‹ L'Album des légendesChapitre 57 sur 86 · EUCHARIS · texte numérisé non relu

EUCHARIS

Au rocher qu'ont lavé des reflux incessants, Je me suis reposée languissante d'attente; J'ai sondé le ciel noir qui sur la mer descend, J'ai respiré la nuit qu'aucun amour ne tente.

Soumises, par essaims, les vagues sont venues Adorer mes pieds blancs faits pour les mousses vertes, Je me suis dévêtue au clair fondant des nues , Eparpillant mes yeux sur les grèves désertes.

Voici — je reposais mon cœur triste aux clartés Qui mouraient sur le sable avec avidité, Et je n'espérais plus que le néant des choses! Déesse incitatrice de métamorphoses!

Orgueilleuse, j'ai pris le royaume des soirs Qui s'affale, immortel, sur les terres marines; J'aspirais ta venue, et dans les vents d'espoir J^'ivresse d'une attente errait blanche et divine.

O Poète royal, dédaigneux et superbe, Je t'apporte mon cœur tout vierge de beauté Et je veux retourner avec toi vers les herbes Dont mon cœur ennuyé lassait toute clarté.

A présent que la terre a fait jaillir mon rêve Pressenti dès l'Aurore aux flots mouvants des grèves, Puis-je à jamais fixer l'or pompeux qui se lève, Et léguer aux Humains orgueilleux et superbes Le Lien frêle et doux de nos deux cœurs en gerbe Pour en éterniser la splendeur de leur Verbe?

André Ibels.

(Extrait des « Cités futures ». — A paraître.)

B^3îfl

iJ* -^^TJ^m

W^^;\$yî*Ktt T'.\ ^t-<*^

^âi^^^K^

~yp^

Page 1