NEUVIÈME TABLEAU
LES FROLEMENTS.
Décor : Une grotte à la voûte très basse, très humide. Dans un angle, immobiles, des yeux de hiboux.
Il alla plus avant dans les noirs souterrains dont il incendia les murailles des reflets de sa lampe jaunissante... Encore une- fois, il dut s'arrêter, les jambes fléchissantes, s'as-
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seoir. Il pensa plutôt qu'il ne parla ces phrases :
« On dirait les caresses d'invisibles frôleurs... Mes yeux s'obscurcissent; mes oreilles tintent... Est-ce la fin, mon Dieu? Pourquoi ce chant funèbre?... Est-ce le glas du passé maudit? Encore les frôlements... C'est sous la peau qu'ils me caressent, sous mes cheveux et là tout près du cœur... Cela s'éloigne , maintenant on dirait des pas , des pas si légers, frôleurs... Pourquoi cette fuite de poltrons dans mon cerveau? Ah! je voudrais les suivre... Mais les pas s'approchent: ils marchent sur mes pieds, ils montent le long de mes jambes... mes genoux se paralysent... Ils s'accrochent à mon ventre, ils gravissent ma poitrine comme une horde de froides fourmis, me serrent le cou comme un essaim de guêpes brûlantes... Et les voilà qui s'emparent de mon crâne. Mais vous me faites mal!... Mon Dieu, ayez pitié de moi. »
Tandis qu'il marmotte confusément ces
des Légendes i ~5
mots, sa lampe charbonne, puis, tout à coup, s'éteint... Un sursaut le redresse et tantôt s'agrippant, tantôt rampant, il s'enfuit devant lui comme une bête traquée par quelque funèbre chasseur.