‹ L'Algerie ancienne et nouvelleChapitre 19 sur 19 · XV · texte numérisé non relu

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taie, se détachent une multitude de contreforts qui

se croisent en tous sens. , , , . ,

Rivières. — Les plus considérables sont les sui-

v^ntss *

Dans la province d’Oran.

Le Chélif, qui prend sa source dans l’Ouanseris, traverse une partie de la province d’Alger et va se jeter dans la Méditerranée près de Mostaganem ;

La Macta, formée par l’Hahra et le Sig ; L’Oued-cl-Melah, ou Rio-Salado ;

La Tafna, célèbre par le traité de ce nom, et qui se jette dans la mer à douze lieues ouest d’Oran.

Daiis la province d’Alger.

Le Mazafran, qui se jette dans la mer à l’Ouest de

Sidi-Ferrucb, près d’Alger; c i » ^

. La Cbiffa, qui coule du ^^ord au Sud et se perd

dans le Mazafran ; , „ , • • »

L’Aratcb, le Hamiseetle Boudouaou, qui se jettent dans la mer à quelques kilomètres d Alger ,

L’Isser, cours d’eau considérable ;

Le Sebaou, navigable du temps des Romains. Ces doux rivières S6 jettent dîins la MéditorraiiéSj à 1 Ouest de Dellys.

Dans la province de Gonslantine.

L’Oued-Saheul (Bougie) ;

L’Oued-el-Kebir (Constantme) ;

Le Saf-Saf (Philippeville) ;

La Seybouse (Bùne).

Climat. — L’état météorologique de l’Afrique du Nord suit un ordre à peu près constant que l’on peut

indiquer ainsi : , . ï •

10 La saison douce et tempérée pendant les mois de mars, avril, mai et juin;

2° La saison des chaleurs, qui commence au mois

de juillet et se prolonge jusqu’au mois de novembre;

3® La saison humide et pluvieuse, pendant les mois de décembre, janvier et février.

« Malgré tous les préjugés contraires, dit M. J. Duval dans son Manuel descriptif de V Algérie, le climat de l’Afrique septentrionale est un des plus beaux, des plus agréables, des plus sains qui existent sur toute la terre. Les chaleurs ne sont un épouvantail que pour ceux ([ui ne les ont jamais éprouvées. Elles dépassent à peine d’un à deux degrés celles de la France méridionale... Partout l’atmosphère est pure, les brouillards sont rares, et la légère brume qui se montre en même temps que le lever du soleil disparaît peu de temps après. L’hivery est à vrai dire inconnu, car la température moyenne des mois les plus froids se maintient à 10, 11 et 12 degrés au-dessus de zéro. . La température absolue ne descend pas à, zéro une fois par an dans les plaines du littoral... La phthisie pulmonaire y trouve, dans la bénignité du climat, mieux qu’en Italie, sa guérison assurée. »

Divisions TEniiiTOuiALES et administratives. — Chaque province est divisée en territoire civil et en territoire militaire. Le territoire civil de chaque province forme le département. — Le département est administré par le préfet; le territoire militaire est administré par le commandant de la division territoriale.

Proviîice d’Alger.

Alger est le chef-lieu de la province ; c’est une ville des plus coquettes ([ui soient au monde ; elle forme un vaste triangle dont la base s’étend le long de la plage et dont le sommet est à 118 mètres au-dessus de la mer. Alger est le siège d’une division militaire, d’une amirauté, d’un évêché, d’une académie et d’une Cour impériale. — Population, 65,000 habitants.

Villes principales.

Population civile.

Douéra 2,i40 hab.

Boufariek 1,928

Blidah 8.312

Coléah. 2,081

Cherchell ' 1,745

Médéah, 5,316

Milianah 2,431

Orléansville, . , , 657

Dellys , 1,400

Bougie. 654

Tenès 2,520

Province cPOraiu

Oran est le chef-lieu de la province. Elle est située au fond d’un golfe et assise sur le versant oriental d’une montagne, sur les deux rives de l’Oued-el-Rabhi, doubles eaux arrosent une foule de jardins. Oran n’a point de port; la rade est peu sûre: le port véritable est à quelques kilopaètres ouest, au lieu dit Mers-el- Kébir.

