‹ L'Algérie en 1854Chapitre 5 sur 31 · D’AVIGNON AU POINT D’EMBARQUEMENT · texte numérisé non relu

D’AVIGNON AU POINT D’EMBARQUEMENT

Avignon. — Le voyageur venant du nord, arrivé dans l’antique cité des Papes, s’initie promptement à toutes les magnificences du ciel méridional. De suaves senteurs végétales s’exhalent autour de lui dans la campagne semée de plantes aromatiques et de parfums qu’on ne trouve pas dans le nord. Il a d’autres horizons sous les yeux, d’autres arbres, d’autres fleurs, une autre nature. Ce qui le frappe surtout , c’est la couleur et la lumière 5 et plus il avancera sur le sol mouvementé du midi , plus il se sentira vivre dans un monde différent de celui qu’il quitte. — S’il a quelques jours devant lui avant le départ des paquebots faisant le service de l’Algérie , il pourra se livrer à une agréable excursion sur les chemins de fer du Gard et de l’Hérault. Il logera , à Avignon , à l’hôtel d’Europe , place Crillon , près de la porte de l’Oulle.

Cette auguste cité, pour laquelle tous les hommes d’intelligence et de cœur professent un véritable culte, mérite une étude approfondie. — On y visitera successivement l’enceinte militaire , d’un type admirable, le rocher de la Glacière, jonché de squares élégants et de bocages ; Notre-Dame-des-Doms , qui le couronne ; le Palais Apostolique, qui l’assombrit de la projection de ses ombres majestueuses, et à la porte duquel on remarque encore les bornes figurant les pierres angulaires de l’église, comme à Rome; l’ancien hôtel de la monnaie, qui lui fait face; la statue pédestre

de Jean Althen. De la cime du rocher on promènera ses regards sur un splendide et mâle paysage.

La ville d’Avignon, patrie de Claude- Joseph Yernet, aïeul d’Horace , située au centre géographique de tous les grands monuments nationaux de l’antiquité romaine , entre Carpentras, Vaison, Orange, Cavaillon , le Pont-du-Gard , Nismes, Arles, Saint-Remy, Aix, St-Chamas, dans le voisinage des chefsd’œuvre français de l’architectonique romano-byzantine (Saint- Trophime-d’ Arles , Saint-Gilles) , offrant elle-même dans son sein et sa campagne une échelle complète d’édifices du moyen âge et de la Renaissance, la ville d’Avignon me semble prédestinée à recevoir une école régionale des beaux-arts du midi de la France. A toutes ses portes et au fond de tous ses horizons on trouve les plus belles manifestations de l’art historique, les plus nobles ou les plus touchants souvenirs : tout ce qui attendrit le cœur et émeut l’âme.

L’hôte instruit d’Avignon ira saluer les clochers éduens , du xve siècle, de Saint-Simphorien (les Carmes), de Saint-Didier, des Augustins , de Saint-Martial , de Notre-Dame-la-Principale ( Pénitents-Blancs ) , de la Maison-de-Ville, de Saint-Pierre. Aux Pénitents-Blancs il verra de précieux tableaux de Mignard et de Parrocel. A l’église de Saint-Pierre, image parfaite du temple italien par son appareil de colonnades dorées et de peintures , et à Saint- Didier, il constatera la présence de la chaire-tribune au xve siècle. Au Palais Apostolique, les deux chapelles pontificales, les fresques, rappellent les dispositions du Vatican. Notre-Dame-des-Doms intéresse par son pronaos, de style grec, peint par Simon de Sienne^ la majesté de ses cérémonies, ses arcades blasonnées, ses tombeaux, ses épitaphes de Crillon et de Louis de Fogasse d’Entrechaux (1), etc. Il faut visiter le pont et la chapelle Saint- Benezet, l’église brillante de Saint-Agricol , où l’on entrera par la rampe sur la rue de ce nom ( AD . DIVVM . AGRICOLVM . ACCESSVS . FACILIOR , dit l’inscription qui la signale ) : la

(I) Voir ma monographie de cette basilique ( Revue Méridionale , numéro 4, 15 juillet 1853).

