‹ L'Album des légendesChapitre 69 sur 86 · A TRAVERS LES THEATRES · texte numérisé non relu

A TRAVERS LES THEATRES

Y\eïl avec Sarah Bernhardt à la Renaissance (de beaux décors, quelques jolis vers et une grande artiste) et Yanthis à I'Odéon, nous attirèrent seules parmi les pièces jouées sur des scènes régulières. Nous félicitons I'Odéon de cette passagère infidélité au vaudeville, mais le public fut méprisable qoi ne vint point applaudir le

poème de Jean Lorrain. L'auteur fit plus personnel depuis, plus profond, mais la forme de Yanthis est charmante et la musique de F. Thomé ravissante. M,Ic Lucienne Dorcv, merveilleusement drapée de robes botticelliennes, eut un gros succès.

Sur les scènes irrégulières, la moisson fut meilleure.

M. La Rochelle, au profit d'une œuvre pieuse, donna deux représentations tfQAxêl de Villiers de Tlsle Adam. Malgré les longueurs somptueuses mais antiscéniqués, l'accueil fut enthousiaste. Dieu! que le rêve est beau et les pensées superbes. Mais, pourquoi cette. fin de désespoir, pourquoi tuer dans nos âmes la chanson de vivre. Loin de la réalité salissante, certes! Mais loin de nous aussi les inesthétiques visions de suicide...

Hélas! voici qu'un de nos plus chers amis suit la trace du maître. L'Œuvre vient de nous donner l'Image de M. Baubourg, Fauteur des Nouvelles passionnées et des Contes pour les assassins. Au point de vue dramatique la pièce est supérieure à Axel; nous avons un dramaturge de plus. Mais quel noir spectacle. Non, mille fois! Le rêve ne doit pas mener à la folie et à la mort. La poésie et le sourire vont de pair, arrière le rictus inharmonieux des fantômes funèbres.

Applaudissons tout de même le jeune auteur et Lugné Poé, le directeur de PŒuvrk et Madame Bady, une grande artiste, vraiment. Avec MIlc Camée qui joua Sara d'Axel, nous avons deux comédiennes de rêve. 11 nous faut nommer aussi, pour sa voix délicieusement charmeresse et son visage de petite sainte, une autre interprète d'C^xé/, Mllc Lara. Parmi les hommes, MM. Larochelle, Valcourt, Depas et Raymond.

A L'Œuvre, comme lever de rideau . Nuit d'avril à Céps de M. Trarieux contenait de fort jolis passages. Un décorde Maurice Denis, illuminait le fond de ce poème de mort , encore.

Deux ouvrages étrangers nous furent également révélés sur nos scènes littéraires, ces derniers temps :

VoAssomption d'Hannele Mattern de G. Hauptmann, au Théâtre Libre, cauchemar orné d'anges et de visions douces, — ex Au-dessus des forces humaines de B. Bjornson au théâtre de Lugné Poé, — une des œuvres les plus poignantes qu'il nous ait été donné de voir en ces dernières pourtant belles années pour la dramatique européenne...

Les vaudevillistes n'ont décidément pas tué le théâtre sous leurs furieux quiproquos!

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