« La ville d’Oran, dit un géographe, est aujourd’hui bien percée ; les rues sont droites, alignées, bordées d’élégantes maisons; quelques-unes des principales voies sont même ornées d’une double rangée de beaux trembles. Il y a plusieurs places spacieuses et des boulevards d’où l’on découvre le plus joli panorama. »

Le voisinage du Maroc et de l’Espagne fait d’Oran une ville commerciale de premier ordre ; cette importance commerciale repose presque entièrement sur le

S ort de Mers-el-Kébir, bien abrité, et où les vaisseaux chaut bord trouvent un mouillage assuré.

Villes principales.

Population civile.

Mostaganem. .... 6,462 hal>.

Mascara . 3,820

Tlemceii. 8,600

Ariew, située à 37 kilomètres N.-E. d’Oran, possède un port excellent-, elle est appelée à devenir une des villes les plus importantes de la colonie.

Province de ConslaiiLine.

Constantine est le chef-lieu de la province j population, 36,285 habitants. La ville est bâtie sur un rocher dont le point culminant a 644 mètres au-dessus du niveau de la mer, et qui est complètement isolé de la campagne environnante. Le Rummel, torrent impétueux, coule sur les côtes N.-E. et S.-E., et sert de fossé naturel.

Villes principales.

Population civile.

Bône 9,700 habit.

Philippeville. . . . 6,500

La Galle 300

Sétif. . ...... 1,000

Guelma 800

Djijelli 1,050

Le sol. — Les terrains calcaires composent la. presque totalité du sol et du sous-sol. La surface du Tell tout entière est apte à recevoir les cultures, inême sur les plateaux les ])lus élevés, où la température n’est jamais asse 2 froide pour nuire à la croissance des céréales.

Productions. -- « Quand les pluies d’hiver ont rafraîchi les racines des plantes et que les chaleurs du printemps viennent exciter la végétation, tout •

pousse avec une vigueur furieuse, suivant l’expression pittoresque d’un paysan transporté du nord de la France en Algérie. Le cavalier qui traverse les plaines disparaît, homme et cheval, perdu dans les riautes herbes. Les foins atteignent une hauteur régulière do un mètre dans les terres riches, et jusque sur les montagnes la faux peut les abattre à volonté... La nature réclame plus de part que la culture dans ces massifs de verdure que l’on appelle jardins arabes, oasis du Tell, plantés d’arhres fruitiers, où règne, grâce à un filet d’eau, la fraîcheur d’un éternel printemps. Grenadiers, orangers, citronniers, pêchers, jujubiers, abricotiers, amandiers, figuiers, poiriers, pruniers, cerisiers, vignes grimpantes, mûriers, tous les arbres de l’Ilalie, de l’Espagne et de la Sicile, groupés sans art, élèvent leurs berceaux de feuillage, de fleurs et de fruits, à côté des palmiers, des bananiers, des goyaviers, élégante et gracieuse décoration d’une zone plus cbaude... L’Afrique, jadis le grenier des Romains, n’a point perdu son antuiue fertilité en fait de grains, bien que l’occupation française n’ait pas su toujours la découvrir... Sans fumure et presque sans culture, le sol non irrigué produit de dix à douze hectolitres à l’hectare ; irrigué, il produit de vingt à trente hectolitres, et ce n’est pas le maximum possible. » (Du val.)

Comme plantes de spéculation plus lucrative, la colonisation française a introduit ou adopté le tabac, le coton, la garance, le pavot, et le succès a couronné ces tentatives intelligentes.

Forêts. — L’étendue des terres couvertes de bois et de forêt, est évaluée à 877,000 hectares environ pour la province d’Alger. Les montagnes de l’Atlas en comprennent la plus grande partie. — La province d’Oran renferme plus de 269,764 hectares de pays plantés d’arbres. — Celle de Constantine présente plus de 429,606 hectares de superficie boisée.

Les vastes forêts qui parent les abords de l’Atlas renferment une glande variété d’arl)ies dont l’exploitation pourrait fournir à la marine, à la menuiserie en bâtiment, à l’ébénisk-ric et â la tabletterie des sources de richesses inépuisables.

En considérant les principales essences algériennes au point de vue de leur utilité pratique et de leur emploi dans les arts et dans l’industrie, on peut les diviser , ainsi qu’il suit :

Bois propres aux constructions navales. — Chêne-zéen, chône-liége, chêne-vert, frêne, orme.

Bois de charpente et d'équarrissage. — Chêne, châtaignier, cèdre, pin.