chapelle des Pénitents-Gris, sur la Sorgue-Bleue , et surtout celle des Pénitents-Noirs, à l’extrémité de la rue Banasterie. Cette chapelle renferme des peintures très-estimées et le plus beau christ en ivoire , qui , peut-être , soit sorti de la main des hommes, exécuté par un artiste du xvne siècle, nommé Jean Guillermin, en 1659. — Voici comment cette confrérie en est devenue propriétaire. Les Pénitents de la Miséricorde, chargés du soin des prisons, accompagnaient les patients au supplice. Parmi les prérogatives dont ils jouissaient primait celle d’obtenir, chaque année , la grâce d’un condamné à mort. Un neveu de Jean Guillermin se trouvait dans ce cas. 11 allait périr, sa sentence était prononcée ; le sculpteur offrit son christ pour racheter la vie de son jeune parent. — L’échange fut accepté.

La magnifique façade de l’Hôtel-Dieu, entre le quartier de la Carréterie et celui des Teinturiers; le clocher des Cordeliers, la chapelle de la confrérie des Hommes et l’église des Damesdu-Saint-Sacrement , couronnée d’une coupole, l’une et l’autre situées dans la rue Philonarde ; l’église des Jésuites , à la riche façade (aujourd’hui au lycée); la belle halle de la place Pie, et la demeure historique près de cette place; la rotonde de l’Oratoire, le Grand-Séminaire, l’église de Saint-Louis, autre charmante rotonde où l’on admire des peintures de l’Attiret (à l’Aumône Générale ) ; les restes des Célestins , où s’élève actuellement le pénitentiaire donné à Avignon à la place de la succursale des Invalides, dont Saint-Louis et ses dépendances faisaient partie; tout cela fixera tour à tour l’attention du voyageur distingué. — Il ira aussi gravir avec joie le fameux escalier de Sainte- Anne, qui donne accès , du côté du levant, à la Roche Tarpéïenne d’Avignon. C’est un site des plus accidentés et des plus pittoresques.

Il ne faudra pas négliger l’hôtel de ville, dont une reconstruction récente a respecté le vieux beffroi gothique , très-analogue à celui du Palazzo Vecchio de Florence; le théâtre, bâti avec une somptuosité et un goût infinis par M. Léon Feu chère, architecte du département du Gard: les demeures historiques,

si nombreuses ici ^ l’asile de Saint-Jean, la maison Aubanel, la maison de la rue Dorée, le vieux monument, en partie détruit, de Saint-Ruf, à peu de distance de la porte Saint-Michel} l’hôtel de Crillon, dans cette étroite rue de la Masse qui ressemble, par ses dispositions monumentales, à la Via Nuova de Gênes; la porte du moyen âge , rue Collège du Roure , n° 3 ; les expositions d'objets d’art de la rue Calade.

Avignon n’a pas moins de trois hospices : l’Hôtel-Dieu , l’Aumône Générale, l’Hôpital Isnard, extra muros, tous administrés et desservis de la manière la plus exemplaire. Si la piété, l’esprit de charité et de bienfaisance ont dans cette ville une verve , des élans sublimes , elle n’est pas moins riche sous le rapport des fondations littéraires et scientifiques. On visitera, rue Calade, le musée Calvet et le musée Requien; dans le premier, la galerie de portraits des Vauclusiens dignes de mémoire : les Crillon, les Esprit Fléchier, les Maury , les Claude-Joseph Vernet, etc. , les inscriptions grecques, la bibliothèque; dans le second, un établissement né du souffle généreux et patriotique de Requien. — Cet homme, d’un si grand cœur, demeura longtemps dans une toute petite maison, rue de l’Ombre, n° 16, laquelle rue s’embranche sur celle des Lices. Quatre Avignonais ont constitué l’état scientifique actuel d’Avignon; ce sont: le docteur Esprit- Claude-François Calvet , Hyacinthe Morel , âme de l’Athénée de Vaucluse, Antoine-Marie-François Artaud et Esprit Requien, tous bienfaiteurs de leur patrie.

Avignon avait autrefois une industrie florissante , réduite aujourd’hui à des manufactures de mouchoirs imprimés, semées sur la Sorgue-Rleue , canal tiré de Vaucluse, dont les eaux sont utilisées pour les lavages et comme force motrice. Ces fabriques sont toutes centralisées dans la rue des Teinturiers. Cette cité , largement éclairée au gaz, a une horloge communale à cadran éclairé la nuit, ce qui manque à Marseille. Cette grande place de l’Horloge, formant un parallélogramme du nord au midi, offre une certaine magnificence. — On trouve à Avignon beaucoup de ces girouettes surmontées d’une croix, si communes en Italie.

