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LE SAHARA

Le Sahara est presque aussi grand que l'Europe : il a une étendue de 6 millions de kilomètres carrés. Il est inexact que le Sahara soil le fond récemment émergé d'un océan. L'ensemble du Sahara a une altitude de plus de 450 mètres ; c'est une vaste série de plateaux avec quelques groupes de montagnes. Ces plateaux immenses ont un sol dur et caillouteux avec de puissantes dénudations, des ravinements profonds et étendus produits à une époque géologique récente. Les eaux abondantes, qui sillonnèrent autrefois ces contrées, ont disparu ; on ne trouve plus que des nappas aquifères plus ou moins profondes qui alimentent des puits.

Le manque d'eau superficielle facilite la désagrégation, les grains de sable sont emportés par le vent et accumulés en dunes qui couvrent environ un neuvième de la surface du Sahara.

Les précipitations atmosphériques sont des plus inconstantes ; il n'est pas rare que pendant plusieurs années successives, il ne tombe pas une goutte d'eau sur de grands espaces.

La moyenne des pluies annuelles varie de 10 à 15 centimètres.

La température est sujette à de grandes oscillations ; elle atteint 50*" en été et passe souvent au-dessous de 0 en hiver, les gelées ne sont pas rares.

Le sol uni s'échaufle à 70« et 80« en été, la couche d'air qui est en contact avec le sol s'échauffe aussi el donne naissance à un courant sec et brûlant.

L'eau n'ayant aucune issue vers un bassin, s'évapore sur place et abandonne les sels dissouts, il en résulte un degré de salure, plus ou moins élevés, des sources et du sol.

La Flore saharienne a une grande uniformité, elle s'étend depuis l'Inde et l'Arabie jusqu'au rivages occidentaux de l'Afrique.

Les plantes sahariennes sont très remarquables par leur adaptation à un climat sec, à un sol salé.

Quand il pleut, la vie végétale est très active au Sahara, en quelques jours le sol se couvre de plantes. Les plantes éphémères et vivant en grand nombre sont dépourvues de moyens de défenses ; elles constituent, bien que très petites, l'élément important des pâturages.

Les autres plantes sont généralement bien armées contre les herbivores ; elles sont dures, coriaces, ou armées de fortes épines. Les mieux protégées sont celles qui possèdent des substances toxiques ou répugnantes, comme les Euphorbes et la Coloquinte.

En un mot, la fraction de plantes susceptibles de nourrir des herbivores est minime et il ne faut pas s'étonner de trouver des connaissances de botanique pratique très étendues chez les bergers nomades qui savent conduire leurs troupeaux vers des régions, parfois très lointaines, où ils peuvent trouver des pâturages en état.

Dans le désert, quand l'eau est en suflrsante quantité, la culture devient possible, la végétation est même exubérante. Ces fonds favorisés constituent les Oasis qui reçoivent l'eau des rivières barrées, provenant des montagnes, des puits artésiens, des puits non jaillissant.

dont il faut tirer Teau par un travail opiniâtre. Enlîn, rOasis est parfois enfoncée jusqu'au niveau même de la nappe aquifère comme dans le Souf.

Le Dattier est Tarbre adapté aux régions sahariennes pourvues d'eau ; il n'est pas une plante entièrement désertique car il ne peut prospérer sans avoir un sol très humide à sa disposition ; mais il a un feuillage apte à supporter les températures sèches les plus élevées. « Ce roi des arbres, disent les Arabes, vit les racines dans Teau courante et la tête dans le feu du ciel ». Si le Dattier a besoin, pour mûrir ses fruits, d'un été excessivement chaud, il peut supporter, en hiver, pendant la période de repos, des températures de plusieurs degrés au-dessous de 0.

Le Dattier n'est pas bien difficile sur la qualité des eaux d'irrigation, il est une des plantes qui résistent le mieux au sel.

Le Dattier nécessite de grandes quantités d'eau d'irrigation, on compte, en général, qu'un arbre a besoin de 20 litres d'eau far heure.

On donne de 72 à 75 mètres par Dattier en 24 irrigations de 3 mètres cubes :

;') irrigations en printemps;

17 en été, de juin à septembre ;

2 en hiver.

Dans les terrains salés si fréquents, ces quantités doivent être dépassées car un excès d'eau, entraînée par des drainages, est nécessaire pour éliminer les sels qui stérilisent complètement le sol.

Les Indigènes plantent sans ordre et, généralement, les Dattiers sont trop rapprochés, une bonne distance paraît être de 10 mètres, soit 100 arbres à l'hectare.