Bois de menuiserie ou bois de sciage. — Chêne, châtaignier, orme, noyer, cèdre, pin, peuplier blanc, platane, aulne, frêne, amandier, houx.

Bois d'ébénisterie et de tabletterie. — Thuya de Barbarie, olivier, citronnier, frêne, érable, jujubier, orme, palmier-dattier (surtout la racine), bruyère arborescente, lentisque, myrte (racine), arliousier, laurier-rose.

Bois de sculpture. — Chêne, olivier.

Bois de tour. — Noyer, myrte, frêne.

Bois de charronage. — Chêne, frêne.

Bois à charbon. — Chêne, orme, frêne, châtaignier, aulne, érable, etc.

Cette liste d’essences algériennes présente une esquisse assez exacte des richesses forestières de l’Afrique française. Sans entrer dans plus de détails, nous rappellerons que le chêne-liége et l’olivier donnent lieu â des exploitations considérables.

Mines et carrières. — Au mois de novembre 1850, dans son message à l’Assemblée législative, le Président de la République disait : « L’administration » est arrivée à la connaissance d’une quantité consi- » dérable de gisements minéralogiques qui contri-

» hueront prochainement <\ la richesse de l’Algérie et » de la métropole. » Situés en général à des distances assez rapprochées de la mer, ces gisements présentent, en effet, de grands avantages -dont l’industrie doit bénéficier un jour. La France a besoin de fer, de cuivre, de zinc et de plomb ; chaque année elle achète à l’étranger pour trente millions de fers, cinquante millions de cuivres, treize millions de plomb et quatorze de zinc. Bientôt, il est permis de l’espérer, elle tirera de la colonie d’Afrique tous les métaux qui lui manquent aujourd’hui.

Voici, du reste, la liste des métaux dont la présence a été constatée :

L’antimoine, à l’état de sulfure ou d’oxyde radié et vitreux ;

L’argent, môlé au cuivre et au plomb ;

L’arsenic, à l’état de sulfure rouge ;

' Le cuivre, à l’état de cuivre pyriteiix, cuivre gris, cuivre carbonaté, oxyde et quartz caprifére ;

Le cobalt ;

Le fer, à l’état de fer carbonaté, fer oligiste, fer hydroxyde ou hématite brune, fer oxydulé magnétique, fer titané et pyrite de fer;

Le mercure, à l’état d’oxyde ou de tynabre ;

Le plomb, à l’état de sulfure, souvent argentifère ;

Le zinc, à l’état de blende et de calamite ou carbonate ;

Enfin, l’or a été reconnu dans quelques localités^ notamment dans les minerais de Kef-oum-Thaboul et dans les ravins du Petit-Atlas.

Presiiue toutes les substances minérales non métalliques se rencontrent également eA Algérie ; la pierre à bâtir, le plâtre, la ehaux, l’argile à poterie, la terre à brique, les calcaires hydrauliques, la pouzzolane, les porphyres, le marbre s^y trouvent en abondance et sont de qualité supérieure.

Zoologie. — L'Afrique du Nord est h peu près débarrassée des aftimaux. sauvages qui y pullulaient autrefois ; mais on y trouve encore le lion, la panthère, la hiène et le chacal .

D’après Jules Gérard, il y a en Algérie trois espèces de lions : le lion noir, plus rare que les deux autres, un peu moins grand, mais plus fort; le lion fauve et le lion gris, tous les deux ne different Tun de l’autre que par la couleur de la crinière. Le nombre, du reste, en est restreint.

La panthère habite entre le littoral et les hauts

f ilateaux ; elle vit de sa chasse, se jette rarement sur es troupeaux et fuit les hommes.

La hierte est d’une lâcheté proverbiale; elle ne vit que de charogne et déterre les morts; au besoin, elle se contente des immondices qu’on dépose autour des habitations.

Le chacal commet de grands dégâts; il tient b là fois du loup et du renard, dévore les fruits et les légumes, la volaille et le gibier ; il rôde autour des douairs et des villes et fuit au moindre bruit.

Les n'püles sont communs, mais peu sont dangereux. Parmi les serpents venimeuxj on cite la vipère ‘minette, le letîaâ et la vipère cornée. — • On ne les rencontre guère que drns le Sahara.

Le scoiq)ion abonde, mais sa piqûre est peu dangereuse.

populations.

Les Européens. — Le chiffre de ja population européenne est peu considérable : 160,798 nabitants.

Les dernières statistitjues donnent le tableau suivant:

Province d’Alger. . ..... 71,288 hab.