Du reste , les souvenirs romains des papes et des vice-légats , et les traditions italiennes s’exhalent de tous les quartiers de cette immense ville, confuse dans son ichnographie , mais pourtant percée de belles et vastes artères. A ce point de vue, on parle d’une régénération qui ferait circuler à pleins flots dans son sein le mistral, déjà si impétueux à Avignon, et détruirait le vieux type de la cité pontificale : une rue centrale traverserait toute la ville, de la place du Palais Apostolique à la gare définitive du chemin de fer de Lyon à la Méditerranée, en franchissant la place actuelle de l’Horloge , qui s’agrandirait et recevrait , du côté du levant, un appareil de constructions plus en harmonie avec la monumentalité brillante de son flanc occidental. Cette rue se développerait sur une largeur de quinze mètres.

Avignon est la métropole d’une province ecclésiastique comprenant les diocèses de Nismes, Montpellier, Viviers et Valence, et le siège de la préfecture du département de Vaucluse. — On remarquera dans cette ville la subdivision des rues et quartiers en îles portant chacune son numéro d’ordre.

Les cafés les plus renommés d’Avignon sont : le café Henri IV , place du Change, fréquenté par l’élite des consommateurs; les cafés Bugand, de l’Univers, Genella, des Mille Colonnes.

Comme à Rome, les églises avignonaises se ferment de midi à trois heures.

Ne pas manquer de franchir le pont du Rhône et de saluer, à Villeneuve-lès-Avignon, le château, l’hôpital, les restes de l’ancienne chartreuse, la tour solitaire située au midi du bourg, l’église paroissiale , véritable musée chrétien de belles toiles , ayant l’autel majeur le plus somptueux du midi de la France. — A la porte de cette église, comme à la porte occidentale de celle de Sainte-Marthe de Tarascon, on remarque une lourde portière, romaine de cuir piqué.

Parcours. — La section d’Avignon à Marseille du chemin de fer de Lyon à la Méditerranée est admirable comme exécution et comme exploitation. Le service y est fait avec prudence et sollicitude ; les voitures des trois classes y sont commodes , conve-

nables , fermées à glaces ; les signaux et les manœuvres s’y opèrent , comme sur la ligne de Paris à Lyon , avec précision et la plus louable exactitude. Les trains de cette section offrent cette circonstance particulière : c’est qu’ils renferment ordinairement une ou deux voitures exceptionnelles et hors classe , ne s’ouvrant que pour les hautes notabilités politiques ou administratives de l’exploitation et des travaux.

Ce chemin , qui a traversé plusieurs crises et éprouvé plusieurs vicissitudes , fut partiellement inauguré le 18 octobre 1847 , et mis, par sections, en activité dans cette dernière année et en 1848. Il a été livré à la circulation sur toute l’étendue de son parcours de Marseille à Avignon ( 120 kilomètres) , le 5 mars 1849.

On franchit d’abord la Durance sur un beau viaduc de 600 mètres.

lre station, Rognonas.

2me station, Cadillan. — De ce point , on aperçoit, à gauche de la voie, le joli clocher éduen, du xve siècle, de Graveson.

3rae station , Tarascon. — C’est ici que l’on change de voitures et de ligne si l’on veut parcourir les embranchements du Gard et de l’Hérault (1). Tarascon est le siège du tribunal civil de l’arrondissement d’Arles. Visiter le château à la robe d’or, le pont suspendu, l’admirable viaduc du chemin de fer sur le Rhône, l’église de Sainte-Marthe, l’un des plus magnifiques monuments historiques de la Provence, véritable galerie de tableaux et de tapisseries précieuses. Les peintures sont de Vanloo , Mignard, Vien, Parrocel; elles représentent, en majeure partie, l’histoire de Sainte-Marthe. L’hôpital de Tarascon semble se pencher sur le chemin de fer , dont le mouvement vient égayer ses malades. On aperçoit, de la ligne, un boulevard complanté d’ormes, qui semble inviter le voyageur à la promenade. Cette ville est le siège d’une garnison qui concourt à la vivifier.

4me station, Ségonnaux.

