‹ L'alchimie et les alchimistesChapitre 1 sur 22 · VICTOR LECOU, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

VICTOR LECOU, ÉDITEUR

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Malgré le profond discrédit dans lequel elle est tombée depuis la fin du dernier siècle, l’alchimie n’a pas perdu le privilège d’éveiller la curiosité etde séduire l’imagination. Le mystère qui l’enveloppe, lecôté merveilleux que l’on prête à ses doctrines, le renom fantastique qui s’attache à la mémoire de ses adeptes, tout cet ensemble cà demi voilé de réalités et d’illusions, de vérités et de chimères, exerce encore sur certains esprits un singulier prestige. Aussi, depuis Aurélius Augurelle, qui composa, en 1514, son poëme latin C/irysopoia, jusqu’à l’auteur de Faust, les poètes et les faiseurs de légendes n’ont pas manqué d’aller puiser à cette source féconde, et rimaginatinn a régné sans partage dans ce curieux domaine, dont les savants négligeaient l’explora-

tion. L’alchimie est la partie la moins connue de l’his- Inire des sciences. L’obscurité des écrits hermétiques, l’opinion généralement répandue que les recherches relatives à la pierre philosophale et à la transmutation des métaux ne sont qu’un assemblage d’absurdités et de folies, ont détourné de ce sujet l’attention des savants. On peut cependant écarter sans trop de peine les difficultés que le style obscur des alchimistes oppose à l’examen de leurs idées. Quant à l’opinion qui condamne tous leurs travaux comme insensés ou ridicules, sur beaucoup de points elle est fausse, sur presque tous elle est exagérée. L’alchimie fût-elle, d’ailleurs, le plus insigne monument de la folie des hommes, son étude n’en serait point encore à négliger. 11 est bon do suivre l’activité de la pensée jusque dans ses aberrations les plus étranges. Détourner les yeux des égarements de l’humanité, ce n’est point la servir; rechercher, au con- Iraire, en quels abîmes a pu tomber la raison, c’est ajouler à l’orgueil légitime que ses triomphes nous inspirent. Disons enfin que l’alchimie est la mère de la chimie moderne ; les travaux des adeptes d’Hermès ont fourni la bas(^ de l’édifice actuel des sciences chimiques. Ces doctrines int(h’Ossent donc l’histoire des sciences autant que celle de la philosophie.

L’ouvrage, ou plutôt l’essai que je soumets au jugement du public, a pour but d’attirer l’attention sur cette périod(' de la science des temps passés. Voici l’ordre que j’ai cru pouvoir adopter pour la distribution des matières.

La première partie est consacrée à un exposé analytique des opinions et des doctrines professées par les philosophes hernndiqups. On y trouvera le tableau sommaire des travaux

exécutés par les alchimistes pour la recherche de la pierre |diilosophale, et le résumé des principales découvertes chimiques qui leur sont dues.

La seconde partie est une sorte d’étude historique où l'on essaye de fixer le rôle que ralcliimie a joué dans la société' du moyen âge et de la renaissance, époque où, comme on le .sait, elle exerça le plus d’empire sur les esprits.

La troisième partie, intitulée Histoire des principales transmutations métalliques, est un résumé des événements étranges qui ont entretenu si longtemps en Europe la croyance aux doctrines de la science transmutatoire. On a eu soin de donner de chacun de ces faits, si merveilleux en apparence, l’explication qui paraît aujourd’hui la plus probable.

La dernière partie, l' Alchimie au dix- neuvième siècle, a pour but de montrer que les opinions alchimiques ne sont pas de nos jours complètement abandonnées, et de mettre en relief les motifs que quelques personnes invoquent encon' pour les justifier.

Le sujet que j’ai traité pouvait donner matière à des développements plus étendus. J’ai cru devoir m’imposer, pour cet essai, des limites qu’il serait facile de dépasser plus fard.

.le me fais un devoir, en terminant, de signaler les sources aux([uelles j’ai eu recours pour cette suite d’études. Le savant ouvrage de M. Hermann Kopp, Geschichte der Chemie, publiée en J 844, m’a fourni des documents précieux pour ce qui se rapporte à l’exposition des travaux exécutés par les alchimistes dans la recherche de la pierre philosophale. J’ai trouvé dans le livre, déjà ancien, de G. de Hoghelnnde. Histo-

nas aliqiiot transmutationis melallicæ, plusieurs récits inti‘ressantsde transmutations. Mais c’est principalement à l ouvrage spécial sur l’alchimie, publié à Halle, en 1832, par Schmieder, professeur à Cassel {Geschichte der Alckemie), que j’ai emprunté les renseignements les plus utiles pour l’histoire des faits de ce genre. Composé par un partisan déclaré des idées alchimiques, le livre du professeur de Cassel est riche de documents puisés aux meilleures sources bibliographiques, et, en faisant la part des prédilections de l’auteur, j’ai pu tirer un parti utile des faits dont il a rassemblé les détails.

Mon but sera atteint si ce petit ouvrage réussit à attirer l’attention du public littéraire et scientifique sur une période aussi curieuse qu’ignoré’e de l’histoire des sciences.

Paris, Î5 septembre J 854.

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