DEUXIEME TABLEAU
Le prince naïf
Décor : La dernière terrasse du château. Le prince naïf est assis. L'étendue de la mer est triste et calme, comme les songes de l'enfant.
Comme tous les jours, le Prince Naïf a quitté la chambre haute où le Seigneur aux
des Légendes
yeux de hibou, aux serres de vautour, — son père — le fait tenir enfermé. A pas lents, habituels, les yeux sans vie pour le dehors, il a gravi les degrés humides de sa tour et le voici tout en haut, assis à sa place accoutumée. Et c'est dans son cerveau
la même cavalcade muette de pensées déjà pensées. Son pauvre esprit, à la chaîne, tourne sur lui-même. Les hurlements de douleur et les ricanements funèbres, montent à travers les cyprès et les lierres, le long des murs, jusqu'à lui.
D'abord, il n'y prend point garde. Ses oreilles sont faites à tous les bruits de mort
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et il ne sait pas les distinguer : ceux de la mer, les soirs de tempête, — ceux de la forêt, les nuits d'orage, — ceux des caves du château, les jours de massacres. Tous s£ confondent en une symphonie d'horreur. Peu à peu, cependant , ce matin-là, un froid lui monte au cœur. Ses cheveux se hérissent; les larmes jaillissent de ses yeux qui s'horrifient. Brusquement, il se lève, sans qu'il le veuille, sentant confusément que quelque chose d'inusité se passe. Et il descend lourdement les marches vers le bruit grossissant des clameurs, terribles hoquets des mourants.