‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 36 sur 90 · PÊCHE · texte numérisé non relu

PÊCHE

»A1 SATIAC.

Kllogr.

Kilofr.

Moyenne annuelle.

Ce tableau , extrait des archives du consulat de Bone, diffère peu des renseignements recueillis par la station navale sur deux des années qu'il comprend: on y remarquera la réduction progres-

1 Y compris le petit nombre de bateaux employés à la pèche d'hiver pendant les années 1821 et 1822.

sive du prodoit de ta pèche par bateau. On en pourrait conclure que les bateaux sont aujourd'hui trop nombreux pour l'espace compris entre le cap Roux et le cap de Fer, auquel est restreinte l'exploitation. Pour y assurer indéfiniment la reproduction, il faudrait peut-être se borner a en extraire 20,000 kil. par an, comme le faisait la compagnie d'Afrique, On verra plus loin qu'il serait possible de trouver ailleurs les 10,000 kil, que parait réclamer le commerce. À prendre pour unique mesure l'étendue de la consommation, il résulterait de l'expérience de oes dix années, que la pèche du corail occupe régulièrement de dix-sept à dix-huit cents matelots, et met en circulation une matière première de la valeur de 1,500,000 fr. , le prix moyen du corail brut étant de 50 fr. le kilogramme.

Dans l'état d'hostilité qui a duré sur cette côte, de 1827 à 1831, quelques pécheurs aventureux ont pu en affronter le& dangers, et se réfugier à Tabarque ou sur quelque autre point de la régence de Tunis; mais ils ont été trop peu nombreux et ont mis trop de soin à cacher leurs opérations, pour que les recherches que l'on ferait à cet égard atteignissent un certain degré d'intérêt ou d'exactitude.

Reprise en 1832, la pêche se continue sur les bases adoptées de 1817 à 1826. Les corailleurs français sont affranchis des droits, et leurs concur-

rente payent, par bateau, 1155 fr. 60c. pour la pèche d'été, et 524 fr. 20 c. pour la pèche d'hiver. Les conditions actuelles de la pèche n'ont donc aucun rapport avec celles dans lesquelles l'avait placée la compagnie d'Afrique , et elles varient suivant les ports d'expédition.

Les corailleurs français appartiennent tous à l'île de Corse , et malgré l'avantage qu'ils ont de ne point payer de redevance, ils ne paraissent pas gagner, au bout du compte, plus que les autres. Les Corses font , en général , la pêche à la part, et fournissent quelques matelots aux bateaux Toscans.

Les gondoles sardes partent toutes du golfe de Rapallo , à six lieues de Gènes s elles sont commandées par le propriétaire, ou du moins naviguent sons sa surveillance, lorsqu'il en a plus d'une* L'armement se fait par mises de 800 fr., dont cha-> cune obtient une part dans le produit net de la pèche ; il revient en outre deux parts au bateau , une et demie au patron, et une à chaque matelot ; la part donne environ 200 fr. de bénéfice. Les mises sont fournies par les matelots eux-mêmes ou par leurs familles, et il n'est pas rare de voir une barque emporter sur la côte d'Afrique les économies et les vœux d'une cinquantaine de personnes. Les Génois sont les plus industrieux et les plus entreprenants de tous les corailleurs : parmi eux,

chaque homme fait pacotille à l'aller et au retour : on les accuse de n'être pas fort scrupuleux en matière de contrebande, et de fournir quelquefois delà poudre à nos ennemis.

Sur la côte de Toscane, il n'y a que trois ou quatre patrons propriétaires de leurs barques; toutes les autres appartiennent à des armateurs de Livourne. Les équipages se composent, en partie, de marins émigrés de la Torre del Greco , près de Naples, en partie, de vignerons qui, ne faisant jamais que la pêche d'été, sont de retour chez eux pour les cultures d'hiver, et n'en partent qu'après avoir donné à la vigne les principales façons : cette répartition de leur temps leur permet de naviguer au prix de 70 centimes par jour. Les corailleurs toscans sont ordinairement payés pour toute une pêche, à raison, le patron de 500 fr. , le'premier poupier de 300 fr., le second de 200 fr., le simple matelot de 147 fr. Quand les avances d'armement, qui peuvent s'élever à 4,500 fr. par bateau, sont empruntées, c'est à 2| pour cent par mois, et la pêche en dure près de huit; il est vrai que si le bateau périt, le capital est perdu.

Il vient de Sicile quelques bateaux trapa niens: à la fois pêcheurs et ouvriers, leurs matelots naviguent à la part, et travaillent, l'hiver, le corail péché l'été: malgré ces conditions de succès, leur industrie est en décadence.

