demonstr. — Ens e spatii test...is oriens, dum in temporis c.um, sive in non ens, fluit, ad spatii test... os sine fine regredilur, et sp...a suum ita semper exhaustum neque unquam tamen exhaustiim haurit. C. Q. F. D.

ScHOLiA. — Sequitur ut rerum naturae illa videatur demum figura, oris-c.i ex nihilo facti factam ex nihilo pe..m in nihilum faciendum absorbentis, quod prorsùs signitîcant vêtus Atlanticum deVoluspâ carmén nec non et c.ûs ipsa species, quum circulatim... (Illustrandum hoc exemplis atrœ.missœ, in magicis abbatis a Gruvellio lupanaribus.)

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