LES GAZ
Lorsque nous examinons ce qui se passe dans l’univers physique et que nous cherchons à nous en rendre compte, nous y voyons tout d’abord deux choses : de la matière et du mouvement. Puis la notion du mouvement fait naître aussitôt dans notre esprit celle des forces qui le produisent. Ces forces sont-elles extérieures ou inhérentes à la matière? C’est là une question purement spéculative dont la discussion serait ici hors de propos.
Ce qui est certain, c’est que l’esprit ne saurait admettre une force agissant en dehors de la matière, non plus que la matière se mouvant ou se modifiant sans l’intervention d’une force; je ne pense pas, soit dit en passant, qu’il y ait de meilleur argument à opposer aux métaphysiciens qui s’amusent à démontrer que la matière n’existe pas, ou du moins qu’il se pourrait bien qu’elle n’existât pas.
Les physiciens, qui goûtent peu ces subtilités idéalistes, inclinent aujourd’hui fortement à croire, au contraire, que, tout bien compté, c’est plutôt le vide qui n’existe point : et cela par cette raison très plausible que ce qu’on a considéré longtemps comme le vide est le théâtre de certains phénomènes lumineux, calorifiques, magnétiques peut-être, lesquels n’auraient point lieu si les causes qui les déterminent ne trouvaient là aussi un quelque chose sur quoi exercer leur action. Car, s’il est vrai que tout effet implique une cause, que toute action implique un agent, il n’est pas moins évident qu’une cause ne saurait agir sur le néant; sans quoi son action serait comme non avenue, son effet serait nul; et un agent qui n’agit sur rien, une cause qui n’a pas d’effet ne se conçoivent pas plus aisé-