‹ L'Algérie (volume 2)Chapitre 57 sur 93 · LES MAURES, LES COULOURLIS, LES NÈGRES · texte numérisé non relu

LES MAURES, LES COULOURLIS, LES NÈGRES

Les Maures ou Hadars sont les indigènes qui habitent les villes. Grands et bien faits quand l'embonpoint ne les alourdit pas, le teint blanc ou brun clair, les yeux et les cheveux noirs, les traits réguliers, ils ne reproduisent ni le type arabe ni le type berbère ; ils ressembleraient plutôt aux populations du midi de l'Europe. Prenez un Languedocien ou un Napolitain, habillez-le de la veste collante, du seroual bouffant, qu'il mette ses pieds nus dans les sebabath^ roule autour de sa tète le large turban, qu'il imite s'il peut la gravité de la démarche et la lenteur des allures, rien ne le distinguera d'avec un véritable Hadar. Les Maures ne sont pas une race, mais un résidu de toutes les races ; le sang phénicien, berbère, romain, arabe, turc se mêle dans leurs veines ; l'Europe a fourni son contingent, surtout au temps de la piraterie, quand les renégats et les captifs se comptaient par milliers. Cette population n'a jamais joué un grand rôle en Algérie ; les Turcs la méprisaient, la conquête française n'a trouvé chez elle ni résistance ni concours. Ces hommes gras et lymphatiques ne sont pas de ceux qui créent les événements, ils les subissent avec une passivité indifférente. Ils sont paisibles et assez doux ; mais c'est à leur indolence qu'on doit savoir gré de leur tranquillité. Les professions qu'ils affec-

tJonnent sont celles qui exigent le moins d'effort, la plupart sont boutiquiers ; pas à la manière européenne ; point d'étalage ni de réclame; le marchand, gravement assis, fume sa pipe ou boit son café ; il ne fait rien »pour attirer l'acheteur ; c'est à peine s'il ouvre la bouche pour dire le prix qu'il demande ; vendre ou ne pas vendre paraît lui être tout à fait indifférent. Ceux qui se croient de bonne naissance aspirent aux magistratures indigènes, aux fonctions religieuses , aux emplois administratifs ; cadis , imams, commis, ils n'ont pas à s'ingénier ni à se fatiguer l'esprit : ils sont les rétribués du gouvernement. D'autres, d'ambition plus humble, se font khodjas, garçons de bureau, agents de police et portent partout la même' docilité molle. Quelques Maures ont fait preuve d'une réelle valeur, mais ils sont l'exception ; en général , cette même paresse qui empâte les chairs alourdit les intelligences. Depuis longtemps mêlés aux Européens, ils n'ont modifié ni leur costume, ni leur manière d'être ; quant aux idées, ils ne prennent guère la peine d'en avoir ; dans un monde où tout se transforme, ils ne changent pas, ils gardent leur lenteur apathique au milieu de notre société affairée. Cette immobilité leur sera fatale ; les grandes familles, par rémigration, la ruine ou la mort, ont presque toutes disparu ; les autres végètent et s'éteignent lentement.

On appelait Coulourlis les enfants nés de l'union des Turcs avec les femmes du pays ; en 1830, ils étaient en assez grand nombre. La constitution de l'odjak les excluait des hauts emplois et des grades supérieurs, à peine si on les acceptait dans les rangs de la milice ; ils supportaient avec impatience la condition subalterne qui leur était faite ; une fois, ils faillirent mettre la main sur Alger; c'était une population énergique, avec toute la bravoure et toute la fierté des Turcs. Assez maltraités par ceux-ci, ils les préféraient cependant aux indigènes et les servaient bien, quitte à se révolter contre eux de temps en temps. Après la chute du dey, menacés comme les Turcs eux-mêmes

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