‹ L'Algérie en 1844Chapitre 35 sur 108 · CHAPITRE I1L · texte numérisé non relu

CHAPITRE I1L

frique une nouvelle charte de propriété. Ce n’est pas en Afrique oomme en France : en Afrique le terrain est déblayé, rien ne peut gêner la liberté de l’expérimentateur ; que la terre d’Afrique devienne donc pour la France une piernfde touche, une terre d’essai; l’expérience faite en Afrique sera plus facilement reçue en France '.

M. Enfantin compare l’état de la propriété en France à l’état de la propriété en Afrique. En France, « nos villages sont des égoïsmes rapprochés, mais non associés, tou jours disposés à entrer en lutte. » Cet état de choses est le résultat de la propriété individuelle , qui est la représentation matérielle très-exacte de leur égoïsme et de leur inintelligence*. » En Afrique, la propriété est plus souvent communale qu'en France ; c’est cet avantage que, suivant M. Enfantin, la France doit envier à l’Afrique. Il demande que nous respections « ce sentiment communal que nous avons perdu et que l’Algérie est peut-être destinée à nous rendre1 * 3. »

M. Enfantin propose doncdeconslituer la ferme sur ce principe, que « son territoire serait coin-' mun quant à la culture , sauf celui consacré à chaque famille pour son jardin ; en d’autres ter-

1 Lettre sur la Constitution de la propriété en Algérie, par M. Marion, juge à Bone, à M. Enfantin, 1842, p. 82.

* Colonisation de l’Algérie, par M. Enfantin, 1843, p. 140.

3 Ibidem, p. 148.

mes , pas de familles et de maisons isolées ; pas de propriété individuelle du sol propre à la culture commune. Culture commune obligatoire pour tous, des terres de la ferme par les familles qui la composent1. »

Si M. Enfantin avait examiné dans quel état se trouventen France les biens communaux, je doute qu il eut voulu introduire en Afrique leur régime comme l’étaj; normal de la propriété. Les difficultés d’administration communale de ces biens ont vaincu le bon vouloir et la persévérance de nos administrateurs municipaux et départementaux. Les chefs qu’il veut improviser en Afrique ne sei'ont ni plus habiles ni plus heureux. Leur tâche sera bien plus difficile; en France c’est la terre seule qui est en commundans l’administration des biens communaux. Dans son projet, M. Enfantin veut mettre en commun la terre et le travail des habitants. C’est le gouvernement qui détermine le mode d’organisation des fermes et leur règlement de travail2. Chaque famille composant la ferme a droit à une part correspondante dans les produits du travail de la ferme 3. Oh ! que je plains le malheureux qui sera chargé de répartir les travaux à faire et de distribuer les produits !

1 Colonisation de l’Algérie, par M. Enfantin, p. 148.

Page 1