Province d’Oran. ...... 51,393

Province de Conshintine. . . 32,926

Les Espagnols se fixent particulièrement dans la

province d’Oran, les Maltais et les Italiens dans la province de Constantine.

Les indigènes. — La population indigène est ainsi

partagée :

Arabes des tribus 1,300, 000 hab.

Arabes des villes ou Maures. 1 22,000

Kabyles ou Berbères . . . . 1,000,000

Koulouglis 8,000

Nègres 10,000

Israélites 30,000

Ces races diffèrent essentiellement entre elles par leurs mœurs, leurs habitudes et leur organisation sociale. — Nous n’avons point à revenir sur leur origine, que nous avons indiquée dans la première partie de cet ouvrage; aussi, nous bornerons-nous à tracer un tableau rapide de leur organisation.

La tribu arabe est formée par la réunion de familles issues d’une souche commune. Tout chef de famille qui groupe autour de sa tente celles de ses enfants et de ses serviteurs forme un douar dont il est lecheick et qui porte son nom.

La réunion de plusieurs douars forme le farka ; la ' réunion de plusieurs farkas constitue la triou.

L’Arabe est paresseux « avec délices, » le travail lui fait peur. Il conduit ses troupeaux de pâturage en pâturage, égratigne la terre et habite sous la tente.

Le Maure est l’habitant des villes ; il est timide et inoffensif, il se livre au commerce ou vil de ses revenus.

Les Koulouglis sont issus de l’alliance des Turcs avec les femmes arabes.

Les nègres sont d’anciens esclaves ou descendants d’esclaves que la conquête française a émancipés. Ils sont peu nombreux, du reste, vaillants et lanorieux.

Les juifs sont en Afrique ce qu’ils sont partout.

Les Kabyles ou Berbères forment un peuple à part.

« Le Kabyle et l’Arabe, dit M. Aucapitaine, n’ont qu’un point de contact : leur haine réciproque. Le mépris du montagnard travailleur pour l’habitant Daresseux de la plaine ne peut être comparé qu’à ’orgueilleux dédain du cavalier de la tente pour rhajitant de la maison de pierre. Là, en effet, est la dif- i férence caractéristique des deux nationalités : l’Aralje à l’esprit poétique et indolent, ami du luxe, est le type de la vie nomade ; le Kabyle aime par-dessus tout le foyer domestique, sa maison, son village; artisan infatigable, il laboure, sème, récolte, enserre. Pendant l’hiver, devenu forgeron, menuisier, il fabrique les instruments de son travail. Été comme hiver, par le soleil ou par la pluie, sa vie est un labeur perpétuel.

» Le Kabyle suit la loi naturelle des peuples montagnards, il émigre dans les plaines. Chaque année, les plus jeunes descendent travailler au moment des moissons. D’une sobriété à toute épreuve, vêtu d’une mauvaise yanduura (chemise), d’un bournous en guenilles, nu-tête, les jambes garnies de peaux, il recueille, à la sueur de son front, le modeste pécule qui lui permettra d’avoir un fusil, une femme, une maison. Parfois, ils se font soldats, soit à Tunis, soit dans les corps indigènes à la solde de la France ; beaucoup ont glorieusement combattu en Crimée. Quelques-uns, prisonniers de guerre, ont fait le tour de l’Europe, et, revenus en Afrique, n’avaient qu’une idée, reprendre leur existence de travail.

» .... Autant l’Arabe est à la fois vain, orgueilleux et mendiant, autant le Kabyle, froid, dédaigneux, sera fier même avec les plus grands ; il méprisera vos cadeaux, et la cupidité du Bédouin n’a pas d’écho dans son cœur. — Un Arabe vous baise la main, vous

accable de «alutatioris et do protestations ampoulées. Le montagnard vous saluera, mais si vous ne faites pas attention a sa politesse, il pourra bien faire parler la poudre au marché prochain. »

Le principe démocratique est la base du gouvernement. — Chaque tribu (areb ou kharouba) se subdivise en fractions ou ferhhü, qui se partagent ellesmêmes en (léchera. Les inernbres (rimo‘ decliera, 'unis tous par les liens de la parenté, nomment un dtthman qui les représentera a la djétna (conseil).

La djêrna, composée de tous les dahmans du village, administre la localité. Elle perçoit les impôts, dont la plupart, payés en nature, sont consacrés à l’entretien des mosquées et des travaux d’utilité générale.

