‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 42 sur 97 · M A D A ME PETE R M A N N · texte numérisé non relu

M A D A ME PETE R M A N N

Elle est, je pense, à la cuisine... Vous comprenez, nous n'avons qu'une toute petite servante pas très habile. Lia est obligée de s'occuper de bien des choses.

MULLER

Sans doute... Mademoiselle Lia est une personne accomplie...

MADAME PETERMANN

Oui, c'est une brave enfant.

MULLER

Dites une femme supérieure; une personne qui... enfin une créature d'élite... oui, c'est bien le mot... (se lançant.) Je me dis souvent que celui dont elle serait la compagne ne serait pas à plaindre.

MADAME PETERMANN

Lia ne pense plus à cela, monsieur le syndic.

Pendant ces répliques et les suivantes, Petermann, silencieux, sourit avec une béatitude croissante.

MULLER

On devrait toujours se marier jeune, madame Petermann.

MADAME PETERMANN

Oh! Lia est résignée, et depuis longtemps.

MULLER

Je ne parle pps d'elle, mais de moi... Il vient un moment où les vieux garçons ont tort... On se sent tout seul à l'âge où l'on aurait le plus besoin de compagnie; l'estomac est moins bon, les rhumatismes commencent à vous travailler.

MADAME PETERMANN

Mais vous semblez jouir d'une santé parfaite, monsieur le syndic.

MULLER

Oh! certainement, certainement. Et puis, je vous prie de croire que ce n'est pas pour des raisons de cet ordre que je... Je me suis mal fait comprendre... Je voulais dire seulement que si, à ce tournant de l'âge, on rencontrait, non pas une toute jeune fille, bien sûr... mais une personne raisonnable, sans fortune, mûrie par les épreuves... dont on serait heureux d'assurer l'avenir... et qui, elle-même, n'aurait pas le droit de se montrer trop exigeante quant à l'âge et aux qualités physiques de celui qui... Quoique, à vrai dire, à cinquante ans, on ne soit pas tout à fait un vieillard... Mais enfin...

ETERMANN.

Monsieur le syndic, voulez-vous permettre à votre vieux pasteur de vous venir en aide? Il est écrit dans l'Évangile de Mathieu qu'il ne faut point s'embarrasser de serments, mais se contenter de dire : « cela est » ou « cela n'est pas ». L'apôtre aurait pu ajouter que, lorsqu'on a à exprimer une pensée honnête et droite, il ne se faut pas embarrasser de périphrases, mais il faut dire simplement : « Voici la chose », car cette simplicité convient aux enfants de Dieu.

MULLER

Parbleu ! monsieur le pasteur, vous avez raison et vous me mettez à l'aise... Si je vous demandais la main de mademoiselle Lia, que répondriez- vous ?

PETERMANN

Que je me tiens honoré de votre demande, monsieur le syndic, et que je la transmettrai bien volontiers à ma fille.

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