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L'Algérie agricole en 1906

l/Algérie est encore peu et mal connue en France. Elle est resiée le pays des mirages. Suivant les impressions el les tempéraments elle a été décrite tantôt comme un Eldorado, tantôt comme un Enfer. Elle n'est ni Tun ni l'autre ; mais lient un peu des deux.

Ce qui a pu provoquer des jugements si différents, c'est que l'Algérie ne constitue pas une région homogène ; elle est comme un tapis formé de pièces d'étofïe les plus disparates ; ici impénétrables forêts, là des surfaces immenses absolument nues ; près des régions très pluvieuses, des contrées désolées par la sécheresse, là des régions tempérées, ailleurs des pays torrides. Commençant par un rivage tout européen elle finit par le mieux caractérisé des déserts.

Dans les populations même diversité. L'élément indigène est tantôt attaché au sol comme l'Auvergnat, tantôt pasteur et nomade comme les peuples bibliques. Les races riveraines de la Méditerranée qui se sont jointes aux Français pour coloniser le pays apportent chacune son caractère propre ; ces races finissent par se fondre ; mais leur combinaison engendre des éléments quelque peu disparates.

I^ mise en valeur d'un tel pays n'est pas une entreprise facile, c'est au contraire une œuvre longue et

ardue qui a déjà consommé bien des efforts aboutissant aux résultats les plus variés. Après un demisiècle de lutte contre les éléments les plus divers nos colons ont prolongé la Patrie au-delà de la Méditerranée et peuplé une vaste contrée dont l'incorporation complète à la Métropole ne peut tarder beaucoup.

La mise en valeur de ce sol, l'exploitation de ses richesses naturelles, peut occuper encore bien des énergies et l'Algérie ofïre un beau champ d'activité pour ceux de nos compatriotes qui ne redoutent ni le déplacement, ni la lutte contre les éléments les plus variés.

L'Algérie peut fournir à la France des produits qu'elle importe des pays étrangers comme les blés durs qui ne sont guère surpassés, les huiles d'olive, les vins riches en alcool, des tabacs, des primeurs, des fruits des climats méridionaux comme les oranges, des fruits de conserve comme les figues, des légumes secs, une quantité considérable de viande, de laines, de peaux, de chevaux.

Cette exportation fut longtemps onéreuse et difïicile ; les transports ne s'effectuaient qu'avec grande lenteur, peu de marchandises pouvaient en supporter les frais. Aujourd'hui des routes et des chemins de fer atteignent les centres les plus éloignés et des ports bien outillés abritent des bateaux de toutes les nationalités.

Le moment est bien venu de donner de l'extension à toutes les branches de l'Agriculture qui peut encore rémunérer bien des capitaux et des efforts intelligents. L'examen des résultats obtenus, en cinquante ans, doit en môme temps donner confiance et éclairer sur les erreurs à éviter,

Dans celte notice nous nous efforcerons do présenter l'Algérie agricole telle qu'elle est, nous gardant de toute exagération, animés cependant f»ar un sentiment d'optimisme qui nous est venu de ce que nous avons vu dans ce pays.

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