‹ L'ainée; comédie en quatre actes, cinq tableauxChapitre 56 sur 97 · SCÈNE XIII LIA, DURSAY · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII LIA, DURSAY

Vous n'êtes pas bavarde, aujourd'hui, Lia?

LIA

C'est que je suis un peu préoccupée d'une décision que je viens de prendre.

DURSAY.

Si elle est prise, vous devriez être tranquille.

LIA

Oui, mais... Au fait vous êtes assez mon ami, et depuis assez longtemps, pour que je vous confie un secret... qui d'ailleurs n'en sera plus un dans vingt-quatre heures. M. Millier est venu demander ma main à mes parents, ils m'ont transmis sa demande. Je ne l'ai pas repoussée; et M. Mùller doit venir tout à l'heure chercher la réponse... Qu'en dites-vous?

DURSAY.

Je dis que M. Millier n'est pas à plaindre (niant) et que, si j'étais libre et s'il n'y avait pas quelque part une madame Dursay dont j'ai dû me séparer parce qu'elle était trop enjouée, et qui ne veut pas divorcer parce qu'elle est dévote...

LIA

Oh ! cela ne doit pas vous gêner beaucoup, et vous avez, vous, tout justement la libre vie qui vous convient... Le cas d'une femme qui n'est ni une veuve ni une jeune fille est un peu différent. Et c'est pourquoi j'ai accueilli la demande de M. Mùller. Ai-je bien fait?

DURSAY.

Très sincèrement, oui. Vous faites très bien tous les deux. Lui surtout. Je ne veux point vous faire, Lia, de fades compliments; et la preuve, c'est que je ne feindrai pas, même devant vous, d'ignorer que vous n'êtes plus une fillette. Les filles qui ne sont plus tout à fait des jeunes filles, comme vous disiez... mais j'en connais d'exquises! Ce sont des femmes, de vraies femmes, et qui pourtant ont cette grâce d'être intactes. Souvent elles ont été déçues, elles ont souffert, elles ont pleuré : il y a donc des chances qu'elles soient bonnes avec délicatesse et réflexion. Ce sont les fidèles et les dévouées... J'envie ce coquin de Mùller.

LIA

Mais moi?

DURSAY.

Vous? Je ne vous plains pas non plus. M. Mùller est tout à fait un brave homme, riche, estimé... plutôt bien de sa personne, et de santé florissante... qui vous aime, puisqu'il vous épouse... de caractère un peu mou et incertain, je crois : vous aurez donc le plaisir de le gouverner. Vous me sembiez « résignée » à cette union : eh bien, mon enfant, ce n'est pas assez. Je ne vous demande pas d'être ivre de joie; mais, entre la résignation et l'enthousiasme, il y a, selon moi, un sentiment qui conviendrait ici : quelque chose comme l'acceptation confiante. Vous sembiez faire un

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