(1) Pour ne pas rompre la continuité du parcours direct d’Avignon à Marseille, nous avons reporté un peu plus loin l’itinéraire des chemins du Gard et de l’Hérault, qui s’embranchent, à Tarascon, sur la ligne de Lyon à la Méditerranée.

5me station, Arles. — La ville d’Arles est située au cœur de la plus verte campagne et des plus riches cultures. Nous avons sous les yeux les ombrages, les irrigations , les jardins , les prairies, l’agriculture savante de la Normandie, sous le ciel serein et au milieu des produits naturels, des arbres, des fleurs de la riante Toscane.

C’est de la gare d’Arles que dépendent les magnifiques ateliers de construction et de réparation des machines pour le service du chemin de fer.

Allons saluer dans cette royale cité , veuve de toutes ses couronnes et de tous ses sceptres, mais toujours si riche par ses monuments , ses traditions , ses souvenirs , sa mémorable histoire , allons saluer l’amphithéâtre , le théâtre romain , ce qu’il reste des Aliscamps, Saint-Césaire , Saint-Honorat , Saint-Trophime , avec son cloître , sa délicieuse façade , ses peintures murales , la maison de ville, des cimes de laquelle s’élance un admirable beffroi; le monolithe en granit, le musée, les églises anciennes ou modernes , si nombreuses dans cette antique métropole du royaume de Bourgogne; les vieilles rues, les vieilles choses. — Allons rechercher dans le sang, dans les mœurs, dans l’architectonique, dans les costumes , l’accent , les émanations et les traces de la colonie grecque.

On logera, à Arles , à l’hôtellerie du Forum (Place des Hommes, ancien Forum). Le visiteur intelligent tâchera de se diriger vers les ruines de Montmajour, à 3 kilomètres environ , au delà du chemin de fer.

L’usage du café occupe ici autant de place dans les mœurs populaires, et n’est pas plus dispendieux qu’en Italie. Une foule de lieux, d’une apparence modeste, sont ouverts à ce genre de consommation, si logique et si bienfaisante dans le pays.

Arles est , avec Nismes et Vienne (Isère ), la ville qui ressemble le plus à Rome.

6me station, Raphèle. — Horizon d’une grande suavité, au milieu duquel se dresse, à gauche de la ligne, une église neuve, d’un goût parfait.

7me station, Saint-Martin.

8me station, Entressen. — Aspects et mirage de la Crau, sous un ciel embrasé. Cette vaste plaine sablonneuse a le silence et l’étrange majesté du désert. — C’est le Sahara français. — Quand le mistral souffle en Provence, il est, dans la Crau, effrayant d’impétuosité et de violence. Deux fois , dans l’hiver de 1853, je l’ai vu abattre les poteaux du télégraphe électrique , que l’on vient, dans ce parcours, de reporter sur le flanc occidental de la voie.

9me station, Constantine. — Je crois que ce lieu n’a rien d’illustre que son nom.

10me station, Saint-Chamâs. — Effets très-pittoresques, à droite de la voie, monuments et restes romains extrêmement curieux, surtout le pont Flavien, d’une décoration toute triomphale, jeté sur la Touloubre, dont le lit est creusé, en cet endroit, dans un massif de rochers. — De Saint-Chamas à Berre le chemin de fer franchit les Alpines, contre-forts des Alpes.

llme station, Berre. — A droite de la ligne, une jolie flèche élancée signale la petite ville dont l'exploitation des salines et la pêche forment la principale industrie. L’étang de Berre s’étend comme un immense miroir. C’est une scène animée par les villages posés sur les rives de cette nappe d’eau, sans cesse sillonnée par de légères tartanes, étayant tous leur petit port.

12me station, Rognac. — Après cette gare, charmant tableau de genre , à gauche du voyageur , consistant dans une petite vallée vêtue d’arbres verts , avec un pittoresque rocher au fond , couronné d’une chapelle.

On s’arrête à Bognac si l’on veut se rendre à Aix, la ville de Bené , la cité parlementaire et la vénérable métropole . de la radieuse Provence.

13me station, Vitrolles. — Position vivement paysagée.

I4rae station, Pas-des-Lanciers. — Cette gare dépassée, on entre dans le souterrain de laNerthe, ouvrage digne des Bomains. U est de 520 mètres plus long que celui de Blaisy-Bas (Côted’Or), qui n’excède point 4,100 mètres.

