MILIÀNAH, TEN1ET-EL-HAD ET BLIDAH
surpassait de beaucoup tout ce qu’il avait vu eu Europe/
Tandis que nous parlions, le vénérable prêtre de la mis-
Le maréchal de Mac-Mahon.
sion entra, et nous exprima la profonde douleur qu’il ressentait du départ du duc et de la duchesse de Magenta (le maréchal et la maréchale de Mac-Mahon), qui étaient, disait-il, les personnes les plus excellentes et les plus charitables qui eussent jamais été placées à la tête du gouver-
nement de l’Algérie. Nous eûmes plus tard de nombreuses preuves à l’appui de son assertion, car le maréchal et la maréchale de Mac-Mahon ont laissé après eux un nom qui ne s’effacera jamais du coeur de ce peuple.
La ville entière était embaumée de l’odeur pénétrante du cèdre, qui sert ici de bois à brûler, lorsque le lendemain matin nous montâmes à cheval pour aller voir la célèbre forêt. Notre cavalcade était très nombreuse : nous ouvrions la marche avec les ofliciers, puis venaient nos femmes de chambre dans un cacolet placé sur un énorme mulet; une seconde de ces bêtes de somme portait les provisions de bouche, et enfin deux ou trois guides arabes, qui nous suivaient bien plus pour se distraire que pour nous rendre service, complétaient le cortège. On traversa d’abord des collines arides, parsemées de quelques rares tentes arabes; puis on lit un grand détour pour éviter une épouvantable fondrière produite par la fonte des neiges, et l’on s’engagea dans une forêt de chênes verts et de chênes-lièges, au milieu de laquelle le sentier serpentait dans un taillis d’arbustes odoriférants. I)e temps en temps une éclaircie laissait entrevoir les montagnes à l’horizon. On n’apercevait aucune habitation. De nombreux troupeaux de chèvres, de brebis et de petit bétail brun et noir paissaient sur les coteaux, sous la garde de jeunes Arabes, qui avaient l’air encore plus farouche que leurs bêtes. C’était un lieu sauvage et désert.
La route devenait de plus en plus à pic : aussi nous fûmes obligées de mettre pied à terre et de conduire nos montures à travers un bois de pins très touffu. Enfin, après avoir gravi ce chemin difficile et rocailleux pendant