Le Dattier est dioïque, à Tétat naturel les semis donnent un nombre à peu près égal de maies et de femelles et la fécondation est obtenue naturellement par le vent qui transporte le pollen très fin et léger.

Dans les cultures Thomme est arrivé à supprimer, le plus possible, les maies pour augmenter le nombre de femelles, de là est née la nécessité de la fécondation artificielle qui est une des opérations les plus importantes dans la culture du Dattier.

Les Dattiers mâles doivent donner des Heurs assez tôt pour assurer la fécondation des premiers régimes femelle. Celte condition n'est pas toujours réalisée et les Arabes conservent quelque fois du pollen d'une année à Tautre.

L'opération de la fécondation est assez simple, les régimes mâles, pris à point, sont débités en petits rameaux, et un fragment est placé au milieu de l'inflorescence femelle qui est contenue dans une grande gaine appelée spathe. Avec un lien cette spathe est maintenue fermée pendant quelques jours, le pollen tombe du rameau de lleurs mâles sur les jeunes ovaires. Le régime s'allonge, ensuite sort de la spathe et s'épanouit. Des trois carpelles, qui constituaient Torgane femelle, un seul se développe et devient la datte.

Sur un même Daltier, il faut opérer la fécondation autant de fois qu'il se développe de régimes successivement.

Certaines variétés portent plus de régimes que l'arbre pourrait en nourrir après la fécondation, aussi les cultivateurs Indigènes limitent le nombre des régimes fécondés, on ne dépasse pas ordinairement un dizaine.

Il est très curieux de voir avec quelle habileté les

Indigènes des oasis grimpent sur les Dattiers, pénètrent dans la couronne de feuilles très épineuses à leur base et opèrent la fécondation.

La nécessité de féconder chaque régime, entraîne un grand nombre d'ascensions sur des sujets parfois très élevés.

Le nombre des variétés du Dattier est très considérable, chaque semis donne une race particulière qui peut être ensuite multipliée par les rejetons des pieds.

Les Indigènes ne font pas de semis, ce sont des semis de hasard qui ont produit les races existantes.

On peut classer les Dattiers en trois catégories d'après les fruits qui sont :

Dattes de conserve molles ;

Dattes de conserve sèches ;

Dattes ne se conservant pas et consommées fraîches.

Dans chaque région on observe un certain nombre de variétés principales qui constituent les trois quarts de la palmeraie, le quatrième quart est représenté par des races accessoires toujours très nombreuses.

Il serait très intéressant de constituer, comme Pavait déjà proposé M. Ch. Bourlier, une collection de Dattiers pour étudier facilement, les variétés qui pourraient être, avec profit, multipliées dans Tavenir.

Cette collection est en voie de se constituer en Amérique, à Phénix et à Tempe, sous la direction de TExperiment Station de l'Université de TArizona, avec le concours du département de l'Agriculture.

La multiplication, par les rejetons ou Djebars, est relativement facile, le rejeton séparé du pied mère est planté au printemps, il peut à ce moment supporter des transports assez longs.

Le gouvernement américain, en 1900, a fait expédier de Biskra, environ 500 DJebars simplement entourés de lif ou fibres du tronc, dans des caisses. Ces rejetons recollés à la lin de mai, étaient expédiés d'Alger le 13 juin, le 3 juillet ils étaient à New-York et le 20 juillet à Phénix où, après fumigation insecticide, ils étaient plantés. La reprise constatée en octobre par le professeur Forber, était de 93 0/0.

Depuis cet essai d'expédition au loin réalisé par les soins de M. Swingle, botaniste du Gouvernement des Etats-Unis, d'autres expéditions importantes de Djebars ont été faites d'Algérie, de Tunisie, d'Egypte, et il semble établi maintenant que des oasis à portée du chemin de fer, comme Biskra, pourraient exporter, tous les ans, une certaine quantité de ces rejetons demandés par de nouvelles colonies établies dans des régions qui comportent la culture du Dattier.

Le? Djebars rapportent la sixième année de plantation ; mais ce n'est que vers 10 ans que le jeune Dattier est en plein rapport. Un sujet donne de 50 à 100 kilog. de fruits, certains arbres produisent 200 à 300 kilog.

La fumure, généralement insuflisante dans les grandes plantations, contribue beaucoup, avec l'irrigation abondante, à la supériorité du fruit.

Le commerce de dattes est considérable et a déjà pris une grande extension à la suite de l'introduction du chameau dans le désert, mais depuis que les chemins de fer abordent le Sahara, la datte devient, de plus en plus, un fruit de grande consommation en Europe.