Le président delà djèma est Vumin \ Tamin est en môme temps, dans le village, maire et chef du pouvoir judiciaire et militaire. Il est nommé a l’élection

f iar rassemblée, réélu tous les ans lorsqu’il a contenté e plus grand nombre, non réélu s’il n’a pas sll commander. 11 est entre la commune et l’autorité française Tintermédiaire naturel, et, comme tel, responsable de la tranquillité publique. Il prévient les abus, défend le faible contre le fort, et, a l’occasion, veille aux intérêts de l’absent.

Tous les atnins de la tribu forment la djêrna supérieure, présidée par un de ses membres appelé amin-^ el-oaiemas (amin desamins). Cette djêma supérieure s’entend avec les djêmas des autres villages, de manière a former des confédérations.

L’alliance de plusieurs djêmas constitue le soff. Soff veut dire en arabe rang; on est d’un soff, c’est-a-diro on se range d’un parti. Pour mieux faire comprendre l’état social des Kabyles, nons extrairons d’un rapjtort officiel l’exposé (jui va suivre : « L’esprit du soff est général ; pas un Kabyle n’en est exempt. 11 y a dans cet état de choses source à

Lien dos désordres. Qu’un Kabyle, par exemple, se croie lésé, que la djéina ne lui ait pas donné droit, ou qu'il se soit cru maltraité par un homme d’un soff ^ranger, aussitôt il fait appel aux siens, la partie adverse en fait autant, et voilà deux masses en présence, soit dans la même tribu, soit dans le même village. Si une influence tierce n’intervient ù temps, le sang coule, les soffs existent plus haineux, avec plus (le raison d’être encore, et les suites du mal en augmentent les caus('s. ^ Au moindre omlu’age que

S rend dans un village le soff prépondérant, des gardes e nuit sont placés dans les tourelles crénelées (jui flanquent la crête où chaque village est toujours bâti et où on ne peut parvenir sans être signalé et reconnu de loin. Si les hommeS; pour leurs travaux, descendent de leur forteresse, les femmes veillent sur eux, et au moindre groupe qui se forme dans la campagne, elles apportent la poudre et les armes; les bergers vont en nombre et armés dans les endroits écartés. Tout le monde se garde ; c’est la guerre au repos.

» Cet état de choses désastreux qui faisait de chaque village une place forte, de chaque habitant un partisan au guet, et du voyageur un ennemi tra(|ué de toute part, paralysait le commerce et l’industrie. La misère fut quelquefois si grande, qu’on inventa dans les montagnes de la Kabylie la trêve de Dieu, comme chez nous au moyen eàg<\ Le droit des neutres fut reconnu ; les voyageurs étrangers purent, sauvegardés par un anaya, traverser les camps rivaux des Kanyles. L’anaya (en français, protection), paroles ou signe, est un sauf-conduit; il indique, sous la responsabilité de celui qui l’a accordé, le caractère neutre et inviolable du voyageur à qui il est donné. C’était en temps de guerre une sorte de droit des gens que tous les partis, que toutes les tribus avaient consenti. Ce droit fut généralement respecté ; c’eût été une cause générale (le guerre contre la tribu qui l’au-

rait violé, et il s’est attaché un tel prestige à ce mot, qu’aujourd’hui, lorsque deux ou plusieurs hommes sont près d’en venir aux mains, si une femme, un enfant môme s’écrie : « Je jette entre vous l’anaya du village, » la dispute cesse aussitôt. Une amende très forte punirait ceux qui n’auraient pas obéi. »

Depuis 1857, les Kabyles ont reconnu la domination de la France. Leur constitution politique n’a point subi encore de grandes modifications, mais elle sera peu à peu révisée, et, dans un temps prochain, ce qu’elle présente d’original aura certainement disparu. Les détails qui précèdent offrent donc quelque intérêt.

Tout a été dit sur l’Algérie, dont la fertilité est universellement reconnue ; nous n’ajouterons qu’un mot :

La conquête est achevée : l’œuvre de la colonisation va commencer. Déjà le télégraphe électrique traverse la colonie, des routes stratégiques ont été tracées, des postes militaires installés dans toute l’étendue de nos possessions, bientôt les chemins de fer sillonneront les trois provinces... Viennent les colons, et, avant un quart de siècle, l’Afrique, qui était sous les Romains le grenier de l’empire , sera le grenier de la France.

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