‹ L'air et le monde aérienChapitre 14 sur 210 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

aussi du mercure. Puis il retira son doigt et abandonna le métal à lui -même, en ayant soin seulement de maintenir le tube dans une position verticale.

11 vit alors le mercure descendre, osciller pendant quelques instants, et s’arrêter enfin à une certaine hauteur en laissant dans le tube, au-dessus de son ménisque', un espace vide. La hauteur de la colonne métallique était précisément de vingthuit pouces. Certes, en présence d’un pareil résultat , il fallut que le jeune physicien fût bien maître de lui pour ne point s’élancer hors de son laboratoire et parcourir les rues de Rome en s’écriant comme Archimède, avec une joie insensée : «Je l’ai trouvé! »

Expérience de Torricelli.

L’expérience de Torricelli et les conclusions légitimes qu’il en tirait produisirent dans le monde savant une émotion extraordinaire. Les partisans du plein universel les attaquèrent avec fureur, tandis qu’elles étaient défendues par un parti nouveau, encore bien peu nombreux, que nous pouvons appeler le parti du vide. En France, le parti du vide eut pour chef Pascal. Avec un tel champion, le triomphe de la vérité ne pouvait longtemps tarder. La célèbre expérience exécutée sur le Puy-de- Dôme, d’après les instructions de Pascal, par son beau-frère Florin Périer, et répétée à Paris par Pascal lui-même sur la tour de Saint-Jacques-la-Boucherie2, ouvrit les yeux aux plus aveugles et ferma la bouche aux plus obstinés. « S’il arrive, avait écrit Pascal, que la hauteur du vif- argent soit moindre au haut qu’au bas de la montagne, il s’ensuivra nécessairement que la pesanteur et pression

' On donne le nom de ménisque à la surface courbe qui termine les colonnes liquides dans les tubes de petit diamètre , et qui est concave ou convexe , selon que le liquide mouille ou ne mouille pas le tube. Le ménisque du mercure est toujours convexe.

2 Voir le récit de ces deux expériences dans notre Voyage scientifique autour de ma chambre (chap. xvii

L’AIR

de l’air est la seule cause de cette suspension du vif-argent, et non pas l’horreur du vide, puisqu’il est bien certain qu’il y a beaucoup plus d’air qui pèse sur le bas de la montagne que non pas sur le sommet; au lieu que l’on ne saurait dire que la nature abhorre le vide au pied de la montagne plus que sur le sommet. » En effet, entre les hauteurs du mercure au bas et au haut du Puy-de-Dôme, on avait observé constamment une différence de plus de trois pouces; et Pascal luimême constata une différence de deux lignes et demie environ au bas de la tour

Saint-Jacques et sur la plate-forme de cet édifice. Les différences étaient justement proportionnelles aux hauteurs, celle du Puy-de-Dôme étant de 1,465 mètres, et celle de la tour Saint-Jacques de cinquante mètres seulement.

L’épreuve était donc décisive, et montrait en même temps l’usage qu’on pouvait faire du tube de Torricelli pour mesurer la pression de l’air à diverses hauteurs, et, par suite, ces hauteurs elles-mêmes. De là le nom de baromètre qui a été donné à cet appareil, dont les applications, depuis, se sont fort multipliées; car on a reconnu que le poids de l’air varie non seulement selon les hauteurs, mais encore en raison de diverses circonstances de température, d’humidité ou de sécheresse, d’agitation ou de calme, etc. Et c’est ainsi que l’on en est venu à tirer de l’ascension ou de la dépression du mercure dans le baromètre des indications précieuses sur l’état de l’atmosphère.

Nous verrons plus loin jusqu’à quel point ces indications permettent de présumer à l’avance les changements de temps. Je me bornerai, pour le moment, à rappeler

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