Le passage de la Nerthe se développe sur une longueur de

4,620 mètres. Sa hauteur est de 8 mètres, sa largeur de 8 mètres également. Il renferme 24 puits d’aérage. Sa pente et sa rampe sont de 0,001 par mètre. Son point culminant est la tête nord. Il est distant de Marseille de 12 kilomètres 220 mètres, et d’Avignon de 102 kilomètres 959 mètres. Son faîte s’élève de 2,439 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer.

l5me Station, l’Estaque. — C’est la première gare en aval de la Nerthe. Lorsqu’au sortir du passage, le train recouvre tout à coup la clarté du jour, on éprouve les impressions émouvantes d’une vision, on entre dans une autre zone, dans un autre monde. Tout étincelle, tout s’illumine autour de nous. Le périmètre de Marseille a commencé, et nous avons tout à fait la lumière, la couleur, les arbres de l’Italie. — Quelle meilleure préparation aux splendeurs de la nature et du ciel en Afrique? La campagne, depuis l’Estaque jusqu’au terme de la course, est un paradis terrestre embaumé de suaves odeurs propres au midi, panaché, festonné d’ombrages, émaillé de jardins, de maisons de campagne, de cabanons, d’élégantes bastides nimbées, s’épanouissant au soleil de Provence , nouveaux Tibur des Marseillais. Rien d’auréolé comme ce paysage, qui frappe d’autant plus le voyageur qu’il vient de traverser la Crau et le souterrain de la Nerthe. On y trouve les villages enchantés de Séon- Saint-Henry , Séon-Saint-André ( lieux d’origine et d’étymologie grecques ) 5 les Aygalades , si renommées par leur quiétude et leur beauté-, Saint-Joseph , Le Canet, Saint-Barthélemy. Toute cette banlieue, admirable de magnificence, constellée de villas, extrêmement peuplée , est desservie par de petits trains locaux dont la course se borne au parcours entre Marseille et l’Estaque. Le cœur du voyageur bondit de joie, son àme s’élève, ses idées s’agrandissent et s’exaltent, car il voit reluire le grand lac méditerranéen, il aperçoit la grève, le Château d’If, le fort sacré de Notre-Dame-de-la-Garde, l’agglomération marseillaise, les navires, les embarcations.

Après Saint-Louis , le raïl-way méridional arrive sur les terrains de Saint-Charles , au nord de Marseille , à 47 mètres 80 cen-

timètrcs au-dessus du niveau de la mer. La communication entre la gare de Saint-Charles et les quais de la ville s’opérera au moyen d’un embranchement se dirigeant sur le port de la Joliette.

Marseille. — Marseille, patrie de Puget, ce Phidias français, Marseille est la reine du midi. Sa population est, après celle de Paris et de Lyon, la plus importante de l’empire français. Son port, depuis la glorieuse conquête de l’Algérie surtout, a détrôné tous ses rivaux. — Il finira par ne plus y avoir dans le monde que deux ports de commerce: celui de New-Yorek et celui de Marseille. — De sa splendeur phocéenne passée il lui reste un magnifique présent devant lequel s’ouvre un avenir plus magnifique encore.

Cette cité, grâce aux gigantesques travaux de son canal et du prodigieux aqueduc de Roquefavour , est une des plus riches de France en eaux jaillissantes et potables. Éclairée au gaz avec une parcimonie qui semblerait étrange si l’on ne tenait pas compte de l’éclat exceptionnel de son firmament et de ses nuits, Marseille a trois ports ( le vieux port , celui de la Joliette et celui d’ Arène ), dont l’un le plus sûr de l’Europe^ de superbes promenades, dont le cours Saint-Louis, le cours Bonaparte, les boulevards, les allées de Meilhan, le Prado, un jardin public agréablement paysagé sur le contre-fort du mont de Notre- Dame-de-la-Garde *, un jardin des Plantes, un musée, un cabinet d’histoire naturelle , un observatoire célèbre. Elle est le quartier général de la ixe division militaire. Comprise dans la province ecclésiastique, le ressort de la Cour impériale d’Aix et la circonscription de l’Académie universitaire des Bouches-du-Rhône, dont Aix est encore de chef-lieu, elle est le siège d’un évêché, dont son seul arrondissement communal forme la circonscription , de la préfecture du département des Bouches-du-Rhône, d’un tribunal de première instance, d’une école préparatoire de médecine et de pharmacie, d’un lycée impérial , d’une académie impériale des sciences, belles-lettres et arts, d’une société impériale de médecine , d’une société de statistique , d’une société

académique de médecine, d’une chambre de commerce, d’une* société artistique et d’une société d’horticulture faisant des expositions, d’une banque de crédit foncier, d’une bourse, d’une foule de cercles, d’un athénée. Elle possède une bibliothèque publique très-importante , à laquelle sont annexées celle de l’Académie et la galerie iconographique de cette illustre compagnie.

11 y a à Marseille une agence du ministère de& affaires étrangères, et toutes les nationalités, grandes ou petites, du monde y sont représentées par des agents consulaires, la plupart avec le titre de consul général. — Il se publie dans cette ville, sans compter les recueils scientifiques, quatre journaux politiques: le Courrier de Marseille, le Sémaphore, la Gazette du Midi , le Nouvelliste, et un grand recueil littéraire, paraissant deux fois par mois, sous le titre de Revue Méridionale , dont la publication interrompue (comme on l’a vu page 38) reprendra, espérons-le, bientôt son cours. Par suite de la position maritime, commerciale, et, pour ainsi dire, internationale de Marseille, de la verve de ses enfants, de la conscience et du talent de ses écrivains, sa presse périodique obtient un vaste retentissement.

Marseille, en rapport direct avec l’Italie, la Corse, le Levant y l’Espagne, l’Afrique, etc., est le principal centre de commerce maritime et la cité la plus florissante de l’Europe. Nulle part le numéraire ne circule aussi rapidement qu’ici. — Tout homme doué d’intelligence, d’activité et d’instincts laborieux, dans tous les genres, trouvera promptement à utiliser ses moyens dans ce* milieu et y fera fortune. Les points d’arrêt de la navigation concourent, dans une large mesure, à assurer les brillantes destinées et les affaires de cette cité, à laquelle l’essor de l’exploitation libre des paquebots transatlantiques imprimera un mouvement plus marqué encore.

Il n’y a certainement pas de ville en France où le sentiment musical soit aussi généralement développé qu’à Marseille. Quant à l’instinct du beau moral et idéal dans les arts , fils du dessin , il y est moins appréciable.

Le voyageur d’Afrique logera ici, selon ses facultés et ses goûts.

ou à l’Hôtel des Empereurs ( Cannebière ), qui partage , avec la maison du cours Saint-Louis, à pilastres corinthiens, située entre la rue de Noailles et celle d’Aubagne , en regard de la Cannebière , l’honneur d’être la plus belle demeure de Marseille , ou au grand Hôtel de Beauveau ( rue de ce nom ), ou à l’Hôtel Cannebière, au-dessus du Café de l’Univers; ou bien il ira rechercher les hôtelleries plus modestes de la rue Thubaneau. Les cafés les plus notables sont : le Café de l’Univers , hors ligne ( Cannebière ) , véritable monument, je ne dirai pas au point de vue de l’art, mais par rapport aux énormes dépenses d’argent qu’il représente, et qui, par son goût équivoque, rappelle le fameux café de la rue Talleyrand , à Rheims; le Café Bodoul ( rue Saint-Ferréol), le plus distingué de Marseille comme tenue et comme compagnie; le Café Turc (Cannebière); le Café de France; le Café Napoléon ( idem ) ; le Café des Mille Colonnes ; le Café du Commerce ( rue Beauveau). L’étranger de passage à Marseille fera bien de se procurer l’histoire de cette ville, par M. Boudin, écrite avec rapidité et talent. Ce livre lui apprendra, sur le passé et le présent de cette cité justement célèbre, tout ce qu’il lui importe de savoir pour la comprendre et l’aimer.

Marseille étant une sorte de colonie et comme un résumé du monde, vous y rencontrerez toutes les nationalités et tous les costumes; vous y entendrez parler toutes les langues. Chaque peuple a ses lieux de prédilection. Les groupes italiens stationnent au sud de la région du quai faisant face au couchant, vers le Grand-Hôtel d’Italie. Les Maltais ont leur aire distincte et les Hollandais la leur. Les Espagnols se tiennent à côté des Italiens; les Grecs un peu plus loin, dans la rue Suffren, prè& de ce coiffeur dont nous reproduisons l’enseigne hellénique:

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