‹ L'air et le monde aérienChapitre 35 sur 210 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

plus grave que nous puissions percevoir est celui qui correspond à 32 vibrations par seconde ; le plus aigu est représenté par 73,000 vibrations.

C’est peut-être ici le lieu de rendre compte de la différence qui existe entre le son et le bruit : deux mots qu’on emploie quelquefois indifféremment comme des synonymes , et dont chacun a pourtant son sens propre.

Le premier est celui par lequel on désigne, en physique, toute sensation faible ou intense, agréable ou désagréable, excitée dans l’organe de l’ouïe par les vibrations moléculaires dont j’ai parlé ci-dessus. Lorsqu’il s’agit seulement d’étudier les phénomènes au point de vue de leur origine, de leurs effets et des lois qui les régissent, en un mot, au point de vue scientifique, on doit tendre à simplifier les expressions et à ne point multiplier sans nécessité les dénominations et les définitions. C’est pourquoi , en physique, le mot son est seul employé : c’est un terme abstrait qui suffit à représenter, dans quelque mode qu’on le considère, le sujet de l’ acoustique .

Mais dans le langage philosophique ou littéraire, ainsi que dans le langage vulgaire, lorsqu’on se propose d’exprimer, non plus d’une manière générale la cause ou les effets d’un certain ordre de phénomènes, mais la nature et les nuances de nos sensations, ce même mot devient insuffisant, et l’on est obligé d’en restreindre la signification. On appelle donc son, ou plus explicitement son musical, celui qui produit sur l’ouïe une sensation assez nette et assez prolongée pour qu’on puisse en apprécier la valeur : en d’autres termes, ce son-là est une note, ou l’ensemble de plusieurs notes musicales. Si, au contraire, la sensation est trop courte pour pouvoir être appréciée, ou si c’est un mélange confus de sons discordants, ou si enfin l’ouïe est trop brusquement et trop violemment affectée pour éprouver autre chose qu’un choc étourdissant, alors le son change de nom : il s’appelle bruit. Ainsi on dit le son d’une voix, d’un instrument, d’une cloche, et le bruit d’une explosion, d’un vase qui se brise, d’un corps qui tombe, etc. 11 y a en outre, dans chaque genre, des espèces, des variétés nombreuses. Ainsi, par exemple, parmi les bruits, on distingue les claquements, les craquements, les sifflements, les détonations, les roulements, etc.

Quant aux sons proprement dits, leur classification, leurs concordances et leurs discordances sont l’objet d’un art dont la théorie est presque à elle seule une science : la musique.

Ces explications données, je continuerai d’employer, dans la suite, le mot son pour désigner d’une manière générale toute vibration moléculaire perceptible par l’organe de l’ouïe, sans prendre souci ni de sa qualité ni des causes diverses qui peuvent la produire. Je ne prétends en aucune façon, on le pense bien, faire de ce chapitre un traité d’acoustique, mais seulement donner un aperçu des phénomènes qui se rattachent à la production et à la propagation des sons au sein de l’atmosphère, et des lois qui y président.

Nous avons vu que l’intensité du son transmis est en raison inverse du carré de la distance. Cette intensité est, d’autre part, en proportion directe de celle du son produit : d’où il suit que, toutes choses égales d’ailleurs, un son a d’autant plus de portée qu’il a, à sa source même, plus d’intensité. Toutefois la portée du

L’AIR

son est susceptible d’être modifiée, non seulement par des circonstances naturelles, telles que la direction du vent ou la densité du milieu ambiant, mais aussi par des moyens artificiels qu’il n’est pas sans intérêt d’indiquer. Ces moyens sont d’abord tous ceux qui augmentent ou diminuent l’intensité même du son : notamment la disposition près de sa source de substances élastiques ou non élastiques propres à renforcer le son, ou, au contraire, à l’absorber, à l’assourdir. Mais le procédé incomparablement le plus efficace auquel on puisse recourir pour accroître presque indéfiniment la portée du son, même le plus faible, consiste à utiliser le pouvoir conducteur des tubes; et c’est ce qu’on fait en maintes circonstances. Témoin le porte-voix dont se servent les officiers de marine pour commander la manœuvre à leur bord; témoin surtout le système téléphonique proposé vers la fin du siècle dernier par dom Gauthey, remis en avant de nos jours, et appliqué, mais seulement sur une petite échelle, à la transmission verbale des ordres et instructions dans un grand nombre d’établissements publics ou privés.

La théorie de ces appareils est très simple. Si le son s’éteint dans l’air libre à une faible distance de sa source, cela tient au développement toujours croissant que prennent les ondes sonores en se dispersant sous la forme sphérique. Mais en forçant ces ondes sonores à ne se propager que dans une seule direction, comme cela a lieu dans les tuyaux, et principalement dans les tuyaux cylindriques d’un petit diamètre, elles se propagent alors à une très grande distance sans affaiblissement sensible. Biot a pu ainsi entretenir avec une autre personne une conversation à voix basse, d’une extrémité à l’autre d’un tuyau long de 950 mètres, destiné à la conduite des eaux dans Paris , et les sons étaient perçus de: part et d’autre avec une telle netteté, qu’on n’avait, dit l’illustre physicien, qu’un seul moyen de n’être pas entendu : c’était de ne pas parler du tout. Cet exemple fait assez comprendre qu’il serait facile d’établir, par ce procédé, un système de communications, non pas télégraphiques, mais téléphoniques, au moyen de tubes qui pourraient avoir plusieurs kilomètres de long, et par l’intermédiaire desquels les nouvelles seraient transmises de station en station, sans autre artifice que celui de la parole.

Les tubes acoustiques dont on fait usage dans les administrations sont en caoutchouc; leur diamètre est de trois centimètres environ. Leurs extrémités sont munies de cornets en bois ou en ivoire, contre lesquels on applique la bouche pour parler, ou l’oreille pour entendre. Ges tubes, qui pendent à la muraille comme des cordons de sonnette, permettent aux directeurs de donner leurs ordres, de demander et de recevoir des renseignements, sans déranger leurs subordonnés, sans quitter leur cabinet ni même leur fauteuil. Le cornet acoustique dont se servent les personnes atteintes d’un commencement de surdité, pour entendre ce qu’on leur dit, est une application du même principe. Ce cornet est un véritable porte-voix renversé, dont l’extrémité conique est introduite dans l’oreille, et dont la partie évasée, ou pavillon, est dirigée vers la personne qui parle, de manière à recevoir et à concentrer les sons de la voix.

Puisque le son se transmet de son point de départ à des distances plus ou moins grandes, il est évident qu’il met un certain temps à parcourir ces distances, et l’on a dû chercher à déterminer le rapport qui existe entre le premier et le

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