Les variétés expédiées au loin sont peu nombreuses, c'est presque uniquement la Datte Deglet nour qui est exportée, les autres, variétés sont consommées sur

place. Cependant certaine datte comme la Bharx mériterait d'attirer l'attention des commerçants, cette datte qui contient jusqu'à 63 % de sucre est trop molle pour être mise en boite ou panier, elle coule, il faudrait la cueillir proprement et l'enlermer dans des boîtes étanches, comme on le fait pour les conserves.

La Rhars ainsi préparée serait souvent préférée à la Deglet nour. Le commerce des dattes a déjà pris une grande importance par suite de la coopération des Européens, il importe de ne laisser à l'Indigène que les soins de la culture dans lesquels il est très habile ; mais de réserver aux populations plus industrieuses le soin de préparer et de présenter un produit dont la valeur est encore un peu méconnue.

ClXTURES ARBUSTIVES

Sous les Palmiers croissent très bien les principaux arbres fruitiers. L'Olivier fut autrefois très répandu dans les Oasis du Nord ; on trouve encore de fort beaux sujets de la variété qui produit la grosse olive Tefah recherchée pour conserve.

Le Figuier donne des fruits abondants qui sont généralement consommés frais.

V Abricotier prend de très grandes dimensions et est certainement un des arbres fruitiers qui s'accommode le mieux du régime culturai des Oasis ; ses fruits son séchés.

Le Pécher et la Vigne sont bien représentés.

Enlin, les Agrumes réussissent très bien dans les Oasis du Nord, comme à Biskra, où une variété de rOrange maltaise, répandue depijis quelques années.

donne un fruit extraordinairement parfumé et savoureux qui commence à avoir une certaine réputation et qui devrait être planté en grand sous les Dattiers.

Les Céréales cultivées dans les Oasis sont TOrge, le Blé, le Sorgho et le Mil ou Peniallaria spicata.

L'Orge est une grande ressource par son grain et aussi comme fourrage vert. Le Blé présente quelques races remarquables résistant au sol et au climat désertique comme le Forlass, le Klouf d'Ouargla.

Le Sorgho est surtout cultivé dans l'Extrême -Sud avec le Penicillaria ; ces deux Graminées présentent des variétés à feuilles et tiges rouges utilisées pour la teinture.

La Luzerne est la plante fourragère des Oasis ; elle y présente une très belle race à large feuilles qui paraît plus résistante au sel.

Les cultures potagères sont très développées sous les Dattiers.

Les cultures industrielles sont réduites à quelques plantes :

Le Henné {Lattsonia inemns) qui ne suffit pas à la consommation locale, l'Algérie important une grande quantité de cette drogue d'Egypte.

La Garance encore utilisée.

Le Tabac, la variété cultivée est le tabac à fleurs jaune de Nicatiana rustica, il est surtout utilisé pour priser.

Le Chanvre Indien est cultivé aussi pour la préparation du Kif.

Avec les Dattes, il a été possible de faire une eau-devie très parfumée, très agréable.

L'élevage est limité au mouton, à la chèvre, à Tàne et au chameau.

Le mouton qui est la principale ressource du nomade appartient à la race barbarine, plus au Sud, cette race est remplacée par le mouton touareg (Ovvf longipes) ; la chèvre présente aussi des races intéressantes. Comme la Chèvre de Touggourt, l'Ane du Souf est remarquable par sa taille et sa force.

La sécurité dans le Sahara peut améliorer beaucoup le régime économique de cette contrée qui n'est pas absolument sans valeur. Des Compagnies françaises de colonisation ont créé de toutes pièces des centres importants en creusant des puits.

Les exportations actuelles se bornent à environ un million de moutons et à de grandes quantités de laines, et 50.000 quintaux de dattes.

Le climat du Sahara est très agréable Thiver, aussi, les points accessibles comme Biskra voient tous les ans augmenter le nombre des hiverneurs. En été, les chaleurs excessives et la fièvre chassent les européens vers le Nord. Dans quelques oasis même, une race métissée de nègre peut seule résister ; mais quelques mesures d'assainissement auraient vite modifier beaucoup Thabitabilité du Sahara par les Européens.

La grande extension de son domaine colonial dans le Sahara, fait à la France un devoir de poursuivre une meilleure utilisation de ces vastes étendues qui ne sont pas aussi absolument stériles que rétablit la Légende. Partout où l'activité, ou l'ingéniosité des Français est venue seconder l'Indigène resté trop longtemps en dehors du progrès, on constate un mouvement considérable d'affaires au profit des deux races si dissemblables, mais destinées à unir leurs efforts dans une lutte pénible contre une nature avare et incertaine.

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