C'est à la Torre del Greco, au pied du Vésuve, qu'est le centre de la pêche napolitaine, la plus considérable de toutes. Les armateurs sont presque tous d'anciens cora illeurs enrichis à ce métier. Ils accompagnent ordinairement leurs bateaux sur la côte d'Afrique : quelques-uns d'entre eux en ont un grand nombre. Les matelots sont à prix fixe, comme à Livourne, et s'occupent, l'hiver, à la pèche du poisson, dont le débit est facile à Naples. Quelques patrons ont des barques, mais point de capitaux, et empruntent leurs frais d'armement à la grosse , à 20, 25 et 30 pour cent. Un bateau napolitain neuf et gréé vaut 800 ducats (3,360 fr.) ; la construction en est parfaite , et les matériaux, le bois de chêne surtout, excellents. On évalue à 8 ou 9,000 francs par coraline , non compris quelques petits bénéfices commerciaux, le produit ordinaire de la pêche d'été. On verra tout à l'heure quel intérêt s'attache à l'évaluatiod des frais.

Après m'étre éclairé des avis de personnes familières avec cette industrie, et avoir comparé sur les lieux les renseignements recueillis par les officiers de marine chargés de la police de la pêche , et par divers agents consulaires, j'ai lieu déconsidérer comme très-rapprochée de la vérité l'évaluation suivante des frais de la pêche pour un bateau et une saison :

Loyer de la coraline 500 fr.

Salaires de matelots 2,100

Provisions 1,400

Filets et apparaux ........ 800

Droits de pêche 1,155

Quarantaine et menus frais . . . 345

Intérêts de capitaux 700

Total .... 7,000 fr.

On peut , sur cette base , apprécier quel avantage auraient les corailleurs à s'établir sur la côte d'Afrique pacifiée.

Aujourd'hui, bien que la pèche s'ouvre le 1er avril, et se ferme le 30 septembre , les dépenses s'étendent à un espace de huit mois : en effet, pour faire tous les préparatifs d'une campagne * arrimer la coraline , traverser la Méditerranée , il faut s'y prendre au 1er mars; au retour, on est assujetti à une quarantaine de quatorze à dix-huit jours , à Gênes et à Livourne, de dix-huit à vingt-cinq jours dans' les Deux-Siciles. Les bateaux napolitains qui vont en grand nombre placer leur cargaison et acquérir la libre pratique à Livourne ont en compensation à faire le trajet de Livourne à Naples : c'est encore un mois perdu. Des corailleurs fixés sur la côte économiseraient le quart du loyer de la barque, du

salaire et de la nourriture des matelots , 1,000 fr.

Les frais de lazaret et de patente, ceux qu'entraîne l'éloignement où sont les équipages de leurs familles, entrent dans l'aYant-dernier article de dépense pour au moins » 200

L'emprunt d'un capital considérable est la conséquence de la nécessité de foire au départ des provisions de bord pour huit mois : le gros intérêt est le prix des inquiétudes que causent à l'as* sureur les dangers de la mer et les hostilités des indigènes. Si les corailleurs , qui reviennent au moins ebaque semaine à terre , renouvelaient leurs vivres et leurs agrès sur un marché toujours ouvert, s'ils trouvaient sur la côte paix et protection , si la barque péchait , pour ainsi dire , sous les yeux du propriétaire , les intérêts de capitaux et les assurances se réduiraient certainement de .... . 550

On obtiendrait donc par bateau une

économie de. . . 1,750 fr.

supérieure aux bénéfices réguliers de la pêche.

Un tel avantage devrait suffire pour déterminer la formation d'établissement» définitifs en Afrique. Pourquoi les. émigrés de la Torre de! Greco ne se fixeraient-ils pas à Bone, comme ils l'ont fait a

Livourne ? pourquoi les Génois et les Toscans ne seraient-ils pas rappelés sur cette côte, par le souvenir des succès qu'y obtinrent leurs ancêtres? pourquoi ne verrions-nous pas revivre les pêcheries permanentes delà Calle et de Tabarque? La réponse à ces questions est dans l'absence de sécurité, dans la difficulté des approvisionnements, toutes choses auxquelles aurait pourvu depuis longtemps une autorité protectrice et prévoyante. Mais, sur la côte de Bone, il faut bien l'avouer, on ne s'est jamais occupé sérieusement que des choses inutiles.

Pour apprécier la pêche du corail comme élément d'établissement, il ne faut que jeter les yeux sur le tableau de ce qu'elle a , depuis sept ans , occupé d'hommes et de navires , produit de matières premières et payé de contributions. En voici le résumé :

